Mélissa Boros, Julia Ducournau et Tahar Rahim avant la projection d’« Alpha », lors du Festival de Cannes, le 19 mai 2025. MIGUEL MEDINA / AFP
SÉLECTION OFFICIELLE – EN COMPÉTITION
Corps de marbre et larmes de poussières. Chez Julia Ducournau, l’humain se transforme, se dévore, ou retourne à la terre. Après les festins de chair des anthropophages dans Grave (2016), après le lait maternel mutant de Titane, Palme d’or en 2021, voici les gisants de pierre dans Alpha, troisième long métrage de la réalisatrice et scénariste, née en 1983, qui concourt à nouveau pour la Palme d’or. On est prêt à parier pour la statuette, on y croit dur comme fer (ou titane). Primé ou pas, Alpha restera parmi les comètes de cette 78e édition – avec Sirat, d’Oliver Laxe, que l’on peut ne pas aimer, mais qui tente un geste, de même que Sound of Falling, trésor visuel de l’allemande Mascha Schilinski.
Les sculptures funéraires d’Alpha, mises en scène dans des lits d’hôpitaux, sont les images les plus douces et radicales qui nous ont été données à voir, depuis le début de la compétition. L’histoire nous ramène dans les années 1980-1990, lorsque l’épidémie de sida prit tout le monde de court. L’ostracisation des victimes et la peur de l’autre semblaient se propager plus vite encore que le virus. Marquée par cette période, qu’elle a vécue à l’adolescence, Julia Ducournau réalise son film le plus sombre, bien que charriant des torrents de sentiments – certains penseront aussi au trauma du Covid-19, et à ces morts emportés sans qu’on n’ait pu les approcher.
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Le président américain, Donald Trump, aux côtés de la première dame, Melania Trump, signe la loi « Take It Down Act », dans la roseraie de la Maison Blanche à Washington, lundi 19 mai 2025. JIM WATSON / AFP
Face à un phénomène en pleine croissance, le président américain, Donald Trump, a promulgué, lundi 19 mai, une loi criminalisant le partage sans consentement d’images pornographiques réelles ou créées par l’intelligence artificielle (IA), notamment à des fins de vengeance (le « revenge porn »).
Ce texte nommé « Take It Down Act », soutenu par la première dame, Melania Trump, avait été précédemment adopté par le Sénat américain et la Chambre des représentants, où il avait recueilli un large soutien des deux partis.
« Il s’agira de la toute première loi fédérale visant à lutter contre la diffusion d’images explicites et fictives sans le consentement de la personne », s’est félicité le président républicain. « Quiconque diffusera intentionnellement des images explicites sans le consentement d’une personne encourra jusqu’à trois ans de prison », a-t-il détaillé, évoquant également des « responsabilités civiles » pour les réseaux sociaux qui hébergent ces images mais « refusent de retirer ces images rapidement », c’est-à-dire dans un délai de quarante-huit heures.
Les jeunes filles et femmes particulièrement touchées
La diffusion non consentie d’images à caractère sexuel, parfois créées grâce au concours de l’IA, est un phénomène qui touche majoritairement les jeunes filles et femmes – dont certaines célébrités comme la chanteuse Taylor Swift ou l’élue du parti démocrate, Alexandria Ocasio-Cortez.
Avec la popularisation des outils d’IA, la fabrication de ces montages photo ou vidéo hyperréalistes s’est simplifiée et a ouvert la voie à leur utilisation massive à des fins de harcèlement ou d’humiliation, prenant de court les législateurs du monde entier.
« Cette législation constitue une étape décisive dans nos efforts pour garantir que chaque Américain, en particulier les jeunes, puisse se sentir mieux protégé contre les atteintes à leur image ou à leur identité par le biais d’images non consenties », a salué Melania Trump aux côtés de son époux, lors d’une rare apparition publique. La première dame, mobilisée sur ce dossier, avait pour l’occasion invité à la Maison Blanche plusieurs jeunes filles victimes de telles pratiques.
Parmi elles, une adolescente texane qui avait découvert fin 2023 des montages hyperréalistes (deepfakes) à caractère sexuel d’elle et de plusieurs de ses camarades, fabriqués sans leur consentement par un élève de son collège puis partagés sur le réseau Snapchat.
« Les filles ne faisaient que pleurer, et pleurer à ne plus en finir, elles avaient honte », avait à l’époque confié à l’Agence France-Presse (AFP) sa mère, Anna Berry McAdams, qui s’inquiétait que ces images ne resurgissent dans le futur. « Cela pourrait les affecter toute leur vie », alertait-elle, pointant du doigt l’impuissance des victimes à agir et faire défendre leurs droits.
Seuls quelques Etats américains, dont la Californie et la Floride, disposaient jusqu’à présent de lois criminalisant la fabrication et la publication de fausses images à caractère sexuel. Cette loi fédérale représente donc un « pas significatif » dans la lutte contre ce phénomène, estime, auprès de l’AFP, Renée Cummings, criminologue et chercheuse en intelligence artificielle à l’université de Virginie.
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« Mais son efficacité dépendra de sa mise en œuvre rapide et fiable, de sanctions sévères à l’égard des auteurs de ces actes et de son adaptabilité en temps réel face aux menaces numériques émergentes », a-t-elle insisté. Et de prévenir : « Nous devons veiller à ce que les mesures législatives protègent la société et punissent les auteurs, sans pour autant éroder par inadvertance le cryptage ou étouffer l’expression légitime » sur Internet.
Un risque pointé par plusieurs associations de défense des libertés publiques, qui se sont inquiétées d’un risque de censure. « Si la protection des victimes face à ces invasions odieuses de l’intimité est un but légitime, les bonnes intentions seules ne suffisent pas à faire une bonne loi », a ainsi estimé l’Electronic Frontier Foundation, dénonçant des « définitions vagues et le manque de garde-fous » qui pourraient mener à la censure.
Bruno Retailleau et Laurent Wauquiez, lors d’une conférence de presse commune, à l’Assemblée nationale, à Paris, le 22 juillet 2024. KARIM DAHER / HANS LUCAS
Surtout ne pas réveiller les fantômes du passé, ceux des « guerres fratricides » d’une droite qui aime parfois se dire « la plus bête du monde ».Voilà pour la promesse de début de campagne pour la présidence du parti Les Républicains (LR), en février. De l’aveu général, tout cela aurait pu plus mal tourner, être plus sanglant. Dimanche, à 19 heures, Bruno Retailleau et Laurent Wauquiez attendront loin l’un de l’autre le résultat du vote des 121 617 adhérents appelés à choisir leur chef, les 17 et 18 mai. Favori annoncé, le premier a prévu de s’exprimer dans la soirée, au siège parisien du parti. Le second a préféré son fief du Puy-en-Velay.
Cette distance tiendrait-elle de l’aveu pour Laurent Wauquiez ? Malgré la centaine de réunions partout en France, la fin de sa diète médiatiqueet les déclarations tonitruantes, la défaite serait déjà actée chez les soutiens du chef de file des députés LR, qui espèrent qu’elle soit la plus courte et honorable possible. « Lundi matin, je serai président des Républicains », a pourtant répété jusqu’au bout l’Auvergnat, qui a même proposé un poste de numéro deux à son adversaire.
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Rachida Dati à Paris le 5 février 2025. LUDOVIC MARIN / AFP
Paris et les Parisiens lui tendent les bras, pense-t-elle. Rafler la capitale est son rêve. Son dernier combat politique, peut-être. En 2020, Rachida Dati avait échoué à remporter les élections municipales à Paris, largement devancée par Anne Hidalgo. Sa rivale socialiste désormais hors jeu, la ministre de la culture et maire Les Républicains (LR) du 7e arrondissement croit en son destin, imaginant capitaliser sur l’usure et parfois la détestation de l’équipe sortante pour gagner en 2026. Rien n’est encore officiel. Mais l’ancienne protégée de Nicolas Sarkozy mène campagne en coulisse.
Ses talons aiguilles troqués pour des mocassins chics, celle qui met systématiquement en avant ses origines modestes dénonce les rats et les travaux, s’émeut du crack que la gauche aurait, selon elle, laissé prospérer, et des passes à 5 euros qui, dit-elle, ont cours dans le quartier Marx-Dormoy, dans le 18e arrondissement. L’ancienne garde des sceaux assume de surfer sur la vague « anti-Hidalgo » et promet à ceux qui l’entendent qu’elle refera de Paris un écrin. « Je vais dire aux gens : “Vous êtes content de ce qu’il y a en bas de chez vous ? Non ? Alors votez pour moi !” »,confie-t-elle fin avril à un élu parisien.
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La maire LR de la Seyne-sur-Mer, Nathalie Bicais, au tribunal de Toulon, le 24 avril 2025. CAMILLE DODET / PHOTOPQR/NICE MATIN/MAXPPP
Accusée d’avoir manqué à son devoir de « probité, qualité indispensable pour une élue », Nathalie Bicais, maire LR de La Seyne-sur-Mer, deuxième ville du Var, a été condamnée pour prise illégale d’intérêts vendredi 16 mai, avec une peine d’inéligibilité immédiate de cinq ans.
Une peine de dix-huit mois de prison avec sursis, assortie d’une inéligibilité de cinq ans avec exécution provisoire, d’une interdiction d’exercer toute fonction publique de deux ans et d’une amende de 20 000 euros a été prononcée par la présidente du tribunal correctionnel de Toulon, qui a regretté l’absence de l’élue à la lecture du jugement. « Elle ne s’intéresse pas à la justice », « elle n’est pas là, c’est dommage », a commencé Marie-Laure Arnouil, avant de motiver sa décision.
Mme Bicais, élue en 2020 dans cette ville limitrophe de Toulon, devrait donc être démise de ses mandats très prochainement par le préfet du Var, la peine d’inéligibilité s’appliquant immédiatement, bien qu’elle fasse appel de sa condamnation, comme l’a annoncé son avocat, Mᵉ Gilles Gauer. Elle a manqué à « la probité, qualité indispensable attendue d’une élue », avec « aucune remise en question » de sa part à l’audience : pis, « elle banalise les infractions », ce qui pose un « risque de réitération », a détaillé la présidente.
« L’exécution provisoire devrait produire des conséquences provisoires dans un Etat de droit. Cette exécution provisoire produit des conséquences qui sont irréversibles », a regretté Me Gauer. « Elle porte atteinte au principe du scrutin et au fonctionnement de la démocratie », a ajouté l’avocat, cette condamnation compromettant grandement sa capacité à se présenter aux municipales de 2026. Elle pourrait se présenter si la justice arrive à la juger en appel très rapidement et si la cour d’appel prononçait une autre décision que celle de première instance.
Deuxième maire à être démise de ses fonctions
La justice lui reproche l’obtention d’un permis de construire en 2021 pour sa maison personnelle, avec la signature de son directeur général des services de l’époque, Laurent Régné, condamné, lui, à six mois de prison avec sursis. Elle était également poursuivie pour l’embauche d’un de ses proches, Christophe Riqueau, sans appel à candidature et alors qu’il lui avait prêté en parallèle 100 000 euros pour l’achat de sa maison en bord de mer. M. Riqueau, condamné notamment à douze mois de prison avec sursis et cinq ans d’inéligibilité dans ce dossier, est aujourd’hui le directeur de cabinet de Mme Bicais.
Anciennement membre des Républicains aujourd’hui rallié à Emmanuel Macron, M. Falco a contesté cette peine d’inéligibilité de cinq ans devant la Cour de cassation, qui doit rendre sa décision le 28 mai.
« Le silence est la perpétuation du crime, il le relativise, il lui ferme la porte du jugement et de la vérité et lui ouvre toute grande celle de l’oubli, celle du recommencement », écrit Boualem Sansal dans Le Village de l’Allemand, ou le Journal des frères Schiller (Gallimard, 2008). Ce récit décrit la découverte par deux frères germano-algériens du passé de leur père, ancien nazi caché en Algérie, massacré avec le reste de son village durant la guerre civile algérienne.
Ce texte puissant établit des correspondances entre trois moments historiques éloignés les uns des autres, mais entre lesquels l’auteur fait des rapprochements : la Shoah, vue à travers le regard d’un jeune Arabe qui découvre la réalité des exterminations de masse ; la « décennie noire », celle des années 1990 et de la guerre civile en Algérie ; la situation des banlieues françaises à l’aube du XXIe siècle, gangrenées par les progrès de l’islamisme radical. Sur un triptyque aussi sensible, Boualem Sansal fait entendre la voix singulière d’un écrivain animé par une seule volonté, celle de « dire la vérité, partout dans le monde ».
Ecrire, pour combattre ce qu’il considère comme le mensonge, l’ignorance, la dissimulation, le silence et l’oubli, écrire pour dire la vérité apparaît comme le combat le plus fondamental de Boualem Sansal. « Je me dis ceci : si un seul crime demeure impuni sur terre et que le silence l’emporte sur la colère, alors les hommes ne méritent pas de vivre », affirme ainsi le personnage de Rachel dans Le Village de l’Allemand.
Une seule attitude est possible
L’écrivain franco-algérien paie aujourd’hui de sa liberté son engagement pour la vérité. Réduite au silence à l’ombre des prisons d’Alger, la voix de Boualem Sansal ne résonne plus à ce jour que dans ses écrits. Agé de 80 ans et atteint d’un cancer, il est incarcéré en Algérie depuis le 16 novembre 2024. Le tribunal de Dar El-Beïda, près d’Alger, l’a condamné, le 27 mars, à cinq ans d’emprisonnement, pour avoir « nui à l’unité nationale, à la sécurité et la stabilité du pays », voulant ainsi le punir notamment pour ses prises de position sur le Sahara occidental.
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La vice-présidente de la CFTC, Pascale Coton, et le président de la CFTC, Cyril Chabanier, à Matignon, à Paris le 26 septembre 2024. JULIEN DE ROSA/AFP
Souvent traités comme de simples figurants depuis l’arrivée à l’Elysée d’Emmanuel Macron, les syndicats et le patronat vont, peut-être, regagner du pouvoir. Cette perspective a été esquissée, jeudi 15 mai, lors de la 11e séance de négociations sur les retraites, consacrée au pilotage de notre système par répartition. La question posée est de savoir de quelle manière les partenaires sociaux seraient susceptibles de prendre les rênes de l’ensemble des régimes des salariés. Une piste ardue à mettre en œuvre, en particulier parce qu’elle implique de redéfinir le rôle du gouvernement et du Parlement.
A l’heure actuelle, il existe une quarantaine de caisses de retraite distinctes en France. Dans cet archipel, les organisations de travailleurs et d’employeurs sont aux commandes de l’Agirc-Arrco, le dispositif complémentaire des salariés, dont le poids est très significatif (environ un quart des prestations servies à tous les pensionnés).
L’hypothèse examinée jeudi consisterait à donner des prérogatives accrues aux syndicats et au patronat sur le fonctionnement des régimes de base du privé, c’est-à-dire principalement la Caisse nationale d’assurance-vieillesse (CNAV). Ils y siègent déjà, en étant membres du conseil d’administration, mais c’est l’Etat qui est le chef d’orchestre, par le biais – entre autres – des lois de financement de la Sécurité sociale (LFSS) votées chaque année par l’Assemblée nationale et par le Sénat.
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L’athlète norvégien Jakob Ingebrigtsen, ici lors des JO de Paris en 2024, a porté plainte contre son père, Gjert Ingebrigtsen, pour des violences commises pendant plus de 10 ans. PHIL NOBLE / REUTERS
Vingt-quatre jours d’audience, étalés sur sept semaines, avec des dizaines de témoins et autant journalistes relatant les moindres rebondissements en direct : le procès qui s’est conclu, jeudi 15 mai, devant le tribunal de Sandnes, dans le sud-ouest de la Norvège, n’avait rien d’ordinaire. Révélant au grand jour les sombres secrets d’une des familles les plus médiatisées du pays, il a passionné les Norvégiens. Sur le banc des accusés, Gjert Ingebrigtsen, 59 ans, père et ancien entraîneur de la star mondiale du demi-fond, Jakob Ingebrigtsen (24 ans), était jugé pour des violences commises contre son fils pendant dix ans, et sa fille de 18 ans (restée anonyme), sur une période de quatre ans.
Les plaintes déposées par plusieurs de ses autres enfants ont été classées sans suite, pour cause de prescription. Sur les sept frères et sœur, dont trois sont des athlètes de haut niveau, cinq ne parlent plus à leurs parents. Cette fratrie, les Norvégiens l’ont vue grandir, dans le docu-réalité « Team Ingebrigtsen », diffusé entre 2016 et 2021, sur la chaîne publique NRK.
L’émission a d’ailleurs été au cœur des débats. La défense a estimé que l’absence de violence à l’image constituait la preuve que Gjert Ingebrigtsen était innocent. Ses enfants, au contraire, ont assuré que l’émission ne reflétait pas leur vie sous l’emprise d’un père tyrannique, qui a instillé la peur en eux. « Après de nombreuses années de bon entraînement, je suis devenu rien du tout. Une machine qui fonctionne quand on me le demande, mais qui ne fait rien d’autre », a témoigné Jakob Ingebrigtsen, au début du procès.
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Grace (Jennifer Lawrence) dans « Die, My Love », de Lynne Ramsay. BLACK LABEL MEDIA
Familière du Festival de Cannes, la réalisatrice écossaise Lynne Ramsay, absente du grand écran depuis huit ans, avait coutume d’y distiller des précis de décadence humaine malaisants au possible, situés entre adolescent psychopathe (We Need to Talk About Kevin, 2011) ou fillette otage d’un réseau pédophile (A Beautiful Day, 2017). A l’annonce de son retour aux affaires par le biais de l’adaptation du roman explosif de l’Argentine Ariana Harwicz, Crève, mon amour (Seuil, 2020), une sorte de sixième sens nous disait qu’elle resterait fidèle à sa joie. Die, My Love est donc, sur près de deux heures, le portrait d’une jeune mère que la naissance de son enfant, contrairement aux sentiments communs et socialement admis, pousse dans une folie frénétique. En clinique psychiatrique, on parlera de psychose puerpérale. Au Festival de Cannes, d’un film d’horreur psychologique. Brisage de verres et de fenêtres, mutilations, pulsions sexuelles impérieuses, aboiements hystériques de chien et bourdonnements de mouche, fantasmes d’assouvissement avec des inconnus, indifférence à l’enfant… la gamme est longue de ce que nous inflige le film, interprété non sans conviction par Jennifer Lawrence dans le rôle de la déviante et par Robert Pattinson dans celui d’un mari auquel à peu près tout échappe. Comme à l’ordinaire, une macération imposée de la manière la plus péremptoire possible ainsi qu’un travail plastique ourlé commandent à l’ouvrage. On songera, évidemment, à Rosemary’s Baby (1968), chef-d’œuvre de Roman Polanski, sans y insister davantage. Jacques Mandelbaum
Film britannique de Lynne Ramsay. Avec Jennifer Lawrence, Robert Pattinson, Sissy Spacek (1 h 58). En salle prochainement.
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La célèbre photographie, dite « la petite fille au napalm », avec Kim Phuc, 9 ans, au centre, qui fuit avec d’autres enfants après une attaque aérienne au napalm sur des cachettes présumées du Vietcong, près de Trang Bang, au Vietnam, le 8 juin 1972. Sur cette version non recadrée, on voit, à droite, le photographe Hoang Van Danh. NICK UT/AP
La décision fait suite à une vive controverse mettant en doute l’origine de la photographie The Terror of War (« la terreur de la guerre »), plus connue sous le nom de « la petite fille au napalm ». World Press Photo, qui avait attribué son prix annuel de 1973 au photographe vietnamien Nick Ut de l’agence Associated Press (AP) pour ce cliché entré dans l’histoire, a annoncé, vendredi 16 mai, suspendre l’attribution de la paternité de la photographie, « aujourd’hui sérieusement remise en question ».
« Un documentaire récent réalisé par la VII Foundation affirme que Nick Ut n’est pas l’auteur de la photo (…). Cela a suscité une profonde réflexion au sein de World Press Photo et une enquête ultérieure entre janvier et mai 2025 concernant la paternité de la photo », ont déclaré les responsables du prestigieux concours de photographie, dans un communiqué.
Partageant les résultats de l’enquêteinterne « menée sous la supervision et les conseils de World Press Photo », le concours affirme « partage[r] l’analyse selon laquelle, sur la base de l’analyse de l’emplacement, de la distance et de l’appareil photo utilisé ce jour-là, les photographes Nguyen Thanh Ngh ou Huynh Cong Phuc pourraient avoir été mieux placés pour prendre la photo, plutôt que Nick Ut ». « Par conséquent, nous avons suspendu l’attribution de La Terreur de la guerre à Nick Ut à partir d’aujourd’hui ».
La photo en noir et blanc de cette petite fille vietnamienne gravement brûlée, courant nue sur une route après un bombardement au napalm à Trang Bang, dans le sud du pays, en 1972, avait contribué à changer la perception mondiale de cette guerre et demeure, plus de cinquante ans plus tard, un symbole de ses horreurs.
Joumana El Zein Khoury, directrice exécutive du concours, citée dans le communiqué de vendredi, estime ainsi que « la photographie elle-même reste incontestée et que le prix World Press Photo décerné à cette photo significative d’un moment important de l’histoire du XXe siècle reste un fait ».
« Cette question reste controversée, et il est possible que l’auteur de la photographie ne soit jamais pleinement confirmé », est-il écrit, mais «la suspension de l’attribution de la paternité est maintenue jusqu’à preuve du contraire ». Les détails de l’enquête conduite sous l’égide du concours seront dévoilés samedi, lors d’une conférence de presse à Amsterdam.
Le photographe Nick Ut, lauréat des prix Pulitzer et World Press Photo pour sa photographie dite de « la fille au napalm », tient la célèbre photographie dans ses mains, alors qu’il attend de rencontrer le pape François, au Vatican, le 11 mai 2022. GREGORIO BORGIA / AP
A la fin de janvier, la projection du documentaire The Stringer (« le pigiste »),de Bao Nguyen, au festival américain de Sundance avait mis le monde du photojournalisme en ébullition en contestant la paternité de cette photo parmi les plus célèbres. Le film affirme que ce cliché, symbole des souffrances de la guerre au Vietnam, n’avait pas été pris par Nick Ut, âgé aujourd’hui de 74 ans et également lauréat du prix Pulitzer, mais par un autre photographe vietnamien indépendant inconnu, Nguyen Thanh Nghe, installé depuis aux Etats-Unis.
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Carl Robinson, à l’époque éditeur photo à Saïgon pour AP, y déclare notamment avoir menti et modifié la légende de l’image sur ordre de son rédacteur en chef, Horst Faas. « Nick Ut m’a accompagné sur le terrain. Mais ce n’est pas lui qui a pris cette photo… C’est moi », affirme, de son côté, Nguyen Thanh Nghe dans le film.
Après une enquête de près d’un an, AP a, de son côté, publié, au début de mai, un rapport de 97 pages, dans lequel elle affirme qu’« il n’y a pas de preuve définitive, selon [ses] standards, pour modifier le crédit de cette photo de cinquante-trois ans », qu’elle continue donc de créditer à Nick Ut, qui récuse aussi toutes les accusations. « L’analyse visuelle approfondie d’AP, des entretiens avec les témoins et l’examen de toutes les photos disponibles prises le 8 juin 1972 montrent qu’il est possible qu’Ut ait pris cette photo. Aucun de ces éléments ne prouve que quelqu’un d’autre l’a fait », estime l’agence de presse.
Mais « notre enquête soulève des questions importantes, auxquelles nous ne pourrons peut-être jamais répondre », car « cinquante ans ont passé, de nombreuses personnes impliquées sont mortes et la technologie a ses limites », ajoute toutefois l’agence de presse américaine.
Selon elle, il est « probable » que la photo ait été prise avec un appareil Pentax, tandis que Nick Ut avait affirmé dans plusieurs interviews qu’il travaillait ce jour-là avec deux appareils Leica et deux Nikon. « L’histoire veut qu’Ut ait pris la photo avec un appareil Leica. L’enquête d’AP a montré que c’était très peu probable. Mais Ut avait aussi pour habitude d’utiliser d’autres appareils, notamment des Pentax hérités de son frère mort », y affirme encore AP.