Rugby : les joueuses du Stade français demandent la démission d’un dirigeant après des propos homophobes

A Paris, le 11 juin 2020. FRANCK FIFE / AFP

Les joueuses du Stade français ont appelé à la démission du directeur sportif de la section féminine du club de rugby parisien, jeudi 22 mai, visé par des accusations de propos lesbophobes et sexistes contre plusieurs joueuses et une dirigeante, après des révélations de Mediapart.

Les Pink Rockets, qui évoluent cette saison en Elite 2 – la seconde division –, pointent « [d]es paroles [qui](…) ne sont pas de simples dérapages : elles participent à un système de domination et d’exclusion ». Elles appellent à la « démission immédiate du directeur sportif de toutes ses fonctions au sein du Stade français », critiquant « l’inaction et les tentatives de dissimulation » du bureau de l’association.

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Dépôt de plainte en décembre

Les témoignages, qui proviennent de différentes joueuses parmi lesquelles Laura, devenue directrice bénévole de l’équipe féminine, font état d’insultes homophobes, dénigrant la sexualité des joueuses. Après avoir subi ce qu’elle dit être une « nouvelle humiliation » à l’automne dernier, Laura a déposé plainte dans un commissariat, et a réalisé un signalement auprès de la Fédération française de rugby (FFR) en décembre qui confirme, à l’Agence France-Presse, l’avoir reçu sur sa plateforme dédiée et la saisine du conseil de discipline du rugby français.

Samedi 18 mai, le Stade français a communiqué avoir adressé un blâme au directeur sportif, à l’issue d’une enquête interne, et déclaré « de nouveau et sans retenue, tout [son] soutien à la victime de ces faits ». Suspendu de ses fonctions auprès de l’équipe féminine depuis début janvier et la conclusion de l’enquête interne, le directeur sportif a cependant conservé le reste de ses prérogatives au sein de l’association sportive du club parisien.

« Nous avons pris connaissance de la sanction – un blâme – par l’intermédiaire d’un communiqué intervenu plus de cinq mois après la dénonciation des faits », regrettent les joueuses. « Nous sommes dans l’incompréhension totale face au manque de soutien de la part du bureau de l’association. Aucune communication ni réunion d’information n’ont été faites sur le sujet. »

Lire l’enquête (2024) | Article réservé à nos abonnés Le rugby français de nouveau confronté à ses démons

Le Monde avec AFP

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Vidéo. Qu’est-ce que le Code noir, qui n’a jamais été abrogé ? Comprendre en trois minutes

Le Code noir français est un ensemble d’articles écrits au temps de la colonisation par Jean-Baptiste Colbert, et terminé par son fils, Jean-Baptiste Antoine Colbert. Sous la commande de Louis XIV, il avait pour but de réglementer la vie des esclaves et des maîtres dans les îles de l’Amérique française. Ainsi, les sévices en cas de fuite ou l’obligation d’adopter la religion catholique sont, par exemple, détaillés dans plusieurs paragraphes.

L’esclavage a été aboli pendant la Révolution française, puis rétabli par Napoléon, et de nouveau aboli en 1848. Mais le Code noir, lui, ne le sera jamais. Son abrogation est donc un symbole mémoriel important. Et d’autant plus pendant le mois de mai, qui est un mois de commémoration pour les descendants des victimes de l’esclavage.

Dans cette vidéo, nous revenons sur les origines de ce texte et sur son contenu pour comprendre comment il a contrôlé la traite d’êtres humains pendant la colonisation française. Nous abordons également la question de sa prochaine abrogation, promise par le chef du gouvernement, François Bayrou.

Pour aller plus loin, nous vous invitons à lire l’entretien ci-dessous, qui évoque, en complément, l’importante question des réparations.

« Comprendre en trois minutes »

Les vidéos explicatives qui composent la série « Comprendre en trois minutes » sont produites par le service Vidéos verticales du Monde. Diffusées en premier lieu sur les plates-formes telles que TikTok, Snapchat, Instagram et Facebook, elles ont pour objectif de remettre en contexte les grands événements dans un format court et de rendre l’actualité accessible à tous.

Chloé Denis et Olivier Escher (motion design)

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« Il faut déplastifier le marché de l’alimentation » : le poids exorbitant du secteur dans la pollution plastique en France

Peinture en trompe-l’oeil (à la craie et au charbon) sur l’herbe du parc Bourget, dans le cadre du projet « Trash » de l’artiste franco-suisse Saype, à Lausanne, en Suisse, le 16 juin 2023. DENIS BALIBOUSE / REUTERS

Pour rendre compte de l’ampleur de la pollution plastique, les experts convoquaient souvent jusqu’ici l’image-choc du camion poubelle qui déverse chaque minute sa cargaison de déchets plastiques dans les océans. Ils vont désormais pouvoir transporter le camion dans un champ. « La contamination à l’échelle mondiale des sols agricoles est (…) supérieure à celle des océans et constitue un sujet majeur de préoccupation » :tel est, en effet, l’un des principaux résultats d’une expertise scientifique collective sur les plastiques utilisés dans l’agriculture et pour l’alimentation, présentée vendredi 23 mai.

Pilotée par l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) et le CNRS, cette expertise inédite a mobilisé une trentaine de chercheurs français et européens de différentes disciplines (toxicologie, économie…), qui ont analysé un corpus de plus de 4 500 publications académiques et textes législatifs ou réglementaires. Elle avait été commandée en 2021 par les ministères chargés de l’agriculture, de l’alimentation et de la transition écologique, ainsi que par l’Agence de la transition écologique (Ademe), afin de dresser un état des connaissances sur les usages et les impacts sur l’environnement et la santé des plastiques utilisés dans le système agricole et alimentaire. Avec en filigrane cette question : quelle est leur part dans la forte augmentation de la consommation de plastiques et de son corollaire, la pollution plastique ?

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Les frères Lebrun en demi-finales de Mondiaux de tennis de table, deux paires françaises assurées d’une médaille

Il y aura deux paires françaises en demi-finale du double masculin des Mondiaux de tennis de table, à Doha (Qatar). Après l’exploit de Florian Bourrassaud et Esteban Dorr la veille, les numéros 1 mondiaux de la discipline ont battu les Suédois Mattias Falck et Kristian Karlsson, vendredi 23 mai, pour décrocher leur place dans le dernier carré (11-9, 11-7, 8-11, 11-5). « Nous sommes très heureux et fiers d’avoir gagné et d’apporter deux médailles pour la France cette année, c’est dingue », a réagi Félix Lebrun après la rencontre au micro de RMC Sport. Car, au tennis de table, chaque demi-finaliste est assuré d’une médaille, et pareille moisson tricolore est inédite depuis 1992.

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La paire suédoise, au 21e rang mondial, est mieux entrée dans la rencontre, creusant un premier écart grâce à un jeu court très précis. Mais la fratrie tricolore, loin de se laisser déborder, a rapidement repris l’avantage, Alexis Lebrun validant la première manche d’un revers puissant. Alors que l’entraîneur des Français, Nathanaël Molin, les encourageait à rester calmes, un jour après l’élimination du cadet Félix en huitièmes de finale du tableau individuel, les frères Lebrun ont bien reçu le message.

Complémentaires, les frères Lebrun ont vu Félix, visiblement remis de son élimination, multiplier les bons services et les retours précis pour mettre son frère en position de dérouler toute sa puissance. Dans une deuxième manche marquée par l’intensité défensive – Alexis terminant même un point (perdu) au sol après une jolie course de fond –, les Bleus ont conservé l’ascendant. S’ils ont subi la révolte des Suédois dans la troisième manche et un léger passage à vide, voyant leurs adversaires recoller (deux sets à un), Alexis et Félix Lebrun n’ont laissé paraître aucun signe de tension, se remobilisant rapidement pour conclure la partie dès la première balle de match.

En demi-finale, les numéros 1 mondiaux français affronteront les Taïwanais Kao Cheng-Jui et Lin Yun-Ju, qui pointent à la 11e place du classement mondial en double. Et ils auront l’ambition claire de viser la finale. Si les planètes s’alignent à Doha, les deux frères pourraient y affronter des compatriotes, l’autre paire tricolore – composée d’Esteban Dorr et de Florian Bourrassaud – s’étant qualifiée, jeudi, pour les demi-finales, où elle affrontera les Japonais Hiroto Shinozuka et Shunsuke Togami.

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Une finale franco-française est « un rêve » qui sera difficile à réaliser en raison d’« adversaires en demi-finales très coriaces », a observé Alexis Lebrun, au micro du diffuseur. « Nous sommes déjà très heureux de monter sur le podium avec eux », s’est-il enthousiasmé. Dans l’histoire du tennis de table français, les Bleus ont remporté 16 médailles aux championnats du monde, et ne sont pas montés sur un podium depuis 1997 – le bronze, déjà, de la paire Jean-Philippe Gatien et Damien Eloi. Ce doublé – a minima de bronze –, inédit depuis 1992, concrétise les progrès des pongistes français, sur la vague des frères Lebrun. Lesquels n’entendent pas interrompre leur parcours qatari au stade des demi-finales.

Service Sports

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Donald Trump menace l’UE de 50 % de droits de douane à partir du 1er juin

Le président américain Donald Trump, à la Maison Blanche, à Washington, le 22 mai 2025. JACQUELYN MARTIN/AP

Le président américain, Donald Trump, a menacé, vendredi 23 mai, l’Union européenne (UE) d’appliquer 50 % de droits de douane aux produits européens importés aux Etats-Unis à compter du 1er juin, estimant que les négociations en cours « ne vont nulle part ».

« Il est très difficile de traiter avec l’UE, qui a été créée en premier lieu pour profiter des Etats-Unis d’un point de vue commercial. (…) Nos discussions ne vont nulle part. Dans ces conditions je recommande d’imposer 50 % de droits de douane sur l’UE, à compter du 1er juin. Il n’y a pas de droits de douane sur les produits fabriqués aux Etats-Unis », a-t-il écrit sur sa plateforme Truth Social.

Les marchés boursiers ont plongé à cette annonce avec le retour du risque de guerre commerciale. Le CAC 40 creusait ses pertes à plus de 3 %, plombé par ses poids lourds du luxe et de l’automobile. Vers 12 h 15 (14 h 15), l’indice perdait 3,06 % à 7 624,44 points. Les titres du secteur du luxe Kering (- 3,90 %), Hermès (- 4,14 %) et LVMH (- 3,16 %), particulièrement dépendants du marché américain, chutaient fortement. Le groupe automobile Stellantis, lui aussi très présent aux Etats-Unis, cédait 4,74 %.

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Désaccord sur le montant du déficit commercial

Le président américain a également dénoncé, pêle-mêle, les « barrières commerciales, la TVA, les sanctions ridicules contre les entreprises, les barrières non-douanières, les manipulations monétaires, les poursuites injustifiées et injustes contre des entreprises américaines, qui ont conduit à un déficit commercial de plus de 250 millions de dollars par an, ce qui est totalement inacceptable ». Donald Trump a dénoncé à plusieurs reprises le déficit commercial des Etats-Unis dans ces échanges bilatéraux avec l’Europe, qu’il estime entre 300 et 350 milliards de dollars.

Selon les données du représentant de la Maison Blanche au commerce (USTR), le déficit commercial des Etats-Unis avec l’UE s’élevait plutôt à 235 milliards de dollars en 2024, mais la Commission européenne conteste ces données, parlant de 150 milliards d’euros (environ 160 milliards de dollars) pour les seuls biens, et uniquement 50 milliards d’euros en y intégrant l’excédent commercial américain en termes de services.

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Les droits de douane appliqués aux produits européens s’élèvent actuellement à 12,5 % en moyenne, 2,5 % correspondant au niveau avant le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, auxquels se sont ajoutés 10 % depuis le début d’avril et l’annonce de ses droits de douane dits « réciproques ». La Maison Blanche avait initialement prévu de taxer les produits européens à hauteur de 20 %, avant d’annoncer dans la foulée une pause de 90 jours sur les droits de douane au-delà de 10 %, le temps de laisser les négociations arriver à leur terme. Cette pause devrait s’achever théoriquement au début de juillet.

Le commissaire européen au commerce, Maros Sefcovic, s’est entretenu à plusieurs reprises ces dernières semaines avec ses homologues américains, le secrétaire au trésor, Scott Bessent, le secrétaire au commerce, Howard Lutnick, et le représentant au commerce, Jamieson Greer, mais sans que de réelles avancées n’aient été jusqu’ici réalisées. La Commission européenne a répété à plusieurs reprises qu’elle privilégiait une solution négociée, mais qu’une riposte devait être prête d’ici juillet en cas d’échec des pourparlers.

Lire aussi | Article réservé à nos abonnés « Même après les concessions de Trump, les droits de douane américains sont au plus haut depuis les années 1930 »

Le Monde avec AFP

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Fin de l’épisode pluvieux orageux dans le sud-ouest de la France, où un train a été évacué ; le Var reste en vigilance orange

Des orages de grêle et de fortes pluies se sont abattus sur le Sud-Ouest, lundi 19 mai en fin de journée. Les pompiers ont procédé à des centaines d’interventions dans les départements qui étaient alors placés en vigilance orange par Météo-France (Dordogne, Lot-et-Garonne, Lot, Tarn-et-Garonne, Tarn, Haute-Garonne), à cause notamment de routes inondées.

Dans le Lot-et-Garonne, les intempéries ont surtout touché le secteur de Tonneins, où un effondrement de ballast sous une voie ferrée a provoqué l’interruption du trafic ferroviaire de la ligne Bordeaux-Toulouse. En conséquence, un TGV a dû s’arrêter en pleine voie dans la soirée et ses 507 passagers ont été évacués et conduit en bus dans une salle municipale de Tonneins. L’opération de secours, qui s’est déroulée entre 23 heures et 1 heure du matin, a mobilisé une soixantaine de personnes (pompiers, gendarmes, etc.), selon la préfecture du Lot-et-Garonne.

Un train Intercités reliant Toulouse à Paris est, lui, resté bloqué toute la nuit à Agen en raison de ce même incident. Ses passagers devaient revenir en bus à Toulouse, mardi matin, pour prendre d’autres trains vers Paris.

Selon une porte-parole de la SNCF, la circulation des trains restera coupée pendant « au moins plusieurs jours » entre Agen et Marmande, touchant ainsi le trafic des TGV entre Bordeaux et Toulouse. Des précisions doivent être apportées dans la journée par l’entreprise.

Une autre voie ferrée entre Toulouse et le Tarn était impraticable en début de matinée, mais la circulation devrait être rétablie à la mi-journée.

Des orages en Méditerranée

Les intempéries ont, par ailleurs, provoqué une chute d’arbre dans le centre de Toulouse, l’inondation de routes secondaires et des évacuations d’écoles. Les pompiers ont procédé à des centaines d’interventions dans les départements placés en vigilance orange. Les cultures de la vallée de la Garonne, déjà touchées par un excès de précipitations ces derniers mois, ont été affectées par les intempéries de lundi.

Les pluies ont progressivement pris fin dans la nuit de lundi à mardi. Selon Météo-France, les cumuls de précipitations ont dépassé 100 mm à Puycelsi et atteint 80 mm à Saint-Félix-Lauragais (Haute-Garonne) et à Prayssas (Lot-et-Garonne), non loin de Tonneins.

A 6 heures mardi, toutes les vigilances orange étaient levées dans la région, selon le dernier bulletin de Météo-France. Seul le Var restait à ce niveau d’alerte pour pluie-inondation et orages, au moins jusqu’à midi. Dans ce département, mardi matin, les orages pourraient « produire de fortes intensités de pluie, de 80 mm à 120 mm en trois heures ».

Le Monde avec AFP

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En Tunisie, l’hôpital public maltraite les jeunes médecins

Le personnel médical assiste les patients atteints de Covid-19, à l’hôpital Charles-Nicolle, à Tunis, en Tunisie, le 13 juillet 2021. JIHED ABIDELLAOUI / REUTERS

Lorsque, six ans plus tôt, elle décrochait son baccalauréat mention très bien et intégrait la prestigieuse faculté de médecine de Tunis, Molka Berrebah était loin d’imaginer qu’elle exercerait dans de telles conditions. Salaires dérisoires, pénurie de personnel et de matériel, retards de paiements… L’hôpital public tunisien ne fait pas de cadeaux aux nouveaux venus. En tant qu’interne – l’année intermédiaire qui correspond à la dernière année d’externat en France –, l’étudiante de 24 ans enchaîne les gardes à un rythme effréné.

Variables d’ajustement d’un système de santé à bout de souffle, les jeunes médecins sont corvéables à merci. En stage au service d’orthopédie de l’hôpital Charles-Nicolle de Tunis, Molka Berrebah doit gérer, avec les résidents de garde – l’équivalent des internes en France –, l’ensemble du service. La chambre de repos ne dispose que de trois lits, puisque, théoriquement, seuls deux résidents et un interne sont censés y travailler. Mais, pour faire tourner le service, jusqu’à cinq résidents peuvent parfois assurer la garde, dont trois ne sont pas reconnus par l’Etat et ne sont donc pas rémunérés.

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« C’est intenable, on nous pousse à partir », déplore la jeune femme, engagée depuis 2024 auprès de l’Organisation tunisienne des jeunes médecins (OTJM). Jeudi 15 mai, une nouvelle réunion s’est tenueentre l’OTJM et des représentants du ministère de la santé pour débloquer la situation. En vain. D’après un communiqué de l’organisation, le ministère invoque des raisons « administratives et de bureaucratie » pour expliquer le temps de latence.

Face à cette impasse, les jeunes médecins brandissent désormais la menace d’une grève de cinq jours dès le 1er juillet qui, si elle devait avoir lieu, paralyserait le fonctionnement des hôpitaux publics, portés à bout de bras par les résidents et les internes. « On va aussi boycotter le choix des postes de stage, ce qui signifie qu’il n’y aura plus de résidents à l’hôpital dès le mois de juillet », prévient Baha Eddine Rabaï, vice-président de l’OTJM.

Un premier débrayage a eu lieu le 2 mai. Selon l’organisation, la grève a été suivie par plus de 93 % des étudiants en médecine (externes, internes et résidents). Plusieurs centaines d’entre eux ont manifesté le jour même devant le ministère de la santé. Après ses vingt-quatre heures de garde, malgré la fatigue, Molka Berrebah était en première ligne, décidée à « se battre pour rester en Tunisie », affirme-t-elle.

Exil massif

Chaque année, depuis 2021, entre 1 300 et 1 500 médecins quittent le pays pour exercer à l’étranger. Ils étaient plus de 1 400 en 2024 et environ 1 500 en 2023, selon Nizar Laâdhari, secrétaire général du conseil de l’ordre des médecins. Une moyenne annuelle qui dépasse désormais largement le nombre de nouveaux diplômés, estimé à 800 personnes chaque année, selon un rapport de l’Institut tunisien des études stratégiques (ITES), de mars 2024.

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Au total, environ 6 000 médecins ont quitté la Tunisie au cours des quatre dernières années, dont une très grande majorité de jeunes praticiens. Un décompte auquel il faudrait ajouter les résidents qui choisissent de poursuivre leur spécialité à l’étranger, relève Baha Eddine Rabaï. Selon ce dernier, pour la seule année 2024, plus de 1 600 étudiants ont quitté la Tunisie afin d’achever leur formation.

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D’après plusieurs études du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES) et de l’ITES, les diplômés qui choisissent l’exil partent massivement pour la France, l’Allemagne, la Suisse, le Canada, le Qatar et les Etats-Unis. Pourtant, insiste le récent rapport de l’ITES, 78 % des médecins qui ont émigré seraient prêts à retourner en Tunisie, à condition que leurs conditions de travail et leurs rémunérations s’améliorent.

Ces revendications qui font écho à celles portées par l’OTJM, qui réclame notamment une revalorisation des rémunérations des internes et des résidents, sans avancer de montant. « Nous ne sommes pas encore à ce stade de négociation avec le ministère », précise M. Rabaï, son vice-président.

Une garde à 2 dinars de l’heure

Le montant des primes de gardes est particulièrement discuté. Aujourd’hui, il s’élève à 48 dinars brut (14 euros) pour 18 heures de garde. Une fois déduits les frais de repas, ceux de l’entretien de la chambre de repos ou encore de la blouse, le montant net perçu par le médecin tombe à 36 dinars (11 euros). Pour une garde de 24 heures, le montant net s’élève à 40 dinars (12,30 euros). « Ça fait environ 2 dinars de l’heure, c’est de l’exploitation », s’indigne Molka Berrebah. Deux dinars de l’heure qui, du reste, peuvent mettre des années à être versés. « J’ai de la chance, je n’ai qu’un retard de trois mois pour le moment », ironise l’étudiante.

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Les externes, entre la première et la cinquième année, ne sont pas non plus épargnés. Bien qu’ils ne soient pas tenus d’assurer des gardes, ils sont souvent contraints de le faire, sans rémunération, ni repas, ni prise en charge de leur transport. « Certains n’ont pas forcément les moyens de se déplacer, surtout quand l’hôpital est éloigné. Mais eux aussi risquent de voir leur stage invalidé s’ils montrent la moindre réticence », déplore Molka Berrebah. En tant qu’interne, cette dernière perçoit un salaire mensuel de 1 500 dinars (460 euros), qui pourra grimper à 1 900 dinars (580 euros), au terme de ses onze à douze années d’études, lors de sa dernière année de résidanat.

« Aucun moyen à disposition »

Une fois la thèse validée et le titre de médecin spécialiste obtenu, le parcours du combattant se poursuit. Pour pouvoir exercer en Tunisie – ou même partir travailler à l’étranger – les jeunes diplômés doivent obligatoirement effectuer une année de service civil, équivalent d’un service militaire, dans des hôpitaux de régions souvent délaissées. Envoyés dans des déserts médicaux, loin de leurs proches, ils touchent une prime mensuelle allant de 750 dinars à 1 250 dinars (230 euros à 380 euros), sans couverture sociale.

« Avec cette prime dérisoire, après douze ans d’études, tu dois te débrouiller pour te loger et te nourrir. A cet âge, certains médecins ont déjà une famille, c’est très difficile. Dans ces régions, les habitants sont heureux d’avoir enfin des spécialistes mais, en réalité, il n’y a aucun moyen à disposition. Sans scanner, sans équipements de base, tu passes ton temps à faire des lettres de liaison pour transférer les patients vers d’autres hôpitaux », explique Molka Berrebah.

La refonte du service civil, instauré en 2010, temporairement supprimé en 2011 avant d’être réintroduit en 2014, est l’une des principales revendications des jeunes médecins. L’OTJM demande d’en être exempté dans certains cas et souhaite une rémunération supérieure, ainsi que la prise en charge de certains frais. Concernant les stages, l’OTJM propose la mise en place de critères d’évaluation transparents, comme l’assiduité ou la réalisation d’un certain nombre d’interventions médicales ou de gardes prédéfinies. Ils sont, pour l’instant, laissés à l’appréciation exclusive des chefs de service. Une situation qui, selon l’organisation, place les étudiants dans une position de dépendance et de précarité, les obligeant à accepter toutes les demandes de disponibilité de leurs supérieurs.

Monia Ben Hamadi (Tunis, correspondance)

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Fraudes aux eaux minérales Perrier : quelles sont les causes des contaminations qui ont conduit Nestlé à traiter ?

A Vergèze (Gard), le 7 février 2025. SYLVAIN THOMAS / AFP

Le scandale de la fraude aux eaux minérales ne prend pas fin avec la publication, lundi 19 mai, du rapport de la commission d’enquête sénatoriale chargée de faire la lumière sur cette affaire révélée par Le Monde et par Radio France, en janvier 2024. Le préfet du Gard a fixé un ultimatum à Nestlé : il a donné jusqu’au 7 juillet au numéro un mondial des eaux en bouteille pour retirer les systèmes de microfiltration utilisés dans son usine Perrier à Vergèze (Gard) et se mettre en conformité avec la réglementation.

Si le géant de l’agroalimentaire a mis en place des filtres (charbons actifs, UV puis microfiltration), c’est que, contrairement à ce qu’il répète, les eaux de Perrier ne sont plus « pures à la source », nécessitent des traitements pour les décontamineret ne devraient donc plus pouvoir prétendre au précieux label d’eau minérale naturelle. Les nappes, où est pompée la célèbre eau gazeuse, sont contaminées par différents polluants, et pas seulement de façon « sporadique », comme l’ont soutenu les dirigeants de Nestlé devant la commission d’enquête.

Les contaminations peuvent être d’ordre chimique : des pesticides et des nitrates liés aux activités agricoles, notamment les vignobles Costières de Nîmes ; des polluants éternels (PFAS), dont l’origine n’est pas déterminée. Mais c’est la multiplication des épisodes de contamination par des bactéries fécales qui représente la plus grande menace pour Perrier. Ils avaient obligé Nestlé à détruire 3 millions de bouteilles en avril 2024 et à en bloquer plusieurs centaines de milliers un an après.

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L’OMS à l’heure des choix stratégiques, après l’annonce du retrait américain

Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, lors de la 77ᵉ Assemblée mondiale de la santé, le 28 mai 2024, à Genève, en Suisse. PIERRE ALBOUY / WHO

« Il ne faut jamais gaspiller une bonne crise. » Cet adage, attribué à tort ou à raison à Winston Churchill, s’est imposé, ces derniers mois, dans le microcosme de la santé mondiale, dont la plupart des organisations internationales sont basées à Genève, en Suisse. Il résonne particulièrement fort avec la situation que traverse l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Le président américain, Donald Trump, a, en effet, annoncé en janvier sa volonté de désengager les Etats-Unis de cette agence onusienne consacrée à la santé depuis près de quatre-vingts ans.

Attendu, certes, depuis l’élection du milliardaire américain en novembre 2024, ce véritable séisme ébranle les fondations du vieil édifice surplombant la ville de Genève, qui achève sa rénovation, entamée il y a quatre ans. En un décret vengeur – Donald Trump avait déjà tenté, sans succès, de quitter l’organisation lors de son premier mandat –, voici l’OMS obligée de se réformer à marche forcée et de répondre aux reproches qui lui sont adressés. Un moment extrêmement critique pour l’organisation, mais qui la pousse à interroger les virages pris ces dernières années et à redéfinir ses missions prioritaires, veulent espérer de nombreux acteurs de la santé mondiale.

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Le financement de la campagne de Jordan Bardella aux européennes de 2024 dans le viseur des autorités

Jordan Bardella, à l’Arena de Narbonne (Aude), le 1ᵉʳ mai 2025. OLIVIER MONGE / MYOP POUR « LE MONDE »

Ce sont quelques lignes dans un document officiel qui pourraient avoir d’importantes conséquences pour Jordan Bardella, président du Rassemblement national (RN) et possible candidat à l’élection présidentielle de 2027 en cas d’empêchement de Marine Le Pen. Le chef de file de l’extrême droite est dans le viseur de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques, pour une série de prêts contractés dans le cadre de sa campagne aux élections européennes de juin 2024, selon des documents publics analysés par Le Monde.

Depuis quinze ans, les affaires de contournement des règles de financement de la vie politique s’accumulent au RN. Et, malgré les condamnations, dont celles de Marine Le Pen et de plusieurs cadres du parti dans l’affaire des assistants parlementaires européens du Front national en mars, ou celle du parti pour surfacturation dans le scandale des kits de campagne en 2012, les alertes se succèdent.

Cette fois, le sujet visé par la commission porte sur les prêts contractés par Jordan Bardella auprès de particuliers, pour un montant total de près de 4,5 millions d’euros. La question est suivie de près par l’autorité garante de l’intégrité des élections en France, depuis qu’elle a déjà identifié des irrégularités dans les comptes d’autres candidats du RN, à l’occasion de plusieurs scrutins entre 2021 et 2023.Un sujet sur lequel la commission n’est pas en mesure de vérifier elle-même l’origine réelle des fonds officiellement prêtés aux candidats, comme le rappelle à l’envi son président, Jean-Philippe Vachia.

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