Le ministre de l’éducation français, Edouard Geffray, s’exprime lors d’une séance de questions au gouvernement à l’Assemblée nationale à Paris, le 10 février 2026. BERTRAND GUAY/AFP
Interrogé à l’Assemblée nationale, mardi 10 février, sur les conclusions d’une enquête administrative qui a conclu à une « défaillance institutionnelle » après le suicide de Caroline Grandjean, en septembre 2025, le ministre de l’éducation nationale a annoncé qu’il « ferai[t] une proposition de réparation à sa veuve ».
« Il faut condamner les conséquences, d’abord en termes de responsabilité du ministère, et c’est pour ça que je ferai évidemment une proposition de réparation à Mme Paccoud-Grandjean », sa veuve, a fait savoir Edouard Geffray lors des questions au gouvernement. Sollicité par l’Agence France-Presse (AFP), le ministère a précisé que cette réponse pourrait prendre la forme d’une réparation financière. Des discussions devraient s’ouvrir prochainement entre l’avocat de la veuve et le ministère, selon la même source.
Caroline Grandjean, 42 ans, était la cible depuis septembre 2023 de harcèlement en raison de son homosexualité et s’est suicidée le 1er septembre 2025, un drame qui a suscité l’émoi dans le monde enseignant et au-delà. Des tags « sale gouine » et « gouine = pédophile » avaient notamment été découverts sur les murs de son école de Moussages, un village du Cantal de 200 habitants.
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Une enquête avait été ouverte après ces inscriptions mais classée sans suite en mars 2025 « en l’absence de faits nouveaux », avait déclaré le parquet. En arrêt-maladie, l’enseignante s’était vue proposer un poste à quelques kilomètres de Moussages pour la rentrée scolaire, mais avait été alors incapable de reprendre son travail. L’épouse de Caroline Grandjean, Christine Grandjean-Paccoud, a depuis porté plainte contre l’éducation nationale pour « harcèlement ».
« Cette compensation financière, je la reçois comme “on va lui donner des sous à cette petite dame, et peut-être qu’elle va s’arrêter” », a réagi Mme Grandjean-Paccoud au micro de la radio Ici Pays d’Auvergne. « Moi, je le prends comme ça,a-t-elle ajouté. L’argent, c’est tellement rien à côté de ce que j’ai perdu. Ce n’est pas avec de l’argent qu’on va me faire taire. Je hurlerai jusqu’à ce que les responsables soient reconnus. »
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« Des décisions administratives vécues comme des injustices »
Publiée le 6 février, l’enquête administrative diligentée après le suicide de Mme Grandjean conclut à une « défaillance institutionnelle dans le soutien » qui lui avait été apporté. « Ce constat repose en partie sur le sentiment éprouvé par l’enseignante que l’institution n’a pas toujours fait bloc avec elle face aux conflits avec certains parents », souligne le ministère. Il rapporte que l’enquête a noté « des décisions administratives vécues comme des injustices, par exemple s’agissant du refus d’attribuer une bonification de points liée à son handicap (RQTH) pour sa mobilité ».
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Les conclusions du rapport, à la suite de cette enquête administrative, ont été transmises au mois de janvier au ministre de l’éducation, qui déclare que « les inspecteurs ont témoigné d’une succession de microdécisions, qu’il qualifierait, précise-t-il, d’aministrativo-bureaucratiques, et qui, en cumulé, constituent une défaillance institutionnelle ». « En termes de pratiques administratives, il faut profondément humaniser nos procédures de gestion administrative dans un ministère qui compte 1,8 million d’agents », a soulevé M. Geffray, mardi, devant l’Assemblée nationale.
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« Concrètement, il y a eu un traitement juridico-admistratif, voire bureaucratique, d’une situation dramatique », a encore affirmé Edouard Geffray. « Plus que dramatique puisqu’elle a mis fin à ses jours à la suite d’attaques lesbophobes dont elle était victime par des tiers qui n’ont pas encore été identifiés », a-t-il ajouté.
Le ministre a cependant souligné qu’« il n’y a pas eu, dans l’analyse [des inspecteurs] de volonté de nuire » ni de faute individuelle identifiée. « Ceux qui gèrent les autres, ce sont aussi des hommes et des femmes. Ils ne sont pas inhumains », a-t-il insisté, évoquant plutôt une mécanique administrative ayant failli.
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Le Monde avec AFP

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