Capture d’écran extraite de la vidéo « Le pire pharmacien », postée par Lux sur son compte TikTok en mars 2025, dans laquelle il piège les clients d’une officine en caméra cachée. LUXLESEUL
Imperméable crème, chapeau de paille vissé sur la tête et lunettes noires dissimulant ses yeux, Amine Mojito avance à pas feutrés. Gants en latex aux mains, il pointe une seringue vers le bras d’un adolescent vautré sur un banc, frôle la cuisse d’un cycliste ou effleure l’épaule nue d’un promeneur avec son instrument. A chaque fois, la réaction est immédiate : sursaut, panique, fuite précipitée et affaires abandonnées dans la confusion.
« Au secours ! », hurle un homme en courant sur un boulevard parisien.Sur ces images – certaines vues plus de 9 millions de fois sur TikTok –, personne ne devine que l’aiguille n’a jamais quitté son capuchon. Diffusée le 20 juin, alors qu’une rumeur circule sur les réseaux sur des appels à « piquer les femmes » lors de la Fête de la musique, la séquence suscite l’indignation.
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Vladimir Poutine, au théâtre Bolchoï lors de la célébration des 20 ans de la télévision d’Etat russe, à Moscou, le 17 octobre 2025. PAVEL BEDNYAKOV/AP
Abondamment commentée par les médias officiels, la reprise du dialogue entre Vladimir Poutine et Donald Trump a redonné des ailes à la Russie, suscitant un tel souffle d’optimisme que la Bourse de Moscou a bondi de 5 % jeudi 16 octobre, juste après la conversation téléphonique entre les deux dirigeants.
La perspective d’un deuxième sommet bilatéral, censé se tenir dans les semaines qui viennent à Budapest, réjouit les commentateurs. Fiodor Loukianov, le politologue attitré du Kremlin, en attend « quelque chose de spécifique ». « Apparemment, il existe un schéma de règlement qui a déjà été présenté en Alaska et pour lequel des paramètres précis ont été définis », a-t-il expliqué au Monde par courriel, vendredi. Ressassée par les officiels russes, cette interprétation fait les choux gras de la presse, persuadée qu’un règlement « confidentiel » du conflit en Ukraine aurait eu lieu lors du précédent sommet entre MM. Trump et Poutine, sans que personne n’en ait rien su.
Dans le jargon des propagandistes, ce mystérieux règlement est désigné par l’expression « l’esprit d’Anchorage » ou encore « les aspects positifs de l’Alaska ». Une allusion à la rencontre bilatérale organisée à Anchorage, en Alaska, le 15 août, quand, pressé de mettre fin à la guerre en Ukraine, le président américain avait déroulé le tapis rouge à son homologue russe, sans rien recevoir en retour. Le sommet avait tourné court, le déjeuner prévu avait été annulé et les discussions portant sur la signature de gros contrats économiques, programmées en deuxième partie, avaient été remises à plus tard.
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Un artilleur ukrainien se prépare à tirer d’un obusier en direction des troupes russes, sur une position, près de la ville de Koupiansk, dans la région de Kharkiv, le 17 octobre 2025. ANATOLII STEPANOV/REUTERS
Alors qu’il était reçu, vendredi 17 octobre, à la Maison Blanche, à l’occasion de sa troisième visite au président américain, Donald Trump, depuis son arrivée au pouvoir en janvier, le chef de l’Etat ukrainien, Volodymyr Zelensky, a une nouvelle fois été confronté auxerrements de la diplomatie américaine. Malgré ses espoirs d’arracher un feu vert à l’envoi de missiles Tomahawk, une perspective évoquée par M. Trump depuis plusieurs jours afin de ramener Moscou à la table des négociations, M. Zelensky est reparti à Kiev les mains vides.
Le président américain a finalement remisé cette option qui aurait donné à Kiev une capacité de frappe au-delà de 2 000 kilomètres de la ligne de front. Le paradoxe veut que ce renoncement survienne après que les Etats-Unis ont renforcé leur soutien à l’Ukraine en matière de renseignement. Une aidequi a permis à l’armée de Kiev de cibler plus efficacement les infrastructures énergétiques russes.
Le 12 octobre, le Financial Times s’était fait l’écho des confidences de trois responsables américains proches de ces opérations. Selon eux, ce soutien était en partie à l’origine de la hausse des prix de l’énergie russe et de la décision de Moscou de réduire ses exportations de diesel. La multiplication des salves aurait obligé les Russes à interrompre temporairement leur production de carburant et à fermer certains aéroports, précisait aussi le quotidien économique britannique.
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Le ministre du travail et des solidarités, Jean-Pierre Farandou, suivi par le ministre délégué chargé du commerce extérieur et de l’attractivité, Nicolas Forissier, à l’issue du conseil des ministres, au palais de l’Elysée, à Paris, le 14 octobre 2025. JULIEN MUGUET POUR « LE MONDE »
« D’autres régimes » de retraite sont « possibles », a déclaré le ministre du travail, Jean-Pierre Farandou, dans une interview à Ouest-France, samedi 18 octobre, alors que de nouvelles discussions avec les partenaires sociaux vont s’engager sur les retraites après la suspension de la réforme de 2023.
Le ministre évoque notamment, dans cet entretien, « le projet d’un système à points, abandonné en 2020 à cause du Covid, qui laissait à chacun le choix du moment de son départ ». Jean-Pierre Farandou cite également la piste d’une retraite par « capitalisation » et celle d’« un mélange de plusieurs systèmes ». « Il y a d’autres régimes possibles », souligne-t-il. « Tout cela mérite d’être étudié, pensé, discuté, débattu, en prenant le temps. C’est un choix de société », ajoute-t-il.
Lors de son discours de politique générale mardi, le premier ministre, Sébastien Lecornu, a proposé de suspendre la réforme des retraites « jusqu’à l’élection présidentielle » de 2027. Il a proposé aux partenaires sociaux la tenue d’une nouvelle conférence, où devra se poser « la question de l’ensemble de la gestion de notre système de retraite ».
Si les participants parviennent à rendre leurs premières conclusions « au printemps prochain », « le gouvernement transposera l’accord dans la loi et le Parlement décidera », a précisé Jean-Pierre Farandou à Ouest-France.« Sinon, il appartiendra aux candidats à l’élection présidentielle de faire leurs propositions », a-t-il dit.
Interrogé sur une possible nouvelle réforme de l’assurance-chômage, l’ancien patron de la SNCF n’a pas souhaité s’exprimer sur ce sujet, assurant que celui-ci était « en voie de décantation ».
Michel Devoret en Californie (Etats-Unis), le 14 novembre 2023. GOOGLE/QUANTUM AI
« J’ai bifurqué dans un univers parallèle », constate le physicien Michel Devoret, 72 ans, encore sous le choc, quelques jours après avoir reçu, le 7 octobre, un prix Nobel avec le Britannique John Clarke et l’Américain John Martinis. Pour un peu, il se retrouverait même dans deux états à la fois, comme les objets quantiques qu’il étudie. Heureux, bien sûr, mais aussi nerveux et agacé de passer pour égocentré, alors qu’il ne cesse de saluer ces « excellents » collègues, colauréats ou membres des différentes équipes avec lesquelles il a travaillé.
La métaphore n’est pas anodine puisque ce trio de chercheurs est récompensé pour avoir démontré que la mécanique quantique, apanage de l’infiniment petit, peut avoir des effets macroscopiques étonnants, comme l’effet tunnel, que l’Académie suédoise, en présentation du prix, a comparé à une balle qui traverserait un mur. « Je préfère l’image d’une particule enfermée dans une prison et qui s’en échappe par un tunnel », corrige Michel Devoret, illustrant, de la Californie, en visioconférence, son art des métaphores.
« Il a une grande culture en cinéma, en théâtre et en bande dessinée qui le nourrit pour créer des images un peu folles, mais justes », apprécie Zaki Leghtas, professeur à l’Ecole des mines, qui a travaillé plusieurs années avec le lauréat. Ce dernier s’était d’ailleurs lancé durant la pandémie de Covid-19 dans un cours avec un collègue de l’université Yale, dans le Connecticut, sur le cinéma et la physique : il y montrait la façon dont Fenêtre sur cour (1954), d’Alfred Hitchcock, illustrele rôle de l’observateur en physique quantique, une question fondamentale toujours débattue. Osé, mais le fruit d’une longue étreinte avec la science.
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Le logo de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, devant son siège, à Vienne, le 28 mai 2024. LEONHARD FOEGER/REUTERS
Si l’industrie pétrolière parie sur un monde gourmand en hydrocarbures pour encore plusieurs décennies, l’heure est plutôt à un surplus d’offres sur les marchés. Un excès souligné par les dernières statistiques de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), publiées mardi 14 octobre : le nombre de barils produits par jour devrait avoir augmenté de 3 millions en 2025, contre 2,7 millions initialement prévus, pour atteindre 106,1 millions de barils par jour sur l’ensemble de l’année.
Cette abondance résulte notamment de la stratégie adoptée par l’Opep+, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole et ses alliés, qui, depuis plusieurs mois, augmente ses quotas de production pour tenter de regagner des parts de marché. Or, la demande peine à suivre, dans un climat d’incertitudes économiques sans cesse ravivées par la croisade protectionniste du président américain, Donald Trump. Les prévisions de hausse de la consommation en 2025 et en 2026 se situent « bien en deçà de la tendance historique », selon l’AIE. L’an prochain, l’offre pourrait dépasser la demande de près de 4 millions de barils par jour, prédit l’agence.
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Une embarcation de fortune, à Gravelines (Nord), le 19 septembre 2025. JEAN-FRANCOIS BADIAS / AP
Cent quatre-vingt-cinq personnes qui tentaient de rejoindre clandestinement l’Angleterre à bord d’embarcations de fortune ont été secourues entre vendredi 17 et samedi 18 octobre dans les eaux françaises, a annoncé la préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord.
Vendredi matin, deux opérations de sauvetage ont respectivement permis la prise en charge de 81 passagers d’un bateau parti de la baie de Somme et de 80 personnes demandant à être secourues à la suite d’une avarie de leur embarcation, au large d’Equihen-Plage (Pas-de-Calais), précise-t-elle dans un communiqué.
Enfin, dans la nuit de vendredi à samedi, 24 passagers d’une autre embarcation ont été pris en charge lors d’une tentative de traversée partie des dunes de la Slack (Pas-de-Calais), tandis que les autres passagers ont souhaité poursuivre leur route.
D’après les chiffres du ministère de l’intérieur britannique, aucun small boat, nom donné aux embarcations de fortune utilisées pour ces tentatives clandestines de traversée de la Manche, n’est arrivé en Angleterre, vendredi.
Au moins 27 morts depuis le début de l’année
Malgré le renforcement régulier des moyens mis en œuvre en France pour empêcher les traversées, avec le soutien financier du Royaume-Uni, plus de 36 300 personnes sont arrivées clandestinement en Angleterre par ce moyen depuis le 1er janvier, selon les autorités britanniques. C’est 1 300 de moins qu’en 2022 – année record – à la même période.
Au moins 27 personnes sont mortes cette année lors de tentatives de traversées clandestines de la frontière franco-britannique, selon un décompte de l’Agence France-Presse effectué sur la base de données officielles.
Un nouvel accord migratoire entre Londres et Paris, entré en vigueur en août, prévoit des échanges sur le principe du « un pour un ». Pour une personne renvoyée du Royaume-Uni, Londres accepte l’entrée d’une autre venant de France, par voie légale. Ce dispositif, très critiqué par les ONG et exposé à des recours en justice, ne semble toutefois pas dissuader l’immense majorité des candidats à l’exil de tenter des traversées clandestines.
Une manifestation « No Kings » contre les politiques du président américain, Donald Trump, à Atlanta (Géorgie), le 18 octobre 2025 ALYSSA POINTER/REUTERS
D’importantes manifestations contre le président des Etats-Unis, Donald Trump, ont eu lieu, samedi 18 octobre, à travers le pays, dans le cadre d’une journée de mobilisation diabolisée par la droite qui fustige un mouvement « de haine contre l’Amérique ».
Rassemblées autour du mot d’ordre « No Kings » (« pas de rois »), environ 7 millions de personnes, selon les organisateurs, ont défilé pour dénoncer « la prise de pouvoir autoritaire » du président républicain. Plus de 2 700 rassemblements se sont tenus dans la journée dans les grandes villes américaines ainsi que dans des petites villes du centre des Etats-Unis, et des bourgades d’Etats républicains.
Dans le quartier de Forest Hills, à New York, des centaines de personnes se sont rassemblées en milieu de matinée et ont scandé « Nous aimons notre pays ! Nous ne supportons pas Trump ! ». Dans la capitale Washington, un important rassemblement s’est également tenu à proximité du Congrès, la foule exhortant en chœur Donald Trump à « partir », tandis qu’en Floride, des manifestants brandissaient des pancartes montrant le président grimé en Staline et en reine d’Angleterre à proximité de sa résidence Mar-a-Lago, où il passe le week-end. Des manifestations se sont également tenues au Texas, autre fief des conservateurs, notamment à Houston.
En juin, une première journée de mobilisation organisée par le même collectif qui regroupe quelque 300 associations avait rassemblé, selon lui, 5 millions de personnes, la plus grande contestation depuis le retour du républicain à la Maison Blanche. Le même jour, Donald Trump avait fêté son 79e anniversaire avec une parade militaire en grande pompe dans les rues de la capitale américaine. Lui qui avait menacé en juin de répondre aux manifestants avec une « très grande force » a sobrement commenté cette semaine sur Fox News : « Ils me qualifient de roi. Je ne suis pas un roi. »
Samedi, le président américain a publié une série de vidéos générées par intelligence artificielle sur sa plateforme Truth Social, le représentant sous les traits d’un roi.
Des personnes participent à l’une des manifestations « No Kings » qui ont lieu dans tout le pays, ici à Washington DC, le 18 octobre 2025. JOSE LUIS MAGANA/AP
Plusieurs figures de son parti ont, elles, dénoncé avec virulence les nouvelles manifestations, allant jusqu’à les assimiler à du terrorisme. Parlant d’une « mobilisation haineuse contre l’Amérique », le chef républicain de la Chambre des représentants, Mike Johnson, a lancé : « Je parie que vous verrez des partisans du Hamas et des antifas », mouvance antifasciste récemment classée comme « organisation terroriste » par le président. L’élu du Minnesota Tom Emmer a, lui, accusé les démocrates d’avoir cédé à « l’aile terroriste de leur parti ».
« Nous ne nous laisserons pas réduire au silence »
« Ne laissez pas Donald Trump et les républicains vous intimider et vous réduire au silence », a rétorqué, samedi, le chef des sénateurs démocrates Chuck Schumer, invitant les Américains à faire « entendre leur voix », dans un message sur X. Il a lui-même participé à l’un des cortèges, tout comme Bernie Sanders, autre figue de la gauche.
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« Nous sommes ici parce que nous aimons l’Amérique », a déclaré M. Sanders, s’adressant à la foule depuis une scène à Washington. Il a affirmé que le modèle américain était « en danger » sous Donald Trump, mais a insisté : « Nous, le peuple, gouvernerons. »
Un appel à manifester avait également été partagé par la candidate malheureuse à la présidentielle de 2024 Kamala Harris et la star d’Hollywood Robert De Niro.
Face aux accusations du camp républicain, des manifestants ont répliqué, samedi, sur le ton de l’humour. Certains d’entre eux ont ainsi défilé vêtus de costumes incongrus de pingouin, de homard ou encore d’hippopotame, d’autres brandissant fièrement le drapeau américain en riposte aux attaques de la droite.
Une banderole signée, représentant la Constitution américaine, lors d’une manifestation « No Kings » à Washington DC, le 18 octobre 2025. JOSE LUIS MAGANA/AP
La précédente journée de mobilisation avait notamment rassemblé des célébrités, comme l’acteur Mark Ruffalo et l’humoriste Jimmy Kimmel, dont le talk-show a ensuite été temporairement suspendu sous la pression du gouvernement Trump.
Depuis son retour au pouvoir en janvier, Donald Trump a bouleversé l’équilibre démocratique américain, en empiétant sur les pouvoirs du Congrès et des Etats et en menaçant ses opposants de représailles judiciaires. Usant d’une rhétorique de plus en plus belliqueuse, le républicain a déployé des militaires dans plusieurs fiefs démocrates pour lutter, selon lui, contre l’immigration illégale et la criminalité et a récemment exhorté les généraux américains à se mobiliser contre l’« ennemi de l’intérieur ».
Cette nouvelle journée de mobilisation est survenue par ailleurs en pleine paralysie budgétaire de l’Etat fédéral et alors que Donald Trump a déployé des militaires dans plusieurs fiefs démocrates pour, selon lui, lutter contre l’immigration illégale et la criminalité. En signe de contestation, plusieurs rassemblements se sont tenus dans les villes où il a envoyé la garde nationale, telles que Chicago ou Los Angeles. Dans le centre de la ville californienne, la police a tiré des gaz lacrymogènes, tard samedi soir, pour disperser les manifestants « No Kings », a rapporté le Los Angeles Times.
Des mobilisations étaient également prévues au Canada, comme à Toronto, Vancouver et Ottawa.
« Coin Cunt » (2017), de Suzanna Scott. SUZANNA SCOTT
C’est vers l’âge de 14 ans que Gabrielle (tous les prénoms de cet article ont été changés) commence à s’inquiéter de la forme de son sexe. Elle constate que ses petites lèvres, jusque-là dissimulées par les grandes lèvres, se sont progressivement allongées, au point de « dépasser d’environ 3 centimètres de ces dernières », détaille-t-elle. Aujourd’hui âgée de 53 ans, cette avocate confie avoir été obsédée par ce qu’elle vivait « comme une difformité ». « Cela a vraiment pollué mon adolescence,se souvient-elle, d’autant que je n’avais personne à qui en parler. Je me voyais mal discuter de ma vulve avec ma mère, avec qui mes relations étaient conflictuelles. Je n’osais pas non plus en parler à mes meilleures amies. En fait, j’avais honte. Comme l’impression d’avoir un sexe monstrueux. »
Des femmes complexées par leur anatomie intime, la docteure Sophie Berville en reçoit plusieurs dizaines par an dans son cabinet parisien. « A la puberté, la zone génitale se modifie, décrypte la chirurgienne gynécologue spécialisée dans les pathologies vulvaires. Chez certaines jeunes filles, les petites lèvres deviennent proéminentes, chez d’autres non – de la même manière que les seins se développent plus ou moins. Certaines adolescentes vivent mal cette transformation, car leur vulve leur semble éloignée des représentations stéréotypées que l’on en a, notamment dans l’art : un sexe fermé, avec les petites lèvres en dedans. »
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Cinq romans, trois biographies, quatre essais, un ouvrage de philosophie… Voici les brèves critiques de treize ouvrages notables en cette quarante-deuxième semaine de l’année.
Roman. « Il pleut sur la parade », de Lucie-Anne Belgy
« Je pensais comme une Française innocente », note la narratrice, Lucie, en une grinçante référence à la distinction faite par le premier ministre Raymond Barre, lors d’un attentat de 1980 qui, avait-il déclaré, « voulait frapper les Israélites qui se rendaient à la synagogue et a frappé des Français innocents ». L’innocence et une partie de sa légèreté, Lucie, venue de la Lorraine catholique, les a perdues au fil des actes antisémites des années 2010 et 2020, en voyant l’effet qu’ils produisaient sur son mari, Jonas, issu de parents juifs ashkénazes.
Ensemble, Lucie et Jonas ont eu un fils, Ariel. Quand elle était enceinte, elle croyait que ce bébé, pont entre deux cultures, « incarnerait l’harmonie et le calme » ; attachant, anxieux, le petit garçon s’est avéré brutal avec les autres enfants, objet d’inquiétudes et de disputes pour ses géniteurs. Il pleut sur la parade les saisit tous trois en une période où les troubles d’Ariel s’accentuent.
Chronique de mœurs piquante, drôle, chez un jeune couple de bobos dépassés par la non-conformité de leur propre rejeton vis-à-vis de leurs attentes, le premier roman de Lucie-Anne Belgy brasse avec finesse et vivacité une grande variété de thèmes – allant de l’héritage de la Shoah à l’éducation positive, en passant par l’altérité et les usages de l’identité. Si les dernières pages résolvent à une vitesse un peu cavalière, presque naïve, les problèmes de cette famille, le lecteur garde longtemps en tête le ton crâne et tendre d’Il pleut sur la parade. R. L.
« Il pleut sur la parade », de Lucie-Anne Belgy, Gallimard, 254 p., 20,50 €, numérique 15 €
Roman. « Les Remplaçants », de Bernardo Carvalho
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