C’était une promesse d’Emmanuel Macron en 2022: atteindre le plein-emploi en fin de mandat. Avec 8% de chômage fin 2025, cet objectif est définitivement enterré.
L’objectif affiché en 2022 d’atteindre le plein-emploi d’ici la fin du quinquennat ne sera pas tenu. Avec un taux de chômage remonté à 8% fin 2025, la France s’éloigne de ses voisins européens et voit ressurgir de vieilles fragilités.
Il devait être le marqueur social du second mandat. En 2022, Emmanuel Macron promettait le plein-emploi à l’horizon 2027. Trois ans plus tard, la cible est hors d’atteinte. Le taux de chômage a grimpé à près de 8% fin 2025. Une hausse de 0,6 point en un an.
Dans une Europe qui, elle, continue de créer des emplois, le décrochage français interpelle. L’Allemagne affiche 3,8% de chômage. L’Italie est récemment passée sous les 6%. La moyenne de l’Union européenne s’établit à 5,9%. La France, elle, fait figure d’exception.
L’Edito de Raphaël Legendre : Plein-emploi, le pari raté d’Emmanuel Macron – 11/02
Plus préoccupant encore: la remontée touche en priorité les jeunes actifs. Un signal d’alerte dans un pays où l’insertion professionnelle reste un défi structurel.
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Un premier quinquennat qui avait inversé la courbe
Le paradoxe est cruel. Le premier mandat d’Emmanuel Macron avait enregistré des résultats incontestables sur l’emploi. Entre 2017 et 2022, plus de deux millions d’emplois ont été créés. Le taux de chômage est passé d’environ 9% à 7%.
Ces performances ne relevaient pas du hasard. Elles s’inscrivaient dans une séquence réformatrice engagée dès le quinquennat de François Hollande avec la loi El Khomri, puis amplifiée sous Emmanuel Macron avec les ordonnances travail portées par Muriel Pénicaud. À cela se sont ajoutées les réformes de l’assurance chômage et la transformation du RSA.
Autant de mesures qui ont flexibilisé le marché du travail sans plonger massivement les salariés dans la précarité. La démonstration était faite: contrairement à la formule célèbre de François Mitterrand affirmant que « contre le chômage, on a tout essayé », il restait des leviers à activer. Et ils ont produit des effets.
Un coup d’arrêt politique et fiscal
Pourquoi, alors, cette inversion de tendance depuis un an?
Le contexte politique a d’abord pesé. La dissolution ratée de mi-2024 a plongé le pays dans une séquence d’incertitude. Les décisions d’investissement ont été différées. Les embauches, ralenties.
Sur le plan fiscal, la stabilité qui prévalait depuis une décennie a cédé la place à des hausses d’impôts ciblant les entreprises. Dans un environnement économique déjà fragile, le signal envoyé a refroidi une partie du tissu productif.
D’autres choix sont discutés: l’absence d’un nouveau durcissement de l’assurance chômage, ou encore les hésitations autour de la réforme des retraites, ont contribué à brouiller la trajectoire. En dix-huit mois, la dynamique s’est grippée.
Des signaux moins sombres qu’il n’y paraît
Pour autant, ces chiffres ne racontent pas une histoire uniquement négative.
D’abord, la hausse du chômage des jeunes s’explique en partie par l’essor spectaculaire de l’apprentissage. De nombreux étudiants entrent plus tôt sur le marché du travail et apparaissent dans les statistiques, parfois entre deux contrats.
Ensuite, ces données interviennent dans un contexte de reprise de la croissance. Si l’emploi progresse moins vite que l’activité, cela signifie que la productivité s’améliore. Un facteur clé pour la compétitivité future.
Enfin, la réforme du RSA, qui impose désormais un accompagnement renforcé avec une quinzaine d’heures d’activité hebdomadaire, a fait réapparaître dans les statistiques des personnes très éloignées de l’emploi. Leur retour dans les chiffres reflète une tentative de réintégration, non un simple échec.
Une société moins obsédée par le chômage
Mais le changement le plus profond est peut-être ailleurs. La peur du chômage de masse, qui a marqué les générations des années 1990 et 2000, s’est atténuée.
Dans la grande enquête « Fractures françaises » publiée en octobre dernier, la crainte du chômage ne figurait qu’en treizième position des préoccupations des Français, loin derrière le pouvoir d’achat, la sécurité ou la santé.
Le débat s’est déplacé. Il ne porte plus seulement sur l’accès à l’emploi, mais sur la qualité et la rémunération du travail.
Le plein-emploi ne sera sans doute pas au rendez-vous de 2027. Reste une question centrale: comment faire en sorte que le travail paie davantage? C’est désormais là que se joue la bataille politique et sociale.

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