L’une des 50 cellules individuelles mises en place pour loger des détenus incarcérés en lien avec le trafic de drogue, au centre de détention de Condé-sur-Sarthe (Orne), le 14 octobre 2025. JEAN-FRANCOIS MONIER/AFP
Le 6 octobre, Gérald Darmanin, reconduit au poste de garde des sceaux la veille au soir, avait prévu de se rendre à la prison de Condé-sur-Sarthe (Orne), afin d’annoncer la fin des travaux du nouveau quartier de lutte contre la criminalité organisée (après l’ouverture, fin juillet, de celui de Vendin-le-Vieil, dans le Pas-de-Calais) et le transfert, à partir de début novembre, de 40 détenus, considérés par l’administration pénitentiaire comme les plus dangereux. Tout avait été prévu dans le moindre détail. Et, alors que le personnel de l’établissement était aligné en rang d’oignons sur le parking de l’entrée, l’annonce de la démission du premier ministre, Sébastien Lecornu, est tombée, à 9 h 41. Tout près du but, le garde des sceaux, qui redevenait ainsi démissionnaire, a été obligé de faire demi-tour.
Ce devait être le premier acte d’une séquence de communication intense. Dimanche 12 octobre, le magazine « Zone interdite » de M6 a consacré un long documentaire à la politique carcérale de Gérald Darmanin contre les narcotrafiquants. Le ministre avait gardé pour l’occasion un petit scoop : l’ouverture, début 2027, de quatre nouveaux quartiers de lutte contre la criminalité organisée dans les prisons de Réau (Seine-et-Marne), Valence, Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), et au sein de l’établissement qui sortira de terre à Saint-Laurent-du-Maroni, en Guyane, en 2029. Enfin, le troisième acte, qui s’est déroulé mardi, a consisté à inviter une vingtaine de journalistes à visiter l’établissement de Condé-sur-Sarthe, mais sans le ministre, pour constater que tout était bien en ordre de marche.
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Une boutique SFR, à Paris, le 15 october 2025. SARAH MEYSSONNIER / REUTERS
Pour les représentants du personnel de SFR, c’est la douche froide. Tous ont pris un méchant coup sur la tête en apprenant, mardi 14 octobre, qu’Orange, Bouygues Telecom et Free se lançaient ensemble à l’abordage de l’opérateur au carré rouge, propriété de Patrick Drahi, pour le dépecer, suscitant de vives craintes concernant l’emploi. Quand bien même leur offre de 17 milliards d’euros a été retoquée, mercredi 15 octobre, par Altice France, la maison mère de SFR, les syndicats redoutent que les près de 8 000 salariés de ce dernier fassent les frais de cette bataille qui se profile pour son rachat. Sans que, d’après eux, cela chagrine personne.
Le « problème » de cette opération, c’est que « l’emploi n’est jamais pris en compte », fustige Olivier Lelong, le délégué syndical central de la CFDT. Et la dernière sortie de Roland Lescure, le nouveau ministre de l’économie, ne le rassure guère. Mercredi 15 octobre, sur l’antenne de RTL, celui-ci a promis qu’il se montrerait « extrêmement vigilant », en cas de rachat de SFR par ses rivaux, à propos de « deux choses » : « L’impact sur les prix des consommateurs, et l’impact sur la qualité de service. » Mais pas un mot, à cette occasion, pour les employés.
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La ministre des outre-mer, Naïma Moutchou, au lendemain de sa nomination, à Matignon, le 13 octobre 2025. CYRIL BITTON/DIVERGENCE POUR «LE MONDE»
L’Etat et ses partenaires calédoniens ont entamé, mercredi 15 octobre, des discussions sur le « pacte de refondation économique et sociale » prévu par l’accord de Bougival, toujours rejeté par les indépendantistes du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), qui ont présenté leurs propres propositions.
L’économie calédonienne est en chute libre : le produit intérieur brut a reculé de 13,5 % en 2024, les finances publiques sont exsangues et les recettes fiscales ont diminué de 21 % après les violences de mai 2024, qui ont fait 14 morts et causé plusieurs milliards d’euros de dégâts.
Face à cette crise, la nouvelle ministre des outre-mer, Naïma Moutchou, qui a participé en visioconférence à l’examen du pacte, a affirmé que « la détermination du gouvernement rest[ait] entière » malgré le décalage du calendrier initial en raison de la situation politique à Paris.
« Le premier ministre, Sébastien Lecornu, a fait de la Nouvelle-Calédonie une priorité du gouvernement. Et le président de la République partage complètement cette volonté d’avancer. Avancer sans précipitation, mais sans pause », a-t-elle déclaré, cité par le média local Les Nouvelles Calédoniennes. Et la nouvelle ministre d’annoncer sa venue prochaine dans la collectivité française du Pacifique pour « poursuivre le dialogue avec l’ensemble des partenaires ».
Incertitude sur la mise en œuvre de l’accord de Bougival
La crise politique fait peser une incertitude sur la mise en œuvre de l’accord de Bougival, dont la première étape – le report au printemps 2026 des élections provinciales prévues en novembre prochain – a été approuvée en urgence, mercredi, au Sénat. Cette proposition de loi transpartisane, soutenue par le gouvernement, a été adoptée par 299 voix contre 42. L’Assemblée nationale l’examinera dès le mercredi 22 octobre. La réforme constitutionnelle doit, elle, être approuvée d’ici à la fin de l’année.
Pendant ce temps, une mission interministérielle conduite par Claire Durrieu pour accompagner la Nouvelle-Calédonie dans la refondation de son modèle poursuit ses travaux à Nouméa. Le futur pacte doit permettre « de définir les mesures d’urgence indispensables pour créer un choc de confiance et relancer l’activité économique », ainsi que d’adopter « des réformes structurelles de long terme », a estimé cette haute fonctionnaire.
Parmi les demandes locales figure la transformation en subvention du prêt garanti par l’Etat (PGE) de 1 milliard d’euros destiné à soutenir l’équilibre des comptes publics calédoniens à la suite des événements de mai 2024.
Mardi, le président du gouvernement calédonien, Alcide Ponga, a signé la deuxième tranche de ce PGE, soit 240 millions d’euros, après 560 millions en mars. Mais ce prêt est conditionné à des réformes fiscales dont l’adoption en août par le Congrès, l’assemblée délibérante du territoire, s’est déroulée dans un climat tendu.
Mesures « inégalitaires »
Le plan de 160 millions d’euros d’économies sur trois ans prévoit 27 millions d’euros d’économies sur les allocations familiales, mais aussi une exonération d’impôt pour les nouvelles entreprises et une baisse de 10 points de l’impôt sur les sociétés.
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Depuis, plusieurs mouvements, dont le FLNKS, vitupèrent contre ces mesures qu’ils jugent « inégalitaires ». Le président du groupe UC-FLNKS au Congrès, Pierre-Chanel Tutugoro, a d’ailleurs décliné l’invitation aux réunions sur le pacte de refondation, estimant que celui-ci découle de l’accord de Bougival, que son mouvement dénonce.
Mais il a présenté, mercredi, ses propres propositions. « La seule voie responsable et équitable est d’accroître les recettes publiques », a déclaré M. Tutugoro, qui a déposé une proposition de « loi du pays » créant un impôt de solidarité sur le patrimoine pour les contribuables dont les biens dépassent 840 000 euros.
« Les principales inégalités viennent aujourd’hui des patrimoines et des successions, largement délaissés par l’impôt », soutient le mouvement. En 2019, selon l’Institut de la statistique (ISEE), les 20 % les plus riches concentrent 44 % des revenus, contre 5 % pour les 20 % les plus modestes. C’était avant les émeutes, qui ont encore creusé les inégalités.
Dans une annexe de la mairie de Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), le 30 juin 2023. LOU BENOIST / AFP
A l’heure où le nouveau ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, a fait de la lutte contre le narcotrafic l’une des deux priorités de son action, avec la « sécurité du quotidien », le débat peut paraître technique mais n’en demeure pas moins essentiel : faut-il recréer un corps spécialisé d’enquêteurs de police judiciaire au sein de la police nationale ?
C’est l’une des 40 recommandations du rapport parlementaire tirant le bilan de la réforme de la police nationale, porté par les députés Ugo Bernalicis (La France insoumise) et Thomas Cazenave (Renaissance). Rendu public mercredi 15 octobre, le document radiographie la réforme de la police entrée en vigueur depuis le 1er janvier 2024, « la plus importante » depuis 1966, pour dresser un constat mitigé.
Certes, en plaçant sous l’autorité d’un chef départemental unique tous les services de police qui ne rendaient compte, jusqu’alors, qu’à leurs directions centrales respectives, cette réorganisation a permis la suppression d’un fonctionnement cloisonné en « tuyaux d’orgues ». Mais elle a aussi accru un risque de « bureaucratisation », créé des strates intermédiaires aux leviers d’action flous et fait de l’échelon départemental le bassin de référence d’une délinquance qui se joue pourtant des frontières administratives.
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Un bureau de tabac à Hédé-Bazouges (Ille-et-Vilaine), le 2 janvier 2024. DAMIEN MEYER/AFP
C’est un marqueur de santé publique important, et il clignote au vert : la prévalence du tabagisme s’est établie, en 2024, à 25 % parmi les 18-75 ans, contre 32 % en 2021, et celle du tabagisme quotidien à 18 %, contre 25 % trois ans plus tôt, selon les premiers résultats issus du baromètre de Santé publique France (SPF), rendus publics mercredi 15 octobre.
Des résultats encore partiels : l’intégralité des données, comprenant celles sur le vapotage – dont la hausse présumée est scrutée de près –, sera diffusée début décembre. Mais à la veille du coup d’envoi du défi du Mois sans tabac porté par les autorités de santé (dont la dixième édition débute le 10 novembre), SPF a tenu à communiquer sur cette tendance positive.
« Le nombre de fumeurs quotidiens a diminué de 4 millions en dix ans, c’est bien la démonstration que les actions de prévention et les politiques de lutte contre le tabagisme fonctionnent », a salué devant la presse Caroline Semaille, médecin de santé publique et directrice générale de l’agence. Dix années marquées par « plusieurs étapes », a précisé, à ses côtés, Viêt Nguyen Thanh, responsable de l’unité addictions à SPF : après une diminution d’une ampleur qualifiée d’« inédite » entre 2016 et 2019, dans la foulée du premier programme national de réduction du tabagisme, les années 2020-2021, correspondant à celles de la crise liée au Covid-19, ont vu la courbe se stabiliser et même « rebondir » dans certaines catégories de population. Depuis, la tendance à la baisse s’est réinstallée.
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Veerle Baetens (Alexandra Weiss), Arash Marandi (Payam Panjabi) et Alexander Behrang Keshtar (Ali Katibi). « The Deal » (2025), épisode 2, une série de Jean-Stéphane Bron et Alice Winocour. LES FILMS PELLÉAS/BANDE À PART FILMS/GAUMONT TÉLÉVISION
ARTE – À LA DEMANDE – SÉRIE
Il existe des lieux interdits auxquels seule la fiction peut mener. Certains suscitent la curiosité, voire le désir : la pièce où se planifie un hold-up, le laboratoire où s’élabore une arme secrète… Et puis, il y a ces endroits, ces moments qui semblent de l’extérieur si ennuyeux que ce serait folie d’essayer d’y faire naître une histoire. Les salons des palaces ou des palais des congrès où se négocient les accords internationaux, par exemple.
Contre toute logique, Jean-Stéphane Bron, cinéaste suisse, plutôt porté vers le cinéma du réel (on lui doit le stupéfiant Cleveland contre Wall Street(2010), dissection en temps réel de la crise des subprimes), s’est emparé de ce matériau diplomatique pour en faire une série, une vraie, de celles qui font savamment monter la tension, qui créent un lien que l’on dirait indestructible (le temps de six épisodes) entre personnages et spectateurs.
Les caprices du dieu des séries veulent que The Deal,la série de Jean-Stéphane Bron, soit mise en ligne le même jour que la troisième saison de La Diplomate,le mélodrame international que propose Netflix. Le contraste est saisissant : la série américaine s’empare d’éléments empruntés au réel pour organiser un spectacle calculé pour maximiser le plaisir immédiat de qui la regarde ; The Deal utilise avec sagesse les ressorts de la fiction pour mettre à jour la mécanique des relations internationales.
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Le ministre du travail et des solidarités, Jean-Pierre Farandou, à l’issue du conseil des ministres au palais de l’Elysée, le 14 octobre 2025. JULIEN MUGUET POUR « LE MONDE »
L’Assemblée nationale a approuvé définitivement, mercredi 15 octobre, des mesures visant à faciliter l’embauche des plus de 60 ans, avec notamment la création d’un CDI seniors, lors de l’examen d’un projet de loi transposant plusieurs accords trouvés entre organisations syndicales de salariés et patronales.
Ce texte, adopté au Sénat avant la pause estivale, était le premier de la session ordinaire à être examiné par les députés, au lendemain de la déclaration de politique générale de Sébastien Lecornu, et à la veille de l’examen d’une motion de censure qui devrait être rejetée, faute de soutien du Parti socialiste. Il a été approuvé largement par 143 voix contre 25, toutes issues de La France insoumise.
« Nous avons bien travaillé ensemble pour les entreprises et les salariés de ce pays. Nous nous retrouverons cet automne pour d’autres rendez-vous importants », s’est félicité le ministre du travail, Jean-Pierre Farandou, qui a fait mercredi ses premières interventions en tant que ministre dans l’hémicycle.
Exonérations sur l’indemnité de mise à la retraite
Le texte prévoit la création d’un CDI seniors baptisé « contrat de valorisation de l’expérience » (CVE), à titre expérimental les cinq prochaines années suivant la promulgation de la loi. Destiné à faciliter l’embauche des demandeurs d’emploi d’au moins 60 ans, voire dès 57 ans en cas d’accord de branche, ce contrat donnera de la latitude aux employeurs, qui pourront décider d’une mise à la retraite lorsque le salarié a droit à un taux plein, et bénéficieront d’exonérations sur l’indemnité de mise à la retraite. Actuellement, les employeurs ne peuvent mettre à la retraite d’office les salariés qu’à l’âge de 70 ans.
Le texte renforce par ailleurs les obligations de négociations de branche et d’entreprise sur le sujet du maintien en emploi. Il prévoit également l’entrée en vigueur d’une petite évolution dans l’assurance-chômage : les primo-accédants devront avoir travaillé cinq mois, au lieu de six, pour pouvoir avoir droit à leur allocation chômage.
Un accord supprimant la limite de trois mandats successifs pour les élus du comité social et économique (CSE), répondant à une revendication syndicale, a également été approuvé.
Le texte transpose enfin un accord trouvé entre la majorité des syndicats et l’ensemble des organisations patronales le 25 juin, destiné à faciliter l’utilisation des dispositifs de reconversion professionnelle. Un amendement du gouvernement satisfait les demandes des partenaires sociaux, qui s’étaient plaints en juillet d’une transposition incomplète.
Le premier ministre, Sébastien Lecornu, lors de la déclaration de politique générale, au Sénat, à Paris, le 15 octobre 2025. JULIEN MUGUET POUR « LE MONDE » []Pour sauver son gouvernement, Sébastien Lecornu a consenti à suspendre la réforme des retraites pendant un an, « jusqu’à l’élection présidentielle » de 2027. Cette annonce, faite mardi 14 octobre par le premier ministre lors de sa déclaration de politique générale, était attendue de longue date par le Parti socialiste (PS). Saluant une « victoire », le PS a promis en retour de ne pas voter les deux motions de censure qui seront examinées jeudi 16 octobre dans l’Hémicycle.
[]Si suspension ne veut pas dire abrogation, c’est toutefois la première concession à laquelle la Macronie consent sur cette réforme largement contestée par les oppositions et les partenaires sociaux depuis son adoption en avril 2023. Concrètement, elle implique la mise en pause du relèvement de l’âge légal de départ de 62 à 64 ans et la décélération de l’augmentation de la durée de cotisation.
[]Mais, étant donné l’instabilité politique, cette suspension va-t-elle vraiment voir le jour ? Qui est concerné ? A quoi ressemblera le système de retraites après 2027 ? Les Décodeurs ont rassemblé cinq questions pour vous aider à y voir plus clair.
De quelle réforme des retraites est-il question ?
[]La réforme Borne de 2023 avait pour objectif affiché de sauver le système de retraite par répartition – dans lequel les actifs (31 millions de personnes en 2023) financent les pensions des retraités (17,2 millions) –, dans un contexte marqué par des difficultés budgétaires et un vieillissement croissant de la population. Elle impliquait deux changements majeurs :
l’âge légal de départ passe de 62 à 64 ans ;
l’augmentation de la durée de cotisation, initialement fixée par la loi Touraine de 2014, s’accélère pour arriver à 43 ans (172 trimestres) dès 2027, au lieu de 2035.
[]Le texte actait aussi la disparition progressive de plusieurs régimes spéciaux et contient plusieurs dispositions plus favorables pour certaines catégories de travailleurs.
[]Deux ans après son adoption, cette réforme est encore en cours de déploiement, avec une mise en œuvre progressive prévue jusqu’en 2030. A ce jour, l’âge légal de départ atteint 62 ans et neuf mois, tandis que la durée de cotisation s’élève à 42 ans et demi, soit 170 trimestres.
La suspension va-t-elle vraiment aboutir ?
[]Lors de la session de questions au gouvernement de mercredi 15 octobre, Sébastien Lecornu a affirmé vouloir suspendre la réforme des retraites « jusqu’à l’élection présidentielle » de 2027.
[]Pour que cela se concrétise, cela nécessite un vote du Parlement. Il a donc annoncé le dépôt, « en novembre », d’un amendement au projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour y inscrire la suspension.
[]L’objectif, selon lui, est « d’aller le plus vite possible, avec des délais qui sont tenus et un débat de qualité », tout en estimant que « sans élément de recettes en face », la suspension ne pourra pas être votée. C’est une façon pour le premier ministre de mettre la pression sur les oppositions : si elles ne votent pas le budget, la mise en pause de la réforme des retraites ne pourra avoir lieu.
[]L’autre option du gouvernement serait d’inscrire la suspension dans une loi distincte, mais ce scénario ouvre la porte à une partie d’échecs politiques tendue. Si elle est examinée avant le budget, l’opposition pourrait « avoir le beurre et l’argent du beurre », résume l’économiste Eric Heyer : obtenir la suspension tout en rejetant le budget. Si elle n’est mentionnée qu’après le vote du PLFSS, le gouvernement s’assure son budget mais peut finalement décider de ne pas déposer la loi. « C’est budget contre suspension », résume l’économiste Michaël Zemmour, enseignant-chercheur à l’université Lumière Lyon 2, qui a soutenu le Nouveau Front populaire en 2024.
Qui est concerné ?
[]La mise en pause de la réforme des retraites de 2023 concerne en théorie toutes les générations nées entre 1964 et 1968, soit environ 3,5 millions de personnes devant prendre leur retraite entre 2026 et 2030. Elles pourraient partir trois mois plus tôt que prévu par le calendrier initial.
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[]Mais compte tenu de la date de l’élection présidentielle, en avril 2027, seules les personnes nées en 1964 sont assurées de pouvoir partir dès octobre 2026 au lieu de janvier 2027, à l’âge de 62 ans et 9 mois, avec 170 trimestres (au lieu de 171).
[]Après la suspension d’un an, la réforme Borne est censée reprendre son cours dès 2028, avec comme objectif d’atteindre un âge légal de départ à 64 ans « en 2033 au lieu de 2032 », précise Michaël Zemmour. Il reviendra au candidat qui remportera l’élection présidentielle de 2027 de laisser la réforme Borne s’appliquer ou de proposer une nouvelle réforme pour modifier l’âge légal.
[]Les générations nées entre 1965 et 1968, dont le départ est prévu entre 2027 et 2030, seront donc dépendantes du choix de la nouvelle majorité post-2027. Sans attendre cette échéance, Sébastien Lecornu a proposé de réunir d’ici au printemps 2026 les partenaires sociaux dans une conférence visant à penser l’avenir du système de retraites, en assurant notamment son équilibre financier. Il a même proposé de leur « confier » la gestion du système.
Quel impact sur les finances publiques ?
[]Selon les chiffres avancés mardi par Sébastien Lecornu, la mise en pause de la réforme des retraites coûterait « 400 millions d’euros en 2026 et 1,8 milliard d’euros en 2027 ». Permettre à certaines générations de partir à la retraite trois mois plus tôt dès 2026 engendrerait en effet « un trimestre de pensions à verser en plus [pour l’Etat] et un trimestre de cotisations [des salariés] à toucher en moins », résume l’économiste Michaël Zemmour.
[]D’un point de vue purement budgétaire, ce surcoût est relativement modeste à l’échelle d’une année : les dépenses de l’Etat doivent s’élever l’an prochain à environ 500 milliards d’euros, et le premier ministre a prévu de réaliser 30 milliards d’euros d’économies.
[]Surtout, cette suspension peut être considérée comme indirectement favorable aux finances publiques. En effet, faute de compromis entre le gouvernement et les socialistes sur ce sujet, le gouvernement aurait probablement été renversé, ce qui aurait compris l’adoption du budget 2026 et donc la réduction du déficit. Sans parler de l’impact de l’instabilité sur l’activité économique et la confiance des marchés financiers dans la dette française. « Si la suspension de la réforme permet au gouvernement de faire adopter un budget, c’est une bonne affaire économiquement parlant », estime Michaël Zemmour.
[]Reste la question de l’équilibre à long-terme du système. A ce stade, Bercy n’a pas chiffré le coût du gel de l’âge légal à 62 ans et 9 mois, s’il devait se prolonger au-delà de 2027.
Des membres du corps d’armée des personnels et des services administratifs et techniques (Capsat), qui a annoncé, le 14 octobre, « prendre le pouvoir » à Madagascar, dans une rue d’Antananarivo, le 15 octobre 2025. LUIS TATO / AFP
L’Union africaine (UA) a suspendu Madagascar de ses instances « avec effet immédiat », mercredi 15 octobre, au lendemain de la prise du pouvoir par des militaires et du renversement du président contesté, Andry Rajoelina, a annoncé à l’Agence France-Presse Mahamoud Ali Youssouf, président de la Commission de l’organisation.
L’île de l’océan Indien était en proie depuis le 25 septembre à un mouvement de contestation, auquel s’est ralliée une unité militaire. Des soldats emmenés par le colonel Michael Randrianirina ont annoncé mardi« prendre le pouvoir », après l’adoption à l’Assemblée nationale d’une motion de destitution du chef de l’Etat, qui aurait quitté le pays et s’est dit « en lieu sûr ».
La Haute Cour constitutionnelle malgache, ayant constaté la « vacance » du poste de président, a « invité » dans un communiqué diffusé mardi « l’autorité militaire compétente incarnée par le colonel Randrianirina Michael à exercer les fonctions de chef de l’Etat ». Les militaires ont, en outre, annoncé la suspension de la Constitution.
Contesté dans la rue et retranché dans un lieu inconnu, Andry Rajoelina, qui a , a dénoncé une « tentative de coup d’Etat » des militaires. « Le président demeure pleinement en fonction », a-t-il assuré.
Evacué par un avion militaire français, dimanche, d’après Radio France internationale (RFI), Andry Rajoelina avait été désigné président de transition par les militaires, après un soulèvement populaire en 2009.
Plusieurs pays, comme le Mali, le Burkina Faso et la Guinée, ont également été mis à l’écart des instances l’Union africaine à la suite de coups d’Etat militaires. Les sanctions imposées au Gabon, suspendu après le renversement du président Ali Bongo, ont été levées en avril.
Le président des Etats-Unis, Donald Trump, porte une casquette où il est écrit « Trump avait raison sur tout ! », en tenant le trophée de la Coupe du monde de la FIFA dans le bureau Ovale de la Maison Blanche, à Washington, DC, le 22 août 2025. JONATHAN ERNST / REUTERS
Il y a la communication politique, ses belles phrases, et la réalité, plus sombre. Le 6 mai, lors d’une conférence de presse, le président des Etats-Unis, Donald Trump, se disait impatient d’accueillir « les fans du monde entier » à l’occasion de la prochaine Coupe du monde de football, que son pays organisera avec le Canada et le Mexique du 11 juin au 19 juillet 2026. Aux côtés du président de la Fédération internationale de football (FIFA), Gianni Infantino, le locataire de la Maison Blanche promettait une « expérience sans accroc », réaffirmant sa joie d’héberger le « plus grand événement sportif de l’histoire ». Même son de cloche, le 23 août, quand le dirigeant MAGA (Make America Great Again, « rendre sa grandeur à l’Amérique ») assurait qu’il serait « très facile » pour les supporteurs d’assister au tournoi.
Les faits semblent pourtant le contredire. Alors que l’immense majorité des rencontres – 78 sur 104 – se dérouleront aux Etats-Unis, la politique migratoire impulsée par Donald Trump depuis son retour dans le bureau Ovale va empêcher une partie du public étranger de se rendre dans le pays. En cause notamment, la mise en place d’un travel ban, instauré le 9 juin, qui interdit l’entrée sur le territoire américain aux ressortissants de 12 pays. C’est le cas des Iraniens, dont la sélection est qualifiée pour son quatrième Mondial de rang. Si des exemptions sont prévues pour les footballeurs et leurs entraîneurs, elles ne devraient pas concerner les autres voyageurs, journalistes et fans.
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