Un gendarme se tient devant la maison des grands-parents d’Emile Soleil alors que la propriété est perquisitionnée dans le cadre de l’enquête sur sa mort, à La Bouilladisse (Bouches-du-Rhône), le 25 mars 2025. CLÉMENT MAHOUDEAU / AFP
Les gardes à vue des grands-parents mais aussi de l’oncle et de la tante d’Emile Soleil, disparu en juillet 2023 et dont le corps a été retrouvé en mars 2024, ont toutes été levées dans la nuit de mercredi 26 à jeudi 27 mars, a fait savoir le parquet. Philippe et Anne Vedovini, ainsi que deux de leurs enfants, avaient été arrêtés mardi matin. Tous étaient entendus à Marseille pour « homicide volontaire » et « recel de cadavre ».
Le procureur de la République d’Aix-en-Provence, Jean-Luc Blachon, doit tenir une conférence de presse jeudi à 10 h 30, et non plus à midi comme annoncé dans un premier temps. Dans un bref communiqué tard mercredi, M. Blachon ne faisait aucune mention des auditions, se bornant à déclarer qu’il s’agirait d’« évoquer la situation de l’enquête dans le dossier concernant la disparition et la mort d’Emile Soleil ». Le magistrat n’a jusqu’à présent pris la parole qu’une fois dans ce dossier, lors de la découverte du crâne de l’enfant, il y a un an.
Que va-t-il dire sachant que la piste familiale semble s’éloigner ? Selon une source proche du dossier qui appelle à la « prudence », « les conclusions formulées par les nombreux experts ne sont pas forcément convergentes ».
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« Beaucoup de questions »
Dans la nuit, les avocats des grands-parents ont chacun fait part de leur soulagement. « Au bout de dix-sept heures d’audition aujourd’hui, la garde à vue est levée », a déclaré Mᵉ Isabelle Colombani au sujet de son client, Philippe Vedovini, en sortant de la gendarmerie à Marseille peu avant 5 heures du matin. « C’est un soulagement pour eux, pour l’avocat aussi », a-t-elle ajouté. « Les enquêteurs ont fait leur travail. On a pu constater qu’il y a eu énormément de travail effectué. Et ils avaient depuis hier beaucoup de questions à nous poser. On a répondu à l’intégralité des questions », a-t-elle ajouté.
Elle a assuré n’avoir « jamais été trop inquiète » depuis le début de la garde à vue, tôt mardi. « Je pensais qu’on pouvait s’expliquer sur tous les points. Il y avait peut-être des zones d’ombre à lever, mais voilà », a-t-elle insisté.
Une mesure semblable avait été annoncée peu avant par Me Julien Pinelli, avocat de la grand-mère, Anne Vedovini. « La garde à vue de ma cliente va être levée, c’est naturellement un immense soulagement », a-t-il déclaré aux journalistes en sortant des locaux de la gendarmerie à Marseille peu après 3 heures. Mme Vedovini « a tenu à participer à ce qui pourrait naturellement s’apparenter à une épreuve, mais elle a tenu à le faire dans la mesure où elle estimait que c’était sa contribution aussi à cette enquête dont elle attend aujourd’hui les réponses », a-t-il ajouté.
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« Phase de vérifications »
Durant sa garde à vue, le grand-père se trouvait dans un état d’esprit de « coopération parfaite », avait déclaré son avocate mercredi après-midi, à l’occasion d’une pause dans les interrogatoires, ajoutant que « les choses se passent très sereinement ». Me Colombani s’était refusée à tout commentaire sur le fond des auditions, soulignant « qu’il appart[enait] au procureur de communiquer ». Elle avait toutefois déclaré qu’« aucune confrontation » entre les quatre membres de la famille en garde à vue n’avait encore eu lieu.
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Les grands-parents et deux de leurs enfants majeurs avaient été interpellés tôt mardi par les enquêteurs de la section de recherches de la gendarmerie de Marseille à leur domicile de La Bouilladisse, dans les Bouches-du-Rhône. Les interpellations ont eu lieu peu avant 7 heures dans cette commune de 6 000 habitants entre Aix-en-Provence et Aubagne, où le couple Vedovini réside avec plusieurs de ses enfants. Une perquisition s’est déroulée dans la matinée à leur domicile, un cossu mas provençal. Des enquêteurs ont saisi pour expertise un véhicule SUV et une remorque à chevaux.
« Ces placements en garde à vue s’inscrivent dans une phase de vérifications et de confrontations des éléments et informations recueillis lors des investigations réalisées ces derniers mois », a expliqué mardi le procureur de la République d’Aix-en-Provence. Selon une source proche du dossier, les enquêteurs ont également procédé mardi à « une dizaine d’auditions de témoins ».
Spéculations relancées le 13 mars
Emile a disparu le 8 juillet 2023 alors qu’il venait d’arriver chez ses grands-parents dans leur résidence secondaire du hameau du Haut-Vernet, à 1 200 mètres d’altitude, dans les Alpes-de-Haute-Provence. Les parents du garçonnet n’étaient pas sur place au moment de sa disparition, mais plusieurs autres membres de la famille étaient présents.
Malgré plusieurs jours de battues citoyennes et de « ratissages judiciaires », aucune trace de l’enfant n’avait été retrouvée dans cette zone escarpée et isolée. Pendant neuf mois, l’enquête n’avait rien donné de concret, jusqu’à la découverte, à la fin de mars 2024, par une promeneuse, du crâne et de dents de l’enfant, à environ 1,7 kilomètre du hameau, à vingt-cinq minutes de marche pour un adulte. Des vêtements et un petit bout d’os avaient également été retrouvés par la suite dans la même zone.
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Le 13 mars, la présence des enquêteurs dans le hameau du Haut-Vernet avait relancé les spéculations. Les gendarmes avaient saisi devant l’église paroissiale une grande jardinière, dans laquelle des traces de sang ont été retrouvées, a précisé une source proche du dossier.
Le grand-père d’Emile est kinésithérapeute ostéopathe à La Bouilladisse, berceau de cette famille catholique traditionaliste. Avec sa femme, ils ont eu dix enfants, tous scolarisés à la maison, dont la mère d’Emile, Marie, est l’aînée. Philippe Vedovini avait été placé il y a plusieurs années sous le statut de témoin assisté dans une enquête sur des soupçons de violences et d’agressions sexuelles au début des années 1990 dans la communauté religieuse de la Sainte-Croix de Riaumont, à Liévin (Pas-de-Calais), où il était chef scout.
Les obsèques publiques d’Emile avaient été célébrées le 8 février dans la basilique de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume (Var), lors d’une messe en latin, en présence de toute la famille et de plusieurs centaines de personnes. Quelques heures seulement après la cérémonie, les grands-parents d’Emile avaient publié un communiqué, clamant que « le temps du silence [devait] laisser place à la vérité ». « Nous avons besoin de comprendre, besoin de savoir », écrivaient-ils.
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Le Monde avec AFP
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