Le réseau social X restreint le compte Grok sur la génération d’images dénudées de personnes réelles

Un camion arborant un message contre Grok et X en raison des contenus IA pédopornographiques présents sur la plateforme, à Londres, le 14 janvier 2026. MAJA SMIEJKOWSKA/REUTERS

Le réseau social X a annoncé, mercredi 14 janvier, avoir pris des mesures pour « empêcher » Grok, son outil de génération de textes et d’images, d’y « déshabiller » des « personnes réelles », en réponse à une vague d’indignation mondiale et à la pression d’autorités de plusieurs pays.

Lire aussi | Article réservé à nos abonnés IA Grok : la moitié des images générées pendant les fêtes représentaient des personnes partiellement dénudées

« Nous avons mis en place des mesures technologiques pour empêcher le compte @Grok de permettre l’édition d’images de personnes réelles dans des tenues révélatrices, comme des bikinis », a précisé le réseau social d’Elon Musk dans un message publié sur la plateforme. Une mesure censée s’appliquer également à l’onglet « Grok », qui permet d’accéder à l’outil depuis les menus de X.

« Cette restriction s’applique à tous les utilisateurs, y compris les abonnés payants »,est-il ajouté, alors que, depuis le 9 janvier, la génération d’images avec le compte @Grok, l’assistant IA développé par xAI, avait été limitée aux seuls abonnés payants, une mesure toutefois jugée insuffisante par de nombreuses critiques.

Le message de la plateforme laisse néanmoins planer une incertitude, puisqu’il précise ensuite appliquer un « blocage géographique » là où la loi l’exige. Dans les faits, si, en France, les deepfakes (hypertrucages) en bikini avaient quasiment disparu des messages postés par le compte @Grok jeudi matin, il était toujours possible de « déshabiller » des photos en passant par l’onglet « Grok » accessible depuis X, selon les constats du Monde.

En revanche, le communiqué de X est clair sur un point : seules sont concernées les fonctions de Grok intégrées à X, que ce soit par le compte @Grok ou l’onglet « Grok ». L’outil Grok proprement dit, accessible par exemple sur l’application Grok ou sur le site Grok.com, n’a pas vocation à être bridé à ce stade : tous ses utilisateurs, gratuits comme payants, peuvent continuer d’y éditer des photographies, y compris en déshabillant des hommes et des femmes sans leur consentement. Des possibilités qu’offrent aussi ses concurrents ChatGPT ou Gemini.

Ouverture d’enquêtes judiciaires

La plateforme avait affirmé, début janvier, « prendre des mesures contre les contenus illégaux », notamment pédopornographiques, « en les supprimant, en suspendant définitivement les comptes et en collaborant avec les autorités locales ».

Mais elle était ensuite restée silencieuse malgré la multiplication des protestations officielles et l’ouverture d’enquêtes judiciaires ou administratives.

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La Commission européenne avait, en effet, déclaré, jeudi 8 janvier, avoir imposé à X une mesure conservatoire, suivie par l’Ofcom, l’autorité régulatrice des télécommunications au Royaume-Uni, qui avait annoncé, lundi 12 janvier, l’ouverture d’une « enquête formelle » visant le réseau social X « concernant des images à caractère sexuel diffusées » par son assistant d’intelligence artificielle.

« Nous ne reculerons pas »

L’Union européenne (UE) et le Royaume-Uni ont salué, mercredi, mais avec prudence, ces mesures supplémentaires annoncées par X, peu de temps avant qu’elles soient rendues publiques et détaillées.

« Nous prenons acte des mesures supplémentaires adoptées par X » et « nous évaluerons attentivement ces changements afin de nous assurer qu’ils protègent efficacement les citoyens de l’UE », avait déclaré Thomas Regnier, un porte-parole de la Commission européenne. « Si ces changements n’étaient pas effectifs, la Commission n’hésiterait pas à utiliser tout » son arsenal législatif, qui lui permet d’infliger des astreintes financières, voire de suspendre le réseau social sur le sol européen, a ajouté le porte-parole.

« J’ai été informé ce matin que X agit pour assurer une totale conformité avec la législation britannique », avait déclaré, avant lui, le premier ministre britannique, Keir Starmer, devant son Parlement. « Si c’est le cas, c’est une bonne chose, mais nous ne reculerons pas et ils doivent agir », avait mis en garde le travailliste, rappelant que l’enquête indépendante ouverte lundi se poursuivait. Selon les constats du Monde, le compte @Grok continuait, à la demande des utilisateurs, de générer des photos de Keir Starmer en bikini jeudi matin.

Lire aussi | Grok : l’UE accélère son enquête sur l’IA du réseau social X, détournée pour dénuder des femmes et des mineurs

« Tolérance zéro »

Selon une analyse de l’ONG AI Forensics, réalisée sur plus de 20 000 images générées par Grok et publiée la semaine dernière, plus de la moitié d’entre elles représentaient des personnes légèrement vêtues, dont 81 % étaient des femmes et 2 % paraissaient mineures. Vingt-huit ONG ont signé mercredi l’appel de l’association féministe Ultraviolet à ce que Google et Apple retirent Grok et X de leurs boutiques d’applications.

Le procureur général de Californie, Rob Bonta, un élu démocrate hostile aux velléités de l’administration Trump d’empêcher la régulation de l’IA, a déclaré, mercredi, exhorter « xAI à prendre des mesures immédiates pour que cela ne se reproduise plus », annonçant lancer sa propre enquête « afin de déterminer si, et comment, xAI a violé la loi ».

Le procureur, qui brigue sa réélection en novembre pour un second mandat, défend « une tolérance zéro pour la création et la diffusion par l’IA d’images intimes non consenties ou de matériel pédopornographique ».

« Le principe de fonctionnement de Grok est de respecter les lois de chaque pays et de chaque Etat », a écrit, mercredi, Elon Musk, sur X, le multimilliardaire assurant qu’il « peut arriver que des tentatives de piratage malveillantes entraînent un comportement inattendu. Le cas échéant, nous corrigeons le bug immédiatement ».

M. Musk, qui s’exprime publiquement tous les jours sur X, dénonce régulièrement les mesures de régulation prises par les gouvernements, les accusant de vouloir « supprimer la liberté d’expression ». Il s’était déjà défendu la semaine dernière dans un message posté sur sa plateforme, déclarant que toute personne utilisant Grok pour « créer du contenu illégal subira les mêmes conséquences que si elle mettait en ligne du contenu illégal ».

Le Monde avec AFP

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En Corée du Sud, la Maison Bleue, les présidents et la crainte du « mauvais œil »

LETTRE DE SÉOUL

La Maison Bleue, à Séoul, le 22 décembre 2025. KIM HONG-JI/REUTERS

Le président de Corée du Sud, le démocrate Lee Jae-myung, a décidé de réintégrer en ce début d’année le palais abandonné par ses prédécesseurs en raison de sa mauvaise réputation. La Maison Bleue, qui a abrité les chefs d’Etat jusqu’en 2022, est en effet accusée de porter le « mauvais œil ». L’opération confirme le retour à une forme de normalité après la crise politique déclenchée par la tentative avortée de l’ex-président conservateur Yoon Suk Yeol d’imposer la loi martiale, en décembre 2024.

Pendant la dynastie Joseon (1392-1910), le site était un jardin du palais royal Gyeongbokgung, tout proche. Le colonisateur japonais en a fait un parc public avant d’y construire, en 1939, la résidence du gouverneur général. Après la seconde guerre mondiale, le bâtiment a abrité le général John Reed Hodge, chef du gouvernement militaire américain en Corée, puis, en 1948, le premier président de la Corée du Sud indépendante.

Pendant la guerre de Corée (1950-1953), quand les troupes du Nord ont occupé Séoul, le dirigeant nord-coréen Kim Il-sung y a séjourné à plusieurs reprises. Par la suite, au tournant des années 1990, le président Roh Tae-woo (1988-1993) a entrepris de construire sur le même site un nouveau palais estimant inapproprié de diriger l’Etat dans un bâtiment construit par le colonisateur nippon. L’édifice a été recouvert de 150 000 giwa (tuiles coréennes) de couleur bleue, d’où son surnom de Maison Bleue.

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A la Maison Blanche, le Danemark et le Groenland confrontés à l’intransigeance de l’administration Trump

Les ministres des affaires étrangères danois et groenlandaise, Lars Lokke Rasmussen et Vivian Motzfeldt, à l’ambassade du Danemark à Washington, le 14 janvier 2026. ANDREW LEYDEN/GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP

Le Groenland au centre du monde. Alors que, de façon insistante, les Etats-Unis affirment leur volonté de prendre le contrôle de ce territoire autonome, relevant de la souveraineté du Danemark, l’architecture transatlantique tremble sur ses bases.

Le ministre des affaires étrangères danois, Lars Lokke Rasmussen, et son homologue groenlandaise, Vivian Motzfeldt, étaient à Washington, mercredi 14 janvier, pour une réunion de crise à la Maison Blanche. Ils ont rencontré le vice-président américain, J. D. Vance – dont la présence n’était pas prévue à l’origine –, et le secrétaire d’Etat, Marco Rubio.

A leur sortie, les deux visiteurs ont eu un échange avec la presse, à l’ambassade du Danemark. Leurs visages étaient graves. Derrière les expressions convenues – une « discussion franche entre partenaires égaux » –, Lars Lokke Rasmussen laissait transparaître une forme de détresse, devant une administration américaine hostile.Il existe toujours un « désaccord fondamental », a dit le ministre danois, en reconnaissant son impuissance à changer la position de ses hôtes. « Il est clair que le président [Donald Trump] a le souhait de conquérir le Groenland. »

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En Ouganda, Yoweri Museveni, le vieux guérillero qui brigue un septième mandat

Le président ougandais, Yoweri Museveni, lors d’un meeting électoral dans une école du quartier de Kitebi à Kampala, le 5 janvier 2026. ABUBAKER LUBOWA/REUTERS

C’est une parabole tirée de la Bible, qui ressemble furieusement à une comparaison personnelle. En juin 2025, lors de son discours sur l’état de la nation, le président ougandais, Yoweri Museveni, a longuement cité saint Matthieu, racontant l’histoire de deux bâtisseurs : « Un sage, qui construit sa maison sur la roche, et un imprudent, qui construit sa maison sur le sable. » « Lorsque la pluie, les inondations, les vents vinrent sur les deux maisons, celle de l’imprudent fut balayée, parce que ses fondations étaient fragiles, tandis que celle du sage resta debout, parce que ses fondations étaient fermes et solides », a narré le vieux dirigeant, qui a lui-même minutieusement cimenté les fondements de son pouvoir depuis son arrivée à la tête de l’Ouganda, en 1986.

A 81 ans, selon son âge officiel, Yoweri Museveni sera de nouveau le candidat de son parti, le Mouvement de résistance nationale (NRM), pour l’élection présidentielle du 15 janvier – un scrutin également législatif et local. L’ancien rebelle marxiste se présente pour un septième mandat, après quatre décennies de règne marquées, de manière croissante, par la personnification du pouvoir, le népotisme, l’affaiblissement des institutions et le musellement de l’opposition. Internet a été coupé deux jours avant le scrutin, et des organisations de défense des droits humains ont dénoncé l’aggravation de la répression au ces dernières semaines avec une multiplication des arrestations arbitraires et des violences commises par les services de sécurité.

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EN DIRECT, Iran : Donald Trump temporise concernant une intervention américaine

Des vidéos de manifestations en Iran générées par IA diffusées massivement sur les réseaux sociaux

Faute d’images en raison de la coupure d’Internet par les autorités iraniennes, des vidéos générées par intelligence artificielle, prétendant montrer des manifestations et leur répression en Iran, inondent les réseaux sociaux. Le groupe américain de surveillance de la désinformation NewsGuard a identifié sept vidéos générées par IA représentant de présumées manifestations iraniennes qui ont cumulé quelque 3,5 millions de vues sur les plateformes en ligne.

Parmi elles figure une vidéo partagée sur X sur laquelle on voit des manifestantes détruire un véhicule des bassidji, la force paramilitaire iranienne déployée pour réprimer les manifestants. Une publication sur X mettant en avant ce clip, généré par IA, a été visionnée près de 720 000 fois.

Des utilisateurs de X et de TikTok aux Etats-Unis ont également publié des vidéos générées par IA montrant des manifestants iraniens rebaptisant symboliquement des rues locales du nom du président Donald Trump. Dans l’un de ces clips, un manifestant remplace une plaque de rue par une autre estampillée « Trump Street » tandis que d’autres manifestants applaudissent, avec pour légende : « Les manifestants iraniens rebaptisent les rues du nom de Trump. »

Les partisans du régime de Téhéran partagent eux aussi sur les réseaux des vidéos générées par IA censées montrer, à l’inverse, d’importantes contre-manifestations favorables au gouvernement à travers la République islamique.

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Budget 2026 : Sébastien Lecornu tiraillé entre la tentation du 49.3 et le recours aux ordonnances

La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, et le premier ministre, Sébastien Lecornu, avant les votes sur les motions de censure, à l’Assemblée nationale, à Paris, le 14 janvier 2026. SARAH MEYSSONNIER/REUTERS

Sans surprise, l’Assemblée nationale a rejeté, ‍mercredi 14 janvier, les deux ​motions de censure dénonçant l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur. Comparés par le premier ministre, Sébastien Lecornu, dans l’Hémicycle, à des « tireurs couchés tirant dans le dos de l’exécutif », le Rassemblement national (RN) et La France insoumise (LFI), à l’origine des deux motions, ont raté leur cible. Seuls 256 députés ont voté la censure déposée par LFI, alors que la majorité requise pour faire chuter le gouvernement était ‌de 288, la droite et le Parti socialiste (PS) refusant de s’y associer.

La motion de censure du RN a connu le même sort, avec 142 députés pour. Examinée au lendemain du retour de la présidente du groupe RN à l’Assemblée, Marine Le Pen, dans le prétoire pour l’appel de sa condamnation dans l’affaire des emplois fictifs au Parlement européen, elle avait pour seul but, estime-t-on au sein de l’exécutif, de « créer une actualité au Palais-Bourbon pour en éclipser une autre au palais de justice ».

Ces derniers jours, le premier ministre faisait mine de croire que son gouvernement courait le risque d’être renversé. « Un accident est vite arrivé, il peut manquer 15 ou 20 voix », alertait encore son entourage la veille du vote. Mais le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, ayant exclu de censurer le gouvernement, avec lequel il négocie la copie finale du budget, le danger était limité.

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« Face au mal-être, les jeunes tentent de trouver un refuge où ils le peuvent : le protoxyde d’azote en est un parmi d’autres »

Chez les jeunes, l’usage du protoxyde d’azote s’est progressivement banalisé. Une inhalation brève, des effets immédiats : une sensation d’euphorie, un flottement, des éclats de rire spontanés. En apparence, un moment léger. Pourtant, derrière ce vernis festif, les professionnels de santé observent depuis plusieurs années une augmentation préoccupante des complications liées à cette consommation : atteintes neurologiques parfois sévères, troubles cardio-vasculaires, symptômes psychiatriques aigus, troubles addictifs et troubles de la vigilance à l’origine d’accidents automobiles.

En Ile-de-France, le « proto » est désormais identifié comme l’une des principales causes de myélopathie [maladie de la moelle épinière] chez les jeunes. Cette progression se confirme dans les données disponibles : en 2022, 14 % des 18-24 ans déclaraient en avoir consommé, tandis que les signalements de cas graves ont été multipliés par trois en trois ans.

Alors pourquoi le protoxyde d’azote non médical séduit-il autant ? D’un côté, beaucoup de jeunes considèrent que cette substance présente peu de risques. Son statut légal, son mode d’administration ludique et ses effets brefs contribuent à entretenir l’idée d’un produit inoffensif. De l’autre, sa revente repose sur un marketing ciblé : codes du rap, vidéos humoristiques, relais d’influenceurs… une communication efficace, particulièrement auprès des adolescents. L’accès est d’une simplicité déconcertante : quelques clics sur Internet, à des prix dérisoires.

Agir sur l’imaginaire

Pour répondre à ce phénomène, une proposition de loi a été déposée au Sénat le 18 décembre 2024. Elle prévoit un renforcement de l’encadrement de la vente, la pénalisation des usages détournés et un effort accru de prévention. Son adoption par l’Assemblée nationale constituerait une étape importante pour mieux prévenir les risques, en reconnaissant la dangerosité sanitaire du « proto » et en posant des cadres protecteurs pour les plus jeunes. Mais cela ne suffira pas : il faut aussi agir sur l’imaginaire qui entoure cette pratique. Cela passe par une prévention renforcée et une modération stricte des contenus en ligne qui en favorisent la promotion.

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Les brèves critiques de la rentrée littéraire d’hiver : Rune Christiansen, Dominique Fabre, Félicité Robert de Lamennais, Martin Suter…

Six romans, un recueil de poésie, un pamphlet, un essai d’histoire… Voici les brèves critiques de neuf ouvrages notables en cette deuxième semaine de l’année.

Poésie. « Pas si tant », de Salomé Botella

« Les gens trouvaient cet endroit repoussant/ Le fumier dégueu/ Les méthodes pas sexy/ Les manières grossières ». Qu’importe : c’est bien à ce lieu – au fin fond de la Creuse, où elle a grandi – et à la vie qui s’y déploie que Salomé Botella décide de consacrer son premier livre. Même si, elle aussi, a pu trouver la nature « chiante à crever » ; même si elle a « longtemps haï ce trou ». Par petites vignettes en forme de courts poèmes, elle rassemble des bouts d’enfance et d’adolescence. Nulle évocation bucolique, mais une manière simple, directe, de dire « cette petite vie dure qu’on mène » dans les villages. Où l’on galère un peu financièrement, où l’on creuse des fosses septiques plutôt que des piscines, où « la maison sert à tirer l’électricité douteuse ». Mais ce qui frappe surtout, c’est la tendresse que l’on sent battre dans le texte : tendresse pour tous les êtres qui entourent l’enfance (famille et amis), et pour la langue du pays. Laquelle circule ici en douce. Langue morte ? « Pas si tant » ! L. Hu.

« Pas si tant », de Salomé Botella, L’Ogre, « Ogresses », 134 p., 13,50 €.

Roman. « Androsace », d’Antoine Choplin

Jadis, ils ont gravi ensemble un mont que l’homme mûr connaît bien. Elle, venue d’Asie, l’a découverte, espiègle, joyeuse aussi. « Compagnons d’éphémère équilibre », ils ont bivouaqué et contemplé la pulsation des astres, « aux aguets du ciel vivant et de la calligraphie des crêtes ». Aujourd’hui, il reprend seul la voie du sommet et renoue en poète avec cette excursion au cours de laquelle l’apparition miraculeuse de la Lune, au hasard d’une brèche, avait amené la jeune femme à s’interroger sur l’existence d’« un mot aussi beau qu’éclipse pour en dire le contraire ». De retour chez elle, en Iran, elle a choisi de quitter son village de montagne pour descendre en ville et y combattre en dansant avec ses sœurs de lutte au péril de leur vie. Hymne à ces espaces où l’oiseau, l’arbre et l’insecte dialoguent mieux que l’homme avec les cimes, Androsace – telle la fleur qui pousse sur la roche nue – donne sa gravité à la contemplation. Avec une lucidité implacable. Ph.-J. C.

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Dans le Cher, l’ancien gendarme qui accumulait les voitures, à moteur ou à pédales

Patrick Savigny devant sa collection de voitures à pédales, dans le sous-sol de sa maison, à Trouy (Cher), le 28 décembre 2025. FRÉDÉRIC POTET

A Noël, Patrick Savigny, 73 ans, s’est fait un petit plaisir : il s’est offert un modèle réduit télécommandé d’Alpine A110 Pikes Peak, un coupé sportif conçu pour les courses de montagne. S’il n’y a pas d’âge pour jouer aux petites voitures, ce retraité de la gendarmerie n’a pas pour autant l’intention de piloter son prototype à échelle 1/10 dans les rues de Trouy (Cher), où il vit.

L’homme est collectionneur, et n’a qu’une passion : la bagnole. Des centaines de miniatures ornent les murs de sa maison, principalement des Ferrari, sa marque fétiche. Dix véritables automobiles sont également parquées entre le sous-sol, le garage et le jardin. Des grosses et des petites. Toutes immatriculées et assurées. Un budget. Un affront aux injonctions écologiques du moment, s’offusqueront certains. « Des voitures plaisir », explique le multipropriétaire.

A chaque véhicule, son usage. Son cabriolet BMW est ainsi utilisé l’été pour les courts déplacements. Pour les voyages plus longs, un 4 × 4 de marque Toyota est privilégié. Un autre, fabriqué par Mitsubishi, a les préférences du conducteur le dimanche matin pour « aller à la chasse ». Une Ford T de 1917, avec roues en bois, fait forte impression aux réunions de famille, de type mariage, à condition de redoubler de vigilance en passant les vitesses : « Comme dans les films de Laurel et Hardy, la marche arrière est aussi rapide que la première » – soit 50 kilomètres/heure (km/h) en vitesse de pointe. Et pour aller chercher son pain à la boulangerie la plus proche ? « Une Renault Laguna roulant au bioéthanol, répond le pape de la soupape. Je m’en sers comme d’un vélo. »

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Camille, 24 ans, assistante parlementaire, 2 200 euros net par mois : « Au départ, ce qui m’attirait dans la politique, c’étaient les jeux de pouvoir, comme dans la série “Baron noir” »

JULIE JUP

Je gagne entre 2 100 et 2 200 euros net par mois sur treize mois. S’y ajoutent 140 euros de prime pour les repas et le remboursement de mon passe Navigo à 75 %. Le salaire n’est pas très élevé, surtout vu les horaires et les responsabilités que l’on a, mais il me suffit pour bien vivre.

Je ne suis pas très dépensière. J’ai un loyer de 990 euros par mois, j’épargne entre 200 et 400 euros par mois et, pour le reste, je dépense mon argent en sorties avec mes amis : bar, restaurant et vie culturelle. A Paris, on trouve plein de bons plans pas trop chers. Franchement, je m’estime chanceuse. Je suis l’une des rares, parmi mes amis, à avoir décroché un CDI. Actuellement, le marché du travail est catastrophique pour les jeunes diplômés.

La collaboration parlementaire, ce n’était pas ma première idée en sortant de l’école – je suis diplômée d’un institut d’études politiques de province. Je voulais plutôt m’orienter dans la représentation d’intérêts, le lobbying, mais le stage de fin d’études que j’ai fait dans un cabinet d’affaires publiques ne m’a pas plu. Toquer à la porte des parlementaires pour essayer de faire passer des amendements, ce n’était pas mon truc. J’avais envie d’être dans la dynamique de départ d’un texte de loi, d’avoir des responsabilités.

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