Jean-Marie Guéhenno, ancien secrétaire adjoint de l’ONU : « Si, demain, les Etats-Unis décident de s’emparer du Groenland, ni le Danemark ni l’UE n’ont les moyens de s’y opposer »

L’enlèvement de Nicolas Maduro ouvrira-t-il les yeux des Européens sur la réalité de la politique du président Trump ? L’Europe a déjà deux adversaires de taille : la Russie et la Chine. La première mène contre elle une guerre hybride dont l’invasion de l’Ukraine n’est qu’une composante, complétée par des actions de sabotage et des opérations de désinformation. La deuxième, plus subtilement, mélange rhétorique du gagnant-gagnant et intimidation pour dominer les Européens en les divisant, afin de déverser sur le continent les marchandises qu’elle ne peut plus vendre aux Etats-Unis, et prendre le contrôle d’entreprises stratégiques. Les Etats-Unis sont maintenant le troisième prédateur à vouloir dépecer une Europe dépendante et faible.

Les Européens ont du mal à l’admettre, car la construction européenne est depuis l’origine liée au lien transatlantique. Et construire l’Europe sans les Etats-Unis, voire contre eux, relève de l’impensable. L’intégration européenne, projet éminemment politique, n’aurait pas été possible sans la création de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord. Celle-ci a en effet permis aux Européens de diluer dans l’alliance avec les Etats-Unis leur défense, sujet extrêmement sensible puisqu’il implique un abandon de souveraineté.

La stratégie de sécurité nationale américaine, dont la mise sous tutelle du Venezuela est la première illustration concrète, est pourtant d’une parfaite clarté. L’Europe est un adversaire idéologique et géopolitique à abattre. Elle veut contenir par le droit la force des nationalismes. Elle est une puissance commerciale et normative capable de limiter la suprématie américaine, en particulier dans les nouvelles technologies. Et elle pourrait affaiblir la puissance du dollar si l’euro devenait une véritable alternative.

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« En Iran, la révolte est enclenchée par les commerçants du bazar, le cœur battant de l’économie, pourtant conservateurs »

Les Iraniens contestataires sont descendus de nouveau dans les rues de nombreuses villes du pays pour crier leur colère contre un régime dictatorial, incompétent et corrompu, responsable de la crise économique et financière profonde qui engloutit la population. Le slogan « A bas le dictateur » vise directement le Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, et son régime. Certes, le pays a connu de nombreux autres mouvements sociaux ; certains à caractère politique, comme le « mouvement vert » contre la fraude électorale, en 2009, d’autres à caractère économique ayant des classes populaires pour moteur, comme en 2018 et en 2019, à la suite du triplement du prix de l’essence, d’autres encore de nature culturelle et politique avec le mouvement Femme, vie, liberté, en 2022.

Mais la révolte que connaît le pays actuellement a un caractère inédit : ce sont les commerçants du bazar, le cœur battant de l’économie, pourtant conservateurs et naguère proches du pouvoir clérical, qui l’ont enclenchée. Elle fait suite à la montée soudaine du prix de l’or et des devises par rapport à la monnaie nationale, qui a perdu plus de 30 % de sa valeur en 2025. L’inflation galopante – dont le taux officiel était de 52 % en décembre – prive la population de son pouvoir d’achat : plus de la moitié des Iraniens se trouvent sous le seuil de pauvreté, et la classe moyenne disparaît, s’appauvrissant toujours davantage, alors qu’une minorité au pouvoir, ou proche du pouvoir, continue de profiter de la manne pétrolière et de s’enrichir.

Car l’économie est au service des intérêts des structures monopolistiques dirigées par les proches du Guide et, de surcroît, exemptes d’imposition, à l’instar des fondations des gardiens de la révolution, dont la holding Khatam al-Anbiya, la fondation Astan Qods (la plus riche du pays, à Machhad), la Fondation des déshérités, etc. Les manifestants refusent également que les revenus pétroliers soient dépensés pour entretenir les groupes de soutien du régime dans la région appelée l’« axe de la résistance » [mouvements armés présents au Liban, en Irak, en Syrie, au Yémen…], aujourd’hui largement affaiblie.

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Incendie à Crans-Montana : la commune admet un « manquement » aux contrôles périodiques du bar Le Constellation

Stéphane Ganzer, conseiller d’Etat du canton du Valais, Mathias Reynard, conseiller d’Etat et président du Conseil d’Etat du canton du Valais, et Nicolas Féraud, maire de Crans-Montana, à l’entrée du bar Le Constellation, à Crans-Montana (Suisse), le 3 janvier 2026. JEAN-CHRISTOPHE BOTT VIA REUTERS

La commune de Crans-Montana a admis mardi 6 janvier un « manquement » aux contrôles périodiques de la sécurité incendie du bar ravagé par le feu la nuit du Nouvel An dans la station de ski suisse de Crans-Montana, faisant 40 morts et 116 blessés.

La loi impose au service de sécurité communal « de faire ces visites périodiques annuellement » dans les établissements recevant du public, a déclaré le président du conseil communal de Crans-Montana, Nicolas Féraud, lors d’une conférence de presse dans la station alpine.

En 2016, 2018 et 2019, des contrôles (y compris des normes incendie) du bar Le Constellation ont été effectués, avec des demandes spécifiques de modifications pour respecter ces normes, selon la commune. Mais « les contrôles périodiques n’ont pas été effectués de 2020 à 2025 » et « nous le regrettons amèrement », a reconnu M. Féraud, rapportant toutefois ne pas savoir pourquoi les inspections n’ont pas été faites.

« Nous en sommes profondément navrés, nous n’avons pas de réponse aujourd’hui », a-t-il ajouté. « La justice dira l’influence qu’a eue un tel manquement dans la chaîne de causalité ayant conduit au drame », a par ailleurs fait savoir la commune dans un communiqué, précisant qu’elle « assumera toute la responsabilité que la justice déterminera ».

Interrogé pour savoir s’il souhaitait démissionner, le président de la station a répondu par la négative, répétant plusieurs fois qu’« on ne quitte pas un navire au milieu de la tempête ». Mais « nous sommes tous extrêmement tristes », a commenté M. Féraud. « Vraisemblablement, les quelques chefs de sécurité qui ont été contrôler ce bar (entre 2015 et 2020) auraient dû faire plus attention », a concédé M. Féraud.

Les autorités italiennes, très remontées, ont multiplié les critiques. « Cette tragédie aurait pu » et « dû être évitée grâce à la prévention et au bon sens », a tonné lundi l’ambassadeur d’Italie en Suisse, Gian Lorenzo Cornado, devant les médias.

Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Incendie à Crans-Montana : la justice du Valais sous pression internationale

Le bar appartient depuis 2015 à deux Français, Jacques et Jessica Moretti. Depuis samedi, ils sont visés par une enquête et soupçonnés d’« homicide par négligence, lésions corporelles par négligence et incendie par négligence ». Ils n’ont été ni placés en détention provisoire ni assignés à résidence, ce qui a pu provoquer l’étonnement.

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« Pour mettre en détention, il nous faut trois conditions. Je vous passe le risque de collusion et le risque de réitération qui, là, en l’espèce, ne sont pas examinés », a répondu mardi la procureure générale du canton du Valais, Béatrice Pilloud, sur la radio française RTL. « C’est principalement le risque de fuite » qui est à estimer et « jusqu’à présent, nous n’avons pas eu d’éléments concrets qui laissent présager une fuite », a-t-elle expliqué.

« Faites gaffe à la mousse ! »

L’incendie a été provoqué, selon l’enquête, par des bougies dites « fontaines », qui ont enflammé le plafond du sous-sol du bar recouvert d’une mousse acoustique. Les clients, principalement des adolescents et de jeunes adultes, ont été piégés par les flammes. L’enquête doit notamment déterminer si cette mousse était conforme ou pas.

Des vidéos, révélées lundi soir par la télévision suisse RTS, montrent que ce n’est pas la première fois que ce type de bougies étaient utilisées dans le bar et que le danger était connu. « Faites gaffe à la mousse ! » : cette mise en garde a été prononcée il y a six ans par un employé du bar lors de la soirée du Nouvel An 2019-2020, selon une de ces vidéos.

Le président de Crans-Montana a, lui, affirmé que la commune n’avait jamais été alertée du danger. « Nous aurions voulu que ces personnes nous alertent. Nous serions intervenus immédiatement si nous avions su quelque chose », a-t-il dit. « J’ai vécu cette semaine de façon extrêmement difficile. Je sais que je porterai ce fardeau et la tristesse de toutes ces familles toute ma vie », a-t-il conclu, visiblement accablé.

Le propriétaire du Constellation avait obtenu en 2015 une autorisation de construire pour une véranda, et opéré lui-même des travaux intérieurs « qui ne nécessitaient pas d’autorisation », a également précisé la commune. En septembre 2025, un bureau externe spécialisé avait réalisé une étude acoustique du Constellation et confirmé, selon la commune, « le respect des normes antibruit, sans relever d’autres problèmes ».

Une enquête ouverte par le parquet de Paris

A Paris, le parquet a ouvert lundi une enquête pour « accompagner les familles françaises dans les investigations menées par les autorités suisses » après ce drame qui a fait neuf morts et 23 blessés côté français.

Le long et délicat labeur d’identification des 40 morts et 116 blessés a pris fin lundi, et on sait désormais que la moitié des défunts, âgés de 14 à 39 ans, étaient mineurs. Il s’agit de 22 Suisses, dont un qui a également la nationalité française, et de 18 étrangers issus de neuf pays, selon la police cantonale du Valais.

Parmi les blessés, de 14 nationalités, figurent notamment 69 Suisses, 23 Français et 12 Italiens, dont des binationaux. Sur les 83 blessés encore hospitalisés, une cinquantaine ont été transférés vers la France, l’Italie, l’Allemagne ou la Belgique. Beaucoup de blessés étant grièvement atteints, selon les autorités, le bilan pourrait s’alourdir.

Une cérémonie d’hommage est prévue vendredi en Suisse. La porte-parole du gouvernement français, Maud Bregeon, a fait savoir que le président, Emmanuel Macron, s’y rendrait en personne.

Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Incendie de Crans-Montana : un tel drame pourrait-il encore arriver en France ? Malgré un encadrement renforcé, des failles persistent

Le Monde avec AFP

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Les titres-restaurant désormais valables chez HEMA : « La vocation première du dispositif a été oubliée »

C’est difficile à admettre, mais il semblerait que les Français se soient inspirés des Anglais sur un sujet culinaire. Le titre-restaurant est, en effet, né au Royaume-Uni de l’après-guerre afin que les entreprises puissent aider leurs collaborateurs à manger un repas sain, sur fond de restrictions persistantes. La formule, qui permettait également de soutenir les restaurateurs locaux, a ensuite prospéré en France. En 1967, elle était jugée assez vertueuse pour bénéficier d’exonérations fiscales. Près de soixante ans plus tard, cependant, la vocation première du titre-restaurant a été oubliée, tel un reste d’épinards sur le bord de l’assiette.

La Commission nationale des titres-restaurant vient de donner son agrément à l’enseigne néerlandaise de produits pour la maison HEMA, de sorte que 5 millions de salariés vont pouvoir utiliser leur avantage dans des magasins où les seuls produits alimentaires en rayon sont des chips et autres friandises. A ce compte-là, on pourra bientôt payer avec une carte Edenred, Swile ou Pluxee sur les sites marchands dont on accepte les cookies.

Devant un magasin HEMA, à Caen, en novembre 2019. SAMEER AL-DOUMY/AFP

Cette autorisation a mis en rogne l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie. Dans un courrier envoyé au ministre des petites et moyennes entreprises et du commerce, Serge Papin, le 24 décembre 2025, mais révélé lundi 5 janvier par l’Agence France-Presse, la première organisation patronale de l’hôtellerie-restauration tire la sonnette d’alarme sur « les conséquences économiques et concurrentielles pour les restaurateurs et établissements assimilés », bénéficiaires historiques d’un dispositif dont la recette a changé.

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Dans l’affaire Epstein, « plus de 2 millions de documents » attendent toujours d’être publiés, selon le procureur de New York

Des documents inclus dans le dossier Jeffrey Epstein, publié par le département américain de la justice et photographiés le 2 janvier 2026. JON ELSWICK/AP

Le ministère de la justice américain a fait savoir, lundi 5 janvier, que plus de 2 millions de dossiers concernant potentiellement l’affaire Epstein n’ont pas encore été rendus publics. Le gouvernement américain était tenu de publier tous les documents relatifs à l’affaire Epstein à la date du 19 décembre dernier, mais n’a finalement rendu public qu’environ 12 285 documents totalisant 125 575 pages, selon une mise à jour du procureur de New York, Jay Clayton.

« Plus de 2 millions de documents (…) restent à différentes étapes de leur examen et de leur publication », a écrit M. Clayton dans cette mise à jour de cinq pages consultée par l’Agence France-Presse (AFP). Le 24 décembre, le ministère de la justice avait annoncé examiner « plus d’un million de documents » potentiellement liés à l’affaire Epstein pour une éventuelle diffusion, laquelle pourrait prendre « plusieurs semaines ».

Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Affaire Epstein : loin de la transparence promise, la publication encore partielle des archives entretient la confusion

Le procureur Clayton a précisé que plus de 400 avocats du ministère de la justice devraient consacrer « les prochaines semaines » à examiner ces dossiers. « Il s’agit d’un volume important de documents, et les types, tailles et formes des documents restant à examiner varient considérablement », a-t-il noté, avant de souligner que des « efforts minutieux » devaient être déployés pour protéger les victimes d’Epstein contre toute divulgation inappropriée de leur identité ou d’informations privées.

Une liasse de pages entièrement caviardées tirée des documents récemment publiés par le département de la justice américain du dossier Epstein, à Washington, le 19 décembre 2025. JONATHAN ERNST/REUTERS

Accusation de dissimulation

L’administration Trump a été accusée de dissimulation par l’opposition démocrate, qui lui reproche de ne livrer qu’au compte-gouttes les pièces de l’énorme dossier, après les avoir lourdement caviardées. Une loi votée par des démocrates et des républicains oblige le gouvernement, que cette affaire embarrasse au plus haut point en raison de la relation amicale passée entre Donald Trump et Jeffrey Epstein, à publier l’intégralité du dossier.

Les premières séries de documents publiées ont mis en lumière le spectaculaire réseau de Jeffrey Epstein, qui s’est suicidé, selon les autorités, avant d’être jugé à New York pour exploitation sexuelle de mineures.

Elles ont aussi livré des détails sur la relation qu’il entretenait avec Donald Trump, avec en particulier un courrier électronique d’un enquêteur affirmant que le républicain de 79 ans aurait voyagé huit fois dans l’avion privé de Jeffrey Epstein. Le président américain n’a jamais été accusé d’actes criminels en lien avec l’affaire Epstein.

Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Jeffrey Epstein dans « Le Monde », de l’ami douteux du prince Andrew à l’épine dans le pied de Donald Trump

Le Monde avec AFP

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Le réalisateur hongrois Béla Tarr, virtuose du cinéma mélancolique, est mort

Le réalisateur hongrois Béla Tarr, à Barcelone (Espagne), le 9 janvier 2024. DAVID ZORRAKINO / EUROPA PRESS / GETTY IMAGES

Auteur d’une œuvre hors norme, le réalisateur hongrois Béla Tarr, connu pour ses plans-séquences et ses films en noir et blanc dépeignant des paysages désolés, est mort à 70 ans, a annoncé le réalisateur Bence Fliegauf à l’agence de presse nationale MTI au nom de la famille Tarr.

Le maître du cinéma hongrois, mort à la suite d’une longue maladie, est connu pour son œuvre souvent sombre, dont Satantango (1994), une fresque de sept heures sur l’effondrement du communisme en Europe de l’Est et son déclin matériel et spirituel, adapté du roman du lauréat du prix Nobel de littérature Laszlo Krasznahorkai, son collaborateur régulier.

« C’est avec une profonde tristesse que nous annonçons que le réalisateur Béla Tarr est décédé tôt ce matin après une longue et grave maladie », a également déclar l’Association des cinéastes hongrois dans son communiqué. « L’homme le plus libre que j’aie connu est mort », a réagi le maire de Budapest, Gergely Karacsony, dans un communiqué, saluant son amour pour « ce qui est essentiel chez l’être humain : la dignité humaine ».

Ses films étaient portés de bout en bout par un même regard pessimiste sur la condition humaine et une foi jubilatoire dans les puissances du cinéma. Encensés de longue date par Gus Van Sant, par Susan Sontag, ses films restent mal connus en France.

« Faire des films, c’est mon truc à moi »

Né le 21 juillet 1955 dans la ville universitaire de Pecs, dans le sud-ouest de la Hongrie, Béla Tarr a tourné son premier film amateur sur des travailleurs roms à l’âge de 16 ans, laissant déjà poindre son engagement social. Six ans plus tard, en 1977, il réalisait son premier long-métrage, Nid familial, avec le soutien d’un studio de cinéma expérimental, le Bela Balazs, à Budapest, où il a suivi une formation de réalisateur. Il est l’auteur du premier long-métrage indépendant hongrois, Damnation, projeté au Festival international du film de Berlin en 1988, film coécrit avec Laszlo Krasznahorkai.

« J’ai eu la chance de trouver mon chemin pour survivre : faire des films, c’est mon truc à moi », déclarait-il en 2005 au quotidien Le Figaro. Celui qui était souvent présenté comme « le Tarkovski hongrois » a aussi tourné Macbeth en 1982.

Avant 2003, date à laquelle Les Harmonies Werckmeister ont trouvé un distributeur, aucun de ses films n’était sorti en salles en France. Satantango, film fleuve et chef-d’œuvre de l’auteur, a été suivi de L’Homme de Londres (2008).

Son dernier film, Le Cheval de Turin, sorti en 2011, avait reçu l’Ours d’argent au festival de Berlin. La même année, le Centre Pompidou, à Paris, avait organisé une rétrospective de son œuvre en même temps que paraissait un livre de Jacques Rancière, Béla Tarr, le temps d’après, aux éditions Capricci.

Après son dernier long-métrage, il avait annoncé prendre sa retraite, ne réalisant par la suite que deux courts-métrages, préférant désormais enseigner le cinéma en Hongrie, en Allemagne et en France. « J’avais fait tout ce que je voulais », confiait-il à l’hebdomadaire hongrois HVG en 2019.

Lire aussi : Béla Tarr : « La véritable damnation, c’est la solitude absolue »

Le Monde avec AFP

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Le Groenland est et doit rester européen

Le Groenland après le Venezuela ? Au lendemain de l’enlèvementde Nicolas Maduro par les Etats-Unis, en violation des principes élémentaires qui devraient régir les rapports entre nations, Donald Trump a passé en revue, le 4 janvier, à bord de l’Air Force One, les éventuelles cibles à venir du nouvel impérialisme américain. Une fois de plus, la grande île du Groenland, qui est légalement un territoire autonome danois, a été mentionnée, provoquant de nouveau la consternation en Europe.

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Le président des Etats-Unis avait déjà évoqué un achat du Groenland au cours de son premier mandat, en 2019. Donald Trump avait comparé cette hypothèse à « une grande transaction immobilière », très avantageuse, selon lui, pour Copenhague. Il avait battu en retraite face au tollé et annulé une visite prévue au Danemark. Plus de six ans plus tard, il n’est plus question de proposition d’achat mais d’une prise de contrôle par la force.

Une telle menace est inadmissible. Le 4 janvier, Donald Trump a inclus ce territoire dans une liste qui comportait des ennemis historiques des Etats-Unis, Cuba et l’Iran, ainsi que le président de la Colombie, qu’il passe son temps à agonir d’injures et à menacer. Ce rapprochement est honteux et scandaleux. Le Danemark a, en effet, toujours compté parmi les alliés les plus sûrs de Washington.

Sortir de l’hébétude

Les arguments avancés par Donald Trump pour justifier un tel projet d’agression ne résistent pas à l’analyse. Outre le fait que la loyauté de Copenhague n’a jamais été prise en défaut, l’accord de défense concernant le Groenland, signé en 1951 entre les deux pays, permet déjà à l’armée américaine d’être présente sur l’île, pour répondre au réel défi de sécurité que posent les ambitions de la Chine et de la Russie dans l’Arctique. Cet accord pourrait évidemment être révisé pour donner de plus grandes marges de manœuvre aux Etats-Unis, sans pour autant remettre en cause la souveraineté des Groenlandais et leur rattachement au Danemark.

Des forces militaires danoises, lors d’un exercice mené conjointement avec des soldats de plusieurs pays européens membres de l’OTAN à Kangerlussuaq (Groenland), le 17 septembre 2025. EBRAHIM NOROOZI/AP

Une annexion par la force de ce territoire porterait, par ailleurs, un coup fatal à l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), en vidant de sa substance l’article 5 de la charte, selon lequel une attaque contre un membre de l’organisation est une attaque contre tous et oblige à la solidarité. Il s’agirait d’une victoire éclatante offerte à la Russie de Vladimir Poutine par les Etats-Unis de Donald Trump. Sans que cela coûte le moindre drone à Moscou.

Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Groenland : la hantise d’une annexion par les Etats-Unis

La récurrence des menaces et des insultes américaines a plongé jusqu’à présent les pays européens dans une sorte d’hébétude. Il est temps d’en sortir. Il n’est pas question de répondre à cette agressivité par une virulence dont les Européens n’ont pas les moyens. Mais de tracer les lignes rouges nécessaires, sur le Groenland comme sur la régulation du numérique, dont Donald Trump a juré la perte. L’heure est venue de parler enfin le langage de la souveraineté, avec ce qu’elle implique, tout en continuant à chercher des points de convergence avec Washington sur des sujets de préoccupation communs comme l’Ukraine.

Le bilan d’un an de courbettes toujours plus humiliantes plaide désormais pour une plus grande fermeté, le seul langage que comprend Donald Trump. Les Européens doivent s’appuyer sur les alliés qu’ils comptent toujours au Congrès des Etats-Unis et sur une opinion publique américaine très majoritairement attachée à la relation transatlantique pour restaurer un peu de bon sens. Il y va de l’intérêt de tous.

Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Jean-Marie Guéhenno, ancien secrétaire adjoint de l’ONU : « Si, demain, les Etats-Unis décident de s’emparer du Groenland, ni le Danemark ni l’UE n’ont les moyens de s’y opposer »

Le Monde

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A la frontière entre le Venezuela et la Colombie, le calme et l’espoir : « C’est bizarre. C’est comme s’il ne s’était rien passé »

Au poste-frontière entre le Venezuela et la Colombie, à Cucuta (Colombie), le 5 janvier 2026. LUISA GONZALEZ / REUTERS

Ils sont venus comme ils l’auraient fait n’importe quel autre jour de l’année. Lundi 5 janvier, Jose et Dallerlin (les personnes citées par un prénom ont souhaité conserver leur anonymat) sont sortis du Venezuela en franchissant à pied et sous une averse tropicale le pont international Simon-Bolivar. Enjambant le fleuve Tachira, il marque l’un des principaux points de passage entre leur pays et la Colombie. Le couple est venu faire vacciner leur fils de 7 mois. Ils rentreront ensuite chez eux.

Les deux Etats partagent une frontière de plus de 2 200 kilomètres et, depuis l’enlèvement à Caracas du président vénézuélien, Nicolas Maduro, par les forces spéciales américaines dans la nuit du 2 au 3 janvier, cette dernière fait l’objet d’un renforcement côté colombien, en particulier au nord-est du pays. Le ministre de la défense, Pedro Sanchez Suarez, a annoncé le 4 janvier depuis Cucuta, chef-lieu du Norte de Santander, le déploiement de 30 000 militaires face aux « menaces » que représente le « crime organisé transnational » et, plus spécifiquement, « le cartel de l’ELN [l’Armée de libération nationale] et le Tren de Aragua [l’une des organisations criminelles vénézuéliennes les plus puissantes, en lien avec le narcotrafic] ».

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CAN 2025 : quand un sosie de Patrice Lumumba, figure de l’indépendance congolaise, s’invite dans les tribunes

Michel Kuka Mboladinga, un sosie de l’ancien premier ministre Patrice Lumumba (1925-1961), lors du match de Coupe d’Afrique des nations entre le Botswana et la République démocratique du Congo, dans le stade Moulay Al-Hassan de Rabat, le 30 décembre 2025. MOSA’AB ELSHAMY / AP

Un héros national assassiné il y a plus de soixante ans s’est invité dans les gradins de la Coupe d’Afrique des nations (CAN), qui se tient au Maroc jusqu’au 18 janvier. La silhouette élancée de Patrice Lumumba, figure de l’indépendance de la République démocratique du Congo (RDC) assassinée en 1961, réapparaît à chaque match des Léopards.

Debout, le bras droit tendu, la main ouverte vers la pelouse, cette silhouette légendaire se fige pendant quatre-vingt-dix minutes – et parfois davantage, en cas de prolongations –, comme un arrêt sur image, et semble veiller sur son équipe nationale. Elle promet de se dresser une nouvelle fois mardi 6 janvier après-midi, au sein du stade Moulay Al-Hassan de Rabat, pour accompagner la sélection congolaise face à l’Algérie, en huitièmes de finale.

Même carrure, même coupe de cheveux, même visage ciselé : la copie est si fidèle à l’original qu’elle en est déroutante. Ce « double », c’est Michel Kuka Mboladinga, un supporteur venu de Kinshasa qui a choisi de redonner vie à cette icône panafricaine, le temps d’un match. « Je lui ressemble beaucoup », glisse-t-il de sa voix délicate, allongé sur le lit de sa chambre d’hôtel à Casablanca.

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Pour faciliter le droit de rétractation du consommateur, la France durcit les règles sur la vente en ligne de services financiers

Les entreprises qui proposent des services financiers en ligne, comme une assurance, un prêt ou une solution de paiement, devront désormais respecter de nouvelles règles plus protectrices des consommateurs, selon une ordonnance publiée mardi 6 janvier au Journal officiel.

Le texte prévoit en particulier de faciliter le droit de rétractation du consommateur. Ce dernier devra bénéficier « sans frais » d’un accès « facile, direct et permanent » à une fonctionnalité « lui permettant d’exercer gratuitement son droit de rétractation » dans les délais prévus.

Le code de la consommation est aussi modifié pour obliger les entreprises à fournir, gratuitement et avant signature du contrat, « des explications adéquates concernant les contrats de services financiers proposés ».

A chaque démarchage téléphonique, « le but commercial de l’appel, le nom du professionnel, ainsi que l’identité et la nature du lien qu’entretient avec lui la personne appelante » devront ainsi être précisés « sans équivoque dès le début de la conversation ».

Par ailleurs, les interfaces en ligne ne devront pas être conçues « de façon à tromper ou à manipuler les consommateurs destinataires du service, [ou] de toute autre façon propre à altérer ou à entraver substantiellement leur capacité à prendre des décisions libres et éclairées ».

L’ordonnance, qui est une transposition d’une directive européenne de novembre 2023, doit entrer en vigueur à partir de juin 2026.

Lire aussi | Article réservé à nos abonnés La vente à découvert, une stratégie financière sulfureuse et risquée

Le Monde avec AFP

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