Marine Le Pen subit un revers dans sa contestation de l’inéligibilité avec exécution provisoire

La présidente du groupe du Rassemblement national, Marine Le Pen, lors des questions au gouvernement, à l’Assemblée nationale, à Paris, le 15 octobre 2025. JULIEN MUGUET POUR « LE MONDE »

Avant l’échec politique, le revers juridique. A la veille de l’insuccès annoncé des motions de censure déposées contre le premier ministre, Sébastien Lecornu, le Conseil d’Etat a rejeté, mercredi 15 octobre, un recours formé par Marine Le Pen et obscurci son avenir électoral. La plus haute juridiction administrative a refusé de transmettre au Conseil constitutionnel une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) visant à contester l’exécution provisoire de la peine d’inéligibilité prononcée le 31 mars par le tribunal correctionnel de Paris contre la cheffe de file de l’extrême droite, dans l’affaire des assistants parlementaires européens du Front national.

Le fond de la requête déposée en juillet est technique : Marine Le Pen attaquait le refus en mai du premier ministre d’alors, François Bayrou, d’abroger des « dispositions réglementaires » conduisant à sa radiation des listes électorales – conséquence directe de sa condamnation, dont elle a fait appel. Dans son communiqué, le Conseil d’Etat constate que « le recours ne tendait pas tant à l’abrogation ou la modification de dispositions réglementaires qu’à la modification de la loi et de la loi organique » qui régissent le régime de l’inéligibilité et de l’exécution provisoire. Le premier ministre n’ayant pas le pouvoir de modifier la loi, qui relève du Parlement, la requête de Marine Le Pen est infondée, de même que la QPC qui lui était associée.

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Du gouvernement Lecornu I à Lecornu II, la semaine où Edouard Philippe a consommé la rupture avec Emmanuel Macron

Edouard Philippe et Paul Christophe arrivent à Matignon, le 10 octobre 2025. CYRIL BITTON/DIVERGENCE POUR «LE MONDE»

Tous les regards se sont tournés vers eux, le temps d’un instant. Quand Edouard Philippe a pris place presque en face d’Emmanuel Macron, à la table du salon des Ambassadeurs, sans qu’aucun des deux laisse rien transparaître, au commencement de la réunion convoquée par le chef de l’Etat, vendredi 10 octobre après-midi, à l’Elysée. Durant ce huis clos, quelques heures avant l’annonce de la reconduction de Sébastien Lecornu à Matignon, le maire du Havre (Seine-Maritime) est apparu nerveux et taiseux, selon plusieurs participants.

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Il faut dire, que trois jours plus tôt, l’ancien premier ministre d’Emmanuel Macron (2017-2020), qui n’a eu de cesse d’appeler à la stabilité, a lui-même provoqué de puissantes répliques au cœur du séisme politique en cours, et ce, en brisant le tabou de l’appel à la démission du chef de l’Etat pour la première fois au sein du camp présidentiel. Le président d’Horizons a, en effet, déclaré que si le chef de l’Etat souhaite « garantir le bien de l’Etat » il n’a qu’une seule solution : programmer son départ avant 2027.

Malgré les levées de boucliers prévisibles que ses propos ont provoquées au sein de ce qu’il reste de l’ancienne majorité présidentielle (formée par Renaissance, le MoDem et Horizons), Edouard Philippe a décidé d’acter en conscience la rupture définitive avec le président de la République, jugeant sévèrement la responsabilité de ce dernier dans la crise que traverse le pays depuis la dissolution « funeste » de l’Assemblée nationale en juin 2024. « Son audace le pousse parfois à ne pas respecter les institutions. Je lui en veux beaucoup », avait lâché l’édile du Havre, en septembre, dans le podcast « Legend ».

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Les Républicains se déchirent sur la question de leur participation au gouvernement Lecornu

Bruno Retailleau, président du parti Les Républicains, à l’Elysée, à Paris, le 10 octobre 2025. CYRIL BITTON/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »

Les Républicains (LR) n’ont pas besoin de voir leur président s’enfermer dans son bureau pour offrir un psychodrame maison à tout le pays. Le 12 juin 2024, Eric Ciotti était un chef lâché par tous (ou presque) après son alliance surprise avec le Rassemblement national (RN). Son successeur, Bruno Retailleau, tente de conjurer la fronde des députés sur la question de la participation au prochain gouvernement de Sébastien Lecornu. Faut-il croire à un déterminisme politique ? « Souvent, le problème de la droite est la droite. La gauche a le réflexe du collectif, quand la droite a un instinct individualiste », théorisait, début septembre, Bruno Retailleau devant les militants lors de la rentrée politique de LR.

Pour le camp Retailleau, le différend sur la participation a été tranché. Réuni en bureau politique, samedi 11 octobre, le parti a acté que « la confiance et les conditions [n’étaient] pas réunies pour que Les Républicains participent au gouvernement ». Un résultat sans appel (74 voix en faveur de cette position sur 91 membres du bureau politique), et sans surprise. En effet, l’instance représente les équilibres de l’élection interne de mai remportée par le Vendéen avec presque 75 % des voix. Pour appuyer ce vote, LR doit organiser la semaine prochaine une consultation des militants sur la question de la participation et du soutien. « On sait d’avance que ça sera un raz de marée en faveur [des positions] de Retailleau, mais ce n’est pas notre problème », prévient un conseiller du groupe Droite républicaine à l’Assemblée nationale.

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Syrie : la ligne modérée du président Al-Charaa à l’épreuve du revanchisme sunnite

Entre la bourgade sunnite de Khattab et le village alaouite d’Arzé, que sépare une étendue de pêchers dans la campagne de Hama, plane le spectre de massacres confessionnels perpétrés en représailles aux crimes commis par le régime Al-Assad durant la guerre civile en Syrie. A Khattab, l’omerta règne sur l’identité du commando responsable de la mort de huit hommes d’Arzé, le 31 janvier. Le 7 mars, alors que la minorité alaouite, dont le clan Al-Assad était issu, était la cible de massacres sur la côte, une autre offensive sanglante dans le village a fait 24 morts, dont deux femmes.

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Personne, à Khattab, ne s’en émeut. « Nous ne savons pas qui a massacré les habitants d’Arzé, mais eux ont fait du tort à tout le monde », lâche Abdelbassat Tami, 60 ans, l’un des deux mokhtars (« édiles ») de la ville. Ici, les habitants ont payé très cher leur soutien à la révolution lancée contre Bachar Al-Assad, en mars 2011 : 415 morts, 200 disparus et des milliers de déplacés, victimes des milices prorégime.

Aujourd’hui, l’espoir de justice s’est évanoui : les chefs de milice ont fui, en Irak ou au Liban ; des dizaines d’anciens chabihas – les nervis du clan Al-Assad – errent dans la région ; parmi une cinquantaine de suspects arrêtés, seuls cinq sont en prison. Le désir de vengeance est palpable, mais peu l’expriment ouvertement, alors que le président de transition, Ahmed Al-Charaa, a promis de poursuivre les responsables des tueries à Arzé, qualifiées d’actes « criminels » et « illégaux ».

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Philippe de Villiers, l’aiguillon de Vincent Bolloré en vue de 2027

Il est l’homme dont les droites reviennent baiser la chevalière, guettant du coin de l’œil le réveil de ses ambitions. A 76 ans, Philippe de Villiers n’est plus seulement l’écrivain nostalgique et islamophobe qui, depuis dix ans, accumule les succès d’édition. Le Vendéen est devenu le favori de Vincent Bolloré, qui a mis la force de frappe de son groupe au service du souverainiste. L’homme aux deux mésaventures présidentielles (4,74 % des voix en 1995, 2,23 % en 2007) connaît un regain de notoriété inattendu, supplantant Eric Zemmour dans le rôle du prophète de malheur dont raffole la France inquiète d’un supposé « grand remplacement ».

La maison d’édition du groupe Bolloré, Fayard, a publié mercredi 8 octobre son dernier brûlot mélancolique (Populicide, Fayard, 418 pages, 21,90 euros). Sorti un an plus tôt, Mémoricide (Fayard) s’est écoulé à plus de 230 000 exemplaires. Chaque vendredi, sur CNews, son émission attire plus de 800 000 téléspectateurs, jusqu’à 7 % de part d’audience : le tube de la chaîne, rediffusé le lendemain sur Europe 1. En septembre, sa pétition pour un référendum contre l’immigration, organisée par les équipes du Journal du dimanche (JDD),a recueilli près de 2 millions de signatures. Un chiffre aisément manipulable, mais témoignant incontestablement de la force de la marque De Villiers… et qui lui a permis de récolter autant d’adresses e-mail. Un fichier d’une ampleur inédite qui suffirait à collecter suffisamment de dons pour amorcer une campagne électorale, relève Alexandre Pesey, directeur de l’Institut de formation politique, rompu aux levées de fonds.

Cet homme de réseaux de la droite radicale observe que « quelque chose monte autour de lui, notamment chez les jeunes. Il y a eu les effets Sarkozy, Marion Maréchal, Zemmour ; il y a désormais l’effet De Villiers. Depuis le succès de sa pétition, l’ambiance ressemble à ce qui s’est passé autour d’Eric Zemmour en 2021 : une petite musique qui monte, une infrastructure qui se met en place, des gens qui viennent à lui, une tournée littéraire… » Que ce prestataire et interlocuteur régulier de Vincent Bolloré chante les louanges du septuagénaire n’est pas anodin.

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Lydie Salvayre : « La fiction est souvent un camouflage commode »

L’écrivaine Lydie Salvayre, à Paris, en 2025. JEAN-PIERRE LOUBAT

« Autoportrait à l’encre noire », de Lydie Salvayre, Robert Laffont, « Pavillons », 220 p., 20 €, numérique 14 €.

Sa voisine et amie, Albane, aimerait voir Lydie Salvayre écrire à l’encre rose de la « romance », cette veine que la jeune femme adore et qui « cartonne ». Mais la romancière, récompensée par le prix Goncourt en 2014 pour Pas pleurer (Seuil), n’a cessé de le prouver depuis ses débuts : elle préfère de très loin le noir du mauvais esprit. C’est donc la couleur qu’elle adopte pour Autoportrait à l’encre noire, autoportrait qui se déploie sans que jamais l’autrice cesse de se cabrer contre les attendus du genre ni de surveiller les éventuels accès de sentimentalisme ou d’enjolivement qui pourraient la guetter, tandis qu’elle évoque ses parents, ses lectures, ses colères, son goût de la solitude… « J’écris parce que je ne sais pas parler », assure-t-elle. « Le Monde des livres » a tout de même eu envie de lui poser quelques questions.

« Autoportrait à l’encre noire » est né d’une suggestion des éditions Robert Laffont. Quel rapport entretenez-vous avec le travail de commande ?

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A Madagascar, une unité dit prendre le contrôle de l’armée ; le président, Andry Rajoelina, affirme qu’une « tentative de prise illégale du pouvoir » est en cours

Des manifestants acclament des membres de l’armée malgache lors d’une manifestation à Antananarivo, la capitale de Madagascar, samedi 11 octobre 2025. ZO ANDRIANJAFY / REUTERS

Une unité militaire malgache a déclaré, dimanche 12 octobre, prendre le contrôle de l’armée à Madagascar secouée par des manifestations antigouvernementales, le président, Andry Rajoelina, dénonçant une « tentative de prise de pouvoir illégale ».

« Désormais, tous les ordres de l’armée malgache, terre, air, mer, émaneront du quartier général du Capsat [corps d’armée des personnels et des services administratifs et techniques] », ont annoncé des officiers de cette unité dans une déclaration vidéo.

Des soldats du Capsat ont également rejoint les milliers de personnes à nouveau rassemblées dimanche à Antananarivo, cette fois pour une cérémonie d’hommage aux vies perdues depuis le début des manifestations antigouvernementales, le 25 septembre. Les militaires ont été accueillis avec enthousiasme. Il n’y a eu aucune réaction pour le moment du commandement militaire.

Le général Démosthène Pikulas a été investi chef d’état-major des armées lors d’une cérémonie à l’état-major, en présence du ministre des armées, Manantsoa Deramasinjaka Rakotoarivelo. « Je lui donne ma bénédiction », a déclaré le ministre à l’adresse de M. Pikulas, choisi par l’unité Capsat ayant rejoint samedi les manifestants antigouvernementaux.

« On vaincra, car le mal ne vaincra pas à Madagascar », a déclaré le colonel du Capsat Michael Randrianirina lors des prières organisées dans la capitale en hommage aux personnes tuées dans les troubles.

Les officiers ont été rejoints sur scène lors de la commémoration par plusieurs personnalités de l’opposition, dont l’ancien président Marc Ravalomanana, renversé lors du soulèvement de 2009. Une gerbe portant le message « A toutes les victimes mortes pour la nation » a été déposée.

Répression policière

En 2009, le Capsat, basé dans la périphérie de la capitale, avait déjà mené une mutinerie lors du soulèvement populaire ayant porté au pouvoir l’actuel président, Andry Rajoelina.
Cette même unité avait annoncé samedi qu’elle « refuserait d’obéir à l’ordre de tirer » sur les manifestants, condamnant la répression policière récente – un tournant majeur depuis le début de la contestation.

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Des soldats étaient ensuite entrés samedi dans la capitale à bord de véhicules militaires pour rejoindre les manifestants, qui les ont accueillis avec jubilation et ont appelé à la démission du président. Des soldats ont affronté des gendarmes devant une caserne.

« Une tentative de prise du pouvoir illégale et par la force, contraire à la Constitution et aux principes démocratiques, est actuellement en cours sur le territoire national », a déclaré président malgache, Andry Rajoelina, dimanche dans un communiqué. « Le dialogue est la seule voie à suivre et la seule solution à la crise à laquelle le pays est actuellement confronté », a-t-il ajouté, appelant à « l’unité ».

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Des officiers de la gendarmerie, accusés de violences contre les manifestants, ont publié dimanche matin une déclaration vidéo reconnaissant « des fautes et des excès lors de [leurs] interventions » et appelant à la « fraternité » entre l’armée et les gendarmes. « Nous sommes là pour protéger, pas pour terroriser », ont-ils déclaré, ajoutant que « désormais, tous les ordres viendront uniquement » du quartier général de la gendarmerie.

Répondant à l’une des revendications de la contestation, le Sénat a annoncé dimanche la destitution de son président, Richard Ravalomanana, ancien général de la gendarmerie.

La manifestation de samedi à Antananarivo a été l’une des plus importantes depuis le début de la contestation, le 25 septembre, lancée par le mouvement Gen Z pour protester contre les coupures d’eau et d’électricité et qui s’est transformée en une remise en cause des responsables politiques au pouvoir, à commencer par le président, Andry Raojelina.

Lire aussi | Article réservé à nos abonnés A Madagascar, le président Andry Rajoelina choisit la répression méthodique de la jeunesse qui manifeste

Air France suspend ses vols

Samedi soir, le nouveau premier ministre, Ruphin Zafisambo, a assuré que le gouvernement, « qui se maintient fermement », était « prêt à collaborer et à écouter toutes les forces : les jeunes, les syndicats et l’armée ». « Madagascar ne pourra pas résister à d’autres crises si cette division entre les citoyens persiste », a poursuivi le général Zafisambo dans un bref discours filmé. De son côté, la présidence a publié un communiqué assurant que le président, Andry Rajoelina, « rest[ait] dans le pays » et « continu[ait] de gérer les affaires nationales ».

L’île Maurice, à environ deux heures d’avion de Madagascar, a confirmé que l’ex-premier ministre malgache, Christian Ntsay (2018-2025), et l’homme d’affaires Maminiaina Ravatomanga, un proche conseiller du président Rajoelina, étaient arrivés dimanche matin de Madagascar par un vol privé.

L’Union africaine a exhorté dimanche « toutes les parties prenantes malgaches, civiles et militaires, à faire preuve de calme et de retenue ». L’Afrique du Sud voisine a également appelé « à respecter le processus démocratique et l’ordre constitutionnel ».

La compagnie aérienne Air France a suspendu ses vols vers l’île au moins jusqu’à mardi.

Au moins 22 personnes ont été tuées depuis le début des manifestations et plus d’une centaine blessées, d’après un bilan des Nations unies. Le président Rajoelina a évoqué des « chiffres erronés » mercredi, estimant les « pertes de vies » à 12, tous « des pilleurs, des casseurs », selon lui.

Selon des médias locaux, les services d’urgence ont signalé samedi deux nouveaux morts et 26 blessés supplémentaires. Le Capsat a déclaré qu’un soldat avait également été tué par balle par les gendarmes.

Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Crise à Madagascar : un coup dur pour l’économie et l’image du pays

Le Monde avec AFP

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Le Pakistan promet une réponse « musclée » à l’opération menée par l’Afghanistan à sa frontière

Des camions transportant des biens d’Afghans expulsés par les autorités pakistanaises, près du passage de Torkham, entre les deux pays, le 1ᵉʳ septembre 2025. FAYAZ AZIZ / REUTERS

Le premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif, a fermement condamné, dimanche 12 octobre, les « provocations » de l’Afghanistan, qui a lancé samedi une opération contre des soldats pakistanais le long de la frontière séparant les deux pays. « Il n’y aura aucun compromis sur la défense du Pakistan, et chaque provocation sera suivie d’une réponse forte et efficace », a-t-il promis dans un communiqué, accusant Kaboul d’abriter des « éléments terroristes ».

Samedi soir, le ministère de la défense taliban avait rapporté avoir mené « avec succès » une opération armée « de représailles » contre les forces de sécurité pakistanaises « en réponse à des violations répétées et à des frappes aériennes sur le territoire afghan par l’armée pakistanaise ». Lors de ces affrontements frontaliers, « 58 soldats pakistanais ont été tués et 9 talibans ont perdu la vie », a annoncé dimanche le porte-parole du gouvernement taliban, Zabihullah Mujahid. Islamabad n’a pas confirmé ce chiffre.

De son côté, l’armée pakistanaise a déclaré dimanche, dans un communiqué, que « 23 soldats pakistanais étaient morts en défendant l’intégrité territoriale de [leur] pays contre cette attaque scandaleuse », et a assuré avoir « neutralisé plus de 200 talibans et terroristes affiliés au moyen de tirs, raids et frappes de précision ».

L’escalade a commencé jeudi, lorsque deux explosions ont retenti à Kaboul et une troisième dans le sud-est de l’Afghanistan. Le lendemain, le ministère de la défense taliban a imputé ces attaques au Pakistan, accusant son voisin d’avoir « violé sa souveraineté ». Islamabad n’a pas confirmé être à l’origine de ces frappes aériennes, mais a appelé Kaboul « à cesser d’abriter sur son sol des talibans pakistanais [Tehrik-e-Taliban Pakistan, TTP] ».

Ce mouvement, formé au combat en Afghanistan et qui se revendique de la même idéologie que les talibans afghans, est accusé par Islamabad d’avoir tué des centaines de ses soldats depuis 2021. Ces derniers mois, les militants du TTP ont intensifié leur campagne de violences contre les forces de sécurité pakistanaises dans les zones montagneuses frontalières avec l’Afghanistan.

« L’Afghanistan joue avec le feu et le sang », a mis en garde dimanche le ministre de l’intérieur pakistanais, Mohsin Naqvi, assurant que son voisin recevra, « comme l’Inde, une réponse écrasante afin qu’il n’ose plus jeter ne serait-ce qu’un regard hostile sur le Pakistan ». Le ministre faisait référence à la pire confrontation depuis des décennies avec l’Inde, survenue en mai et lors de laquelle les deux ennemis historiques avaient échangé tirs de missiles, envois de drones et barrages d’artillerie.

Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Inde-Pakistan : quatre jours de guerre, deux versions des combats, et toujours aucun gagnant

Résurgence des talibans pakistanais

Samedi soir, Islamabad avait déclaré être attaqué à sa frontière. Il assurait avoir répliqué à des affrontements armés partis des provinces afghanes de Kunar, Nangarhar, Paktika, Khost et Helmand, tout le long de la ligne Durand, qui divise les deux pays. Kaboul avait finalement annoncé, autour de minuit heure locale, la fin de son opération.

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« Notre opération nocturne a rempli ses objectifs. Nos amis, comme le Qatar et l’Arabie saoudite, ont lancé un appel pour que le conflit cesse, et il est désormais terminé », a déclaré le ministre des affaires étrangères afghan, Amir Khan Muttaqi, en visite en Inde.

Le haut-commissaire des Nations unies aux réfugiés, Filippo Grandi, a regretté dimanche « ces nouvelles tensions et affrontements le long d’une frontière déjà fragile, théâtre de conflits, de déplacements forcés et de crises humanitaires depuis des décennies ».

Les relations entre les deux pays sont en dents de scie depuis le retour au pouvoir des talibans afghans à l’été 2021, Islamabad, accusant son voisin « d’abriter » des talibans pakistanais du TTP. Plus tôt samedi, le TTP a revendiqué des attaques meurtrières dans le nord-ouest du Pakistan qui ont causé la mort de 23 personnes. Elles ont eu lieu vendredi non loin de la frontière avec l’Afghanistan, dans la province du Khyber Pakhtunkhwa.

Lire aussi | Au Pakistan, au moins 12 soldats tués dans une embuscade des talibans pakistanais

Pour Islamabad, ce sont les talibans afghans, de retour au pouvoir à Kaboul depuis l’été 2021, qui favorisent cette résurgence du TTP. Un rapport du Conseil de sécurité des Nations unies publié cette année estimait que le TTP « a sans doute été le groupe extrémiste étranger en Afghanistan qui a le plus profité » du retour des talibans afghans, « qui ont accueilli et activement soutenu » le mouvement. Mais Kaboul dément fermement et renvoie l’accusation à Islamabad, assurant que le Pakistan soutient des groupes « terroristes », notamment la branche régionale du groupe Etat islamique (EI).

Jeudi, le ministre de la défense pakistanais, Khawaja Muhammad Asif, a déclaré au Parlement que les multiples tentatives pour convaincre les talibans afghans de cesser de soutenir le TTP avaient échoué. « Nous ne tolérerons plus cela. Unis, nous devons sévir contre ceux qui les aident, que leurs cachettes se trouvent sur notre sol ou bien sur le sol afghan », a-t-il affirmé. L’année 2024 a été la plus meurtrière pour le Pakistan en près d’une décennie, avec plus de 1 600 morts dans ces violences, principalement des soldats.

Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghtchi, a appelé samedi l’Afghanistan et le Pakistan à « faire preuve de retenue », soulignant que « la stabilité dans les relations Iran-Pakistan-Afghanistan contribue à la stabilité régionale ». Le ministère des affaires étrangères saoudien a également incité les deux pays « à éviter toute escalade et à dialoguer pour apaiser les tensions ».

Lire aussi | En Afghanistan, des frappes aériennes pakistanaises font 46 morts, selon les talibans ; Islamabad dit avoir visé des « repaires de terroristes »

Le Monde avec AFP

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Lettre d’un ancien détenu à Nicolas Sarkozy : « Dans votre République, il n’y avait “pas d’impunité pour celui qui viole la loi” »

Monsieur le Président [Nicolas Sarkozy], vous nous aviez promis la fermeté. En août 2007, face aux policiers d’Evry (Essonne), vous annonciez une ère nouvelle : fini le laxisme, fini l’impunité. « Le cancer de la multirécidive », disiez-vous, était « terminé ». Quelques jours plus tard, le 10 août 2007, la loi sur les peines planchers était promulguée. Pour les récidivistes, les peines minimales devenaient obligatoires : un an de prison pour un délit puni de trois ans, quatre ans pour un délit puni de dix ans.

Lire aussi notre éditorial | Condamnation de Sarkozy : nul n’est au-dessus des lois

Le message était limpide : en France, les récidivistes paieront désormais le prix fort. Cette sévérité, vous affirmiez la devoir « aux victimes » mais aussi « aux policiers qui en ont plus qu’assez d’arrêter toujours les mêmes ». Comme la moitié des condamnés en France, j’ai payé les conséquences de cette sévérité pour des délits de droit commun en récidive : j’ai été incarcéré en détention provisoire immédiate, appel ou pas. J’ai assumé mes actes sans me plaindre comme beaucoup d’autres citoyens.

Monsieur le Président, vous étiez, en 2007, l’homme du verbe cinglant et de l’action rapide. « Quand on est condamné à une peine, la peine doit être exécutée », marteliez-vous, en mars 2012, à Bordeaux. Dans votre République, il n’y avait « pas d’impunité pour celui qui viole la loi ». Des circonstances atténuantes, oui, mais de l’impunité, non : pas d’excuse pour le délinquant, pas d’excuse pour le criminel. Ces mots, prononcés avec conviction, ont structuré votre vision de la justice et façonné une politique pénale dont vous étiez fier.

Rapide, visible, exemplaire

Pourtant, le 25 septembre, après votre condamnation à cinq ans de prison ferme pour « association de malfaiteurs », vous vous êtes tenu face aux caméras, le visage blême, dénonçant une décision « d’une gravité extrême pour l’Etat de droit ». Lors de ma condamnation, en 2007, j’ai écouté le verdict sans me plaindre et aucun micro n’a demandé au citoyen lambda que je suis son avis. J’ai simplement exécuté ma peine sans remettre en question la motivation des magistrats.

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Elles mènent de front maternité et lutte contre le cancer du sein : « C’est épuisant de faire semblant d’aller bien »

De gauche à droite : Johanna Vios, responsable de la formation dans une banque, Laëtitia Morteau-Mallet, responsable des bénévoles de l’association Jeune & Rose, et Mélanie Courtier, cofondatrice et directrice de Jeune & Rose, dans les locaux de l’association, à Saint-André-de-Cubzac (Gironde), le 22 septembre 2025. MARLENE AWAAD POUR « LE MONDE »

Quand le cancer s’est installé dans le sein droit de Wilnette E. (elle a requis l’anonymat), à l’été 2022, cette mère de deux fillettes n’a pu compter sur personne. Séparée du père depuis quatre ans, elle avait rompu tout contact avec lui ; benjamine d’une fratrie de six, elle a vu tous ses frères et sœurs se « disperser » à l’annonce de la maladie. Elle qui avait passé son temps à « aider tout le monde », notammentdu fait de son métier d’infirmière, s’est trouvée esseulée quand il a fallu repenser le quotidien avec deux enfants, alors âgées de 6 et 4 ans, tout en enchaînant chimiothérapie, mastectomie et reconstruction, radiothérapie et immunothérapie.

En tant que « maman solo et féministe, [elle] pensai[t] n’avoir besoin de personne », se remémore Wilnette, installée en région parisienne. Puis, à 36 ans, « la maladie [l’] a coupée dans [s]on élan de surpuissance et, en fait, oui, [elle] avai[t] besoin de quelqu’un ». Faute d’un coparent capable ou d’une famille présente, c’est auprès de ses amies, les « taties » de ses filles, que la jeune femme a trouvé les relais dont elle a eu besoin. Elles en ont pris soin, les ont gardées avec elles le jour et la nuit, parfois, et les ont, surtout, conduites à l’école quand Wilnette n’avait pas la force de se lever, ou que son corps grignoté par les traitements restait étendu sur le carrelage de son appartement. Une aide salvatrice pour la jeune mère, affectée d’avoir dû suspendre les activités périscolaires, et soucieuse que ses filles vivent « autre chose »« quand tout repose sur soi et qu’on n’est plus apte, tout s’éteint ».

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