Irving Kaplan, 92 ans, marche lentement en sortant de la résidence pour personnes âgées. Le souffle de l’impact du missile iranien, tombé au matin du dimanche 22 juin à quelques dizaines de mètres, près de l’université de Tel-Aviv, dans le nord de la ville, a provoqué des dégâts importants sur l’immeuble. Les vitres ont explosé, l’intérieur des chambres a été ravagé sur plusieurs niveaux, mais la structure n’a pas bougé. L’alerte, donnée à 7 h 30, quinze minutes avant l’impact, a permis aux résidents de rejoindre les abris, et le bilan humain est resté modéré avec une vingtaine de blessés légers dans le quartier.
« L’Amérique a fait une bonne chose. L’Iran est un poison pour le monde », estime le vieux monsieur, descendu à temps de sa chambre au quatrième étage, en se félicitant des frappes réalisées par les bombardiers américains, dans la nuit de samedi à dimanche, sur les sites nucléaires iraniens de Fordo, Natanz et Ispahan. Son fils, Yeremi, 63 ans, musicien, décrit le sentiment largement partagé, malgré la riposte iranienne, de la nécessité d’attaquer l’Iran : « Nous avons vu, le 7-Octobre, que les Iraniens font ce qu’ils disent. Ils ont envoyé le Hamas, ils ont envoyé le Hezbollah et ils construisaient une bombe nucléaire. Ils ne veulent pas de nous ici. Ils veulent nous dévorer. Nous devons nous défendre. »
Tel-Aviv s’est donc de nouveau réveillée au son d’une alerte aux missiles, dimanche matin. La vingt-quatrième pour la métropole de quatre millions d’habitants depuis le début de la guerre lancée par Israël contre l’Iran, son programme nucléaire et le régime des ayatollahs. Avec le sentiment de vivre des moments d’une particulière gravité. Et l’attente inquiète, dans les abris où plusieurs millions d’Israéliens se sont réfugiés, de l’ampleur de la riposte iranienne. Le premier acte est intervenu quelques heures après le bombardement par les B2 américains : plus d’une vingtaine de missiles ont été lancés par l’Iran, dont une dizaine n’ont pas été détruits avant leur impact par l’armée de l’air et les systèmes antimissiles.
Il vous reste 40.96% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
Le général américain Dan Caine présente l’opération « Midnight Hammer » lors d’une conférence de presse au Pentagone, à Washington, le 22 juin 2025. ALEX BRANDON/AP
Quatorze bombes GBU-57 à fort pouvoir de pénétration, qui n’avaient encore jamais été utilisées dans un cadre opérationnel, ont été larguées dans la nuit de samedi à dimanche 22 juin par les Etats-Unis, a annoncé le chef d’état-major interarmées des forces américaines, Dan Caine, lors d’une conférence de presse au cours de laquelle il a détaillé cette opération inédite, baptisée « Midnight Hammer », qui a visé trois sites nucléaires iraniens.
« Dans la nuit de vendredi à samedi, un important groupe de bombardiers B-2 a décollé du continent américain dans le cadre d’un plan visant à maintenir l’effet de surprise tactique. Une partie du groupe s’est dirigée vers l’ouest et dans le Pacifique pour servir de leurre. Il s’agissait d’une opération de diversion dont seuls quelques rares planificateurs et dirigeants clés ici à Washington et à Tampa [en Floride] avaient connaissance », a-t-il expliqué.
« Le groupe principal, composé de sept bombardiers B-2 Spirit, chacun avec deux membres d’équipage, s’est dirigé discrètement vers l’est avec un minimum de communications pendant les dix-huit heures de vol jusqu’à la zone cible. Les avions ont effectué plusieurs ravitaillements en vol. Une fois au-dessus des terres, les B-2 ont rejoint les avions d’escorte et de soutien dans une manœuvre complexe et minutée, nécessitant une synchronisation parfaite entre plusieurs plateformes dans un espace aérien restreint », a poursuivi l’officier, assurant que l’armée américaine réalise ce type d’intégration complexe « mieux que quiconque dans le monde ».
Il vous reste 71.07% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
Carlos Alcaraz, lors de la finale du tournoi du Queen’s face au Tchèque Jiri Lehecka, à Londres, le 22 juin 2025. ADAM DAVY/AP
Mettez-lui de la terre battue ou du gazon tondu sous les pieds, le résultat sera le même. Deux semaines après son impressionnante victoire face à Jannik Sinner à Roland-Garros, Carlos Alcaraz a remporté, dimanche 22 juin, le tournoi sur herbe du Queen’s, à Londres, en battant en finale le Tchèque Jiri Lehecka en trois sets (7-5, 6-7, 6-2). Il s’agit de son dix-huitième succès consécutif. L’Espagnol de 22 ans disputait également ce dimanche sa cinquième finale de suite, après celles qu’il a jouées à Monte-Carlo, Rome, Barcelone et Paris.
Ce dimanche, dans une confrontation entre excellents serveurs, Alcaraz a converti dans la première manche l’unique balle de break des deux premières manches, à 5-5, pour s’imposer 7-5. Il a ensuite perdu la deuxième dans un tie-break ponctué d’échanges somptueux, avant de faire craquer Jiri Lehecka, 23 ans et 30e joueur mondial, dans le troisième set, où son pourcentage de premières balles a été exceptionnel (17/18, 94 %).
L’Espagnol de 22 ans, numéro deux mondial, est désormais complètement tourné vers Wimbledon (30 juin-13 juillet), où il arrivera en favori, après ses victoires en 2023 et 2024. Au sortir de la saison de terre battue, le lointain successeur de Rafael Nadal s’est parfaitement réadapté au jeu plus rapide qui est pratiqué sur herbe. Samedi, il a disposé aisément (6-4, 6-4) de son compatriote Roberto Bautista, 37 ans et 51e mondial, en près d’une heure et trente minutes. En s’appuyant à nouveau sur un service très efficace, il a symboliquement empoché sa 250e victoire en carrière ce jour-là.
Un retour sur herbe plus délicat pour Sinner
De son côté, l’Italien Jannik Sinner, le héros malheureux de la dernière finale de Roland-Garros, a connu un retour sur herbe plus délicat. Engagé au tournoi de Halle (Allemagne), il a été éliminé (3-6, 6-3, 6-4) dès le deuxième tour par le Kazakh Alexander Bublik. « Je vais avoir quelques jours de pause avant Wimbledon qui vont bien me servir », a estimé le numéro un mondial. « Honnêtement, une petite pause va me faire du bien », a-t-il insisté.
Sinner n’est toutefois pas tombé contre n’importe quel joueur. Bublik, 45e joueur mondial, a battu (6-3, 7-6) ce dimanche en finale le Russe Daniil Medvdev en 1 h 21.
« J’espère que tu seras dans le tableau de Carlos à Wimbledon, on pourrait alors bien avoir une sensation au 3e ou au 4e tour. Continue de jouer de cette façon, et s’il te plaît, Carlos ou Jannik dans ton tableau à Wimbledon », a ironisé Medvedev après sa défaite, pour souligner à quel point une aide extérieure serait la bienvenue pour empêcher l’Espagnol ou l’Italien de s’imposer lors du prochain tournoi du Grand Chelem.
Des habitants et des membres de la défense civile inspectent les dégâts après une explosion dans l’église Saint-Elie, à Damas, le 22 juin 2025. FIRAS MAKDESI/REUTERS
Un attentat-suicide a visé, dimanche 22 juin, l’église Saint-Elie, à Damas, a annoncé le ministère de l’intérieur syrien, affirmant qu’un membre de l’organisation djihadiste Etat islamique (EI) était à l’origine de l’attentat. « Un kamikaze affilié au groupe terroriste Daech [acronyme arabe de l’EI] est entré dans l’église Saint-Elie, a ouvert le feu et s’est fait exploser avec une ceinture explosive » a déclaré le ministère dans un communiqué.
Selon le dernier bilan du ministère de la santé, l’attentat a fait 22 morts et 63 blessés. « Des ambulances évacuent les blessés et les victimes du site de l’explosion » à la suite de cet « attentat terroriste », a fait savoir l’agence de presse officielle SANA.
Des correspondants de l’Agence France-Presse sur place ont vu les secouristes évacuer des gens après cet attentat, qui a également endommagé l’église où des débris de bois et des icônes étaient éparpillés au sol, jonché de flaques de sang.
L’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), qui a également rapporté l’incident, affirme de son côté qu’« au moins trente citoyens chrétiens ont été tués ou blessés » lors de l’attaque. « L’église était bondée de fidèles au moment de l’attentat », ajoute l’ONG, basée au Royaume-Uni, selon laquelle l’explosion a provoqué un mouvement de panique.
De « terribles actes de lâcheté », selon Washington
L’émissaire des Nations unies pour la Syrie, Geir Pedersen, a « condamn[é] avec la plus grande fermeté l’attaque terroriste contre l’église Saint-Elie » et « exprim[é] son indignation face à ce crime odieux » dans un communiqué. Il a appelé à une enquête approfondie par les autorités syriennes. « Ces terribles actes de lâcheté n’ont pas leur place dans la nouvelle société de tolérance et d’inclusion que les Syriens sont en train de tisser », a aussi dénoncé l’émissaire américain pour la Syrie, Tom Barrack.
La France a condamné dimanche soir « avec la plus grande fermeté l’attentat terroriste abject » qui a ciblé l’église de Damas. Dans un communiqué, le ministère des affaires étrangères a rappelé en outre « son engagement en faveur d’une transition en Syrie qui permette aux Syriens et aux Syriennes, quelle que soit leur confession, de vivre en paix et en sécurité dans une Syrie libre, unie, plurielle, prospère, stable et souveraine ».
La cheffe de file des députés du Rassemblement national, Marine Le Pen, a, elle, appelé la France à se tenir aux côtés des chrétiens d’Orient, regrettant qu’« une fois encore la barbarie islamiste [ait] frappé ».
La diplomatie turque, proche des nouvelles autorités syriennes, a dénoncé une « attaque perfide » visant à « semer le chaos ».
Newsletter
« A la une »
Chaque matin, parcourez l’essentiel de l’actualité du jour avec les derniers titres du « Monde »
S’inscrire
Pour le ministère des affaires étrangères syrien, « cet acte criminel qui a pris pour cible des fidèles chrétiens est une tentative désespérée de saper la coexistence nationale et de déstabiliser le pays ».
De son côté, le patriarcat orthodoxe de Damas a, lui, exhorté les nouvelles autorités syriennes islamistes à « assumer l’entière responsabilité » de l’attaque.
Première attaque de ce genre depuis la chute de Bachar Al-Assad
Il s’agit de la première attaque de ce genre dans la capitale syrienne depuis que des forces dirigées par des islamistes ont renversé l’ex-président Bachar Al-Assad le 8 décembre, alors que la sécurité reste l’un des plus grands défis pour les nouvelles autorités.
« Ces actes terroristes n’arrêteront pas les efforts de l’Etat syrien pour parvenir à la paix civile », a déclaré le ministre de l’intérieur, Anas Khattab. Ce dernier avait déclaré récemment que le groupe EI avait opté pour « des attaques précises contre des cibles stratégiques » et annoncé que des tentatives d’attentat du groupe djihadiste sunnite contre les communautés chrétienne et musulmane chiite avaient été déjouées.
En mai, l’organisation djihadiste avait revendiqué sa première attaque contre les nouvelles forces gouvernementales syriennes. Ces dernières avaient alors dit avoir arrêté des membres d’une cellule de l’EI près de Damas, accusés de préparer des attaques, tandis qu’une autre opération à Alep, dans le Nord, s’était soldée par la mort d’un agent de sécurité et de trois membres de l’EI.
Le groupe Etat islamique avait pris le contrôle de vastes pans des territoires syrien et irakien au début de la guerre civile, qui a éclaté en 2011, proclamant la création d’un « califat » transfrontalier en 2014. Les forces kurdes syriennes soutenues par les Etats-Unis l’ont vaincu en 2019, mais les djihadistes ont maintenu une présence, en particulier dans le vaste désert syrien.
Professeur émérite à Sciences Po Paris, le politiste Bertrand Badie étudie la sociologie des relations internationales. Auteur de nombreux ouvrages, il a notamment fait paraître Le Temps des humiliés. Pathologie des relations internationales (Odile Jacob, 2014). Son livre le plus récent s’intitule L’Art de la paix (Flammarion, 2024).
Quel regard portez-vous sur les bombardements menés par les Etats-Unis contre les installations nucléaires iraniennes, dans la nuit du samedi 21 au dimanche 22 juin ? Est-ce l’ultime confirmation d’un retour de la force dans les relations internationales ?
La force n’a jamais quitté les relations internationales. Cependant, on peut s’interroger sur la capacité de la force, c’est-à-dire sur l’aptitude de ces frappes à construire un ordre régional durable et équilibré. Après cet usage de la puissance militaire contre l’Iran, on ne voit ni projet politique ni perspectives permettant de construire un Moyen-Orient qui soit autre chose que l’expression d’un chaos généralisé. Le vrai problème est là !
Il vous reste 84.1% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
Un jeune homme de 17 ans qui projetait, selon Bruno Retailleau, des « attentats contre des lieux de culte, notamment des synagogues, des sex-shops et des événements festifs » au nom de l’organisation Etat islamique (EI), a été mis en examen et incarcéré, a annoncé dimanche 22 juin le parquet national antiterroriste (PNAT).
Son arrestation dans la Sarthe avait été annoncée par le ministre de l’intérieur, qui s’exprimait sur LCI. Le PNAT a précisé à l’Agence France-Presse (AFP) que le jeune homme avait été interpellé mardi. A l’issue de sa garde à vue, il a été mis en examen vendredi pour « “association de malfaiteurs terroriste en vue de crime contre les personnes” et placé en détention provisoire », a complété le PNAT.
« On n’est pas dans la réelle recherche de cibles déterminées ni de véritable volonté de passer à l’acte. C’est un gamin tourmenté qui cherchait à flirter avec les limites de l’interdit », a réagi auprès de l’AFP son avocat, Florian Godest Le Gall. « Il y a beaucoup de choses à éclaircir notamment sur sa psychologie et sa fragilité », a-t-il ajouté, écartant toute « radicalisation réelle ». Par ailleurs, « il est assez honteux » de la part de Bruno Retailleau « de faire une communication sur un dossier avec un mineur qui présente des fragilités », a-t-il dénoncé.
Interpellé par la DGSI
Le ministre de l’intérieur a déclaré sur LCI que le jeune homme avait été interpellé par des enquêteurs de la DGSI (direction générale de la sécurité intérieure). « Heureusement, la DGSI a repéré son activité. Il n’était pas au point de commettre un attentat, mais il était en train de se préparer », a ajouté M. Retailleau.
Selon Bruno Retailleau, le suspect a fait allégeance à l’EI, une organisation djihadiste sunnite. Le ministre a souligné qu’il y avait actuellement un rapprochement entre les « sunnites et les chiites », ennemis jusqu’à présent. Il a fait état d’un « courrier » qu’aurait adressé « le numéro deux par intérim » des Frères musulmans, un mouvement sunnite, au Guide suprême iranien, Ali Khamenei, pour lui « dire que, désormais, il le soutiendrait » si chiites et sunnites voulaient former « une même communauté musulmane ».
« Il n’y a jamais eu autant de tentatives d’attentats que l’an dernier », a insisté le ministre, rappelant que neuf attentats avaient été déjoués, dont trois visant les Jeux olympiques. M. Retailleau a aussi rappelé que le dispositif « Sentinelle » avait été renforcé depuis l’offensive israélienne en Iran, avec « un doublement des patrouilles ». « On peut encore renforcer le [plan] Vigipirate », a-t-il estimé.
L’application Reddit, sur un smartphone, le 13 juillet 2021. DADO RUVIC / REUTERS
Marie était une petite fille « très dans la lune ». Mais ce n’est qu’à 24 ans que l’étudiante en droit, originaire du sud de la France et qui n’a pas souhaité donner son vrai prénom, découvre qu’elle est atteinte d’un trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH). Après le diagnostic tardif de sa mère, elle consulte un médecin pour ce trouble neurodéveloppemental, en partie héréditaire et sous-diagnostiqué chez les femmes. Cependant, si le traitement que lui prescrit son psychiatre lui permet, enfin, de « ressentir le calme », elle éprouve aussi le besoin de trouver des gens « comme elle ».
Ce groupe de soutien, c’est sur Reddit qu’elle l’a déniché. La plateforme, qui fête ses 20 ans, lundi 23 juin, compte, en effet, d’innombrables forums dévolus à la santé mentale, avec parfois de vastes communautés : les forums anglophones r/ADHD [pour Attention Deficit Hyperactivity Disorder, TDAH en anglais] et r/autism, tous deux créés en 2008, comptent ainsi respectivement 2 millions et 469 000 membres. Marie, elle, a rejoint le forum r/TDAHFrance et ses 4 700 internautes en 2025, où elle a trouvé une « grande bienveillance » et de nombreux conseils.
Il vous reste 81.41% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
Lors de la Fête de la musique, à Paris, le 21 juin 2025. ROMAIN PERROCHEAU/AFP
Plus de 100 cas de piqûres, concernant exclusivement des femmes, ont été répertoriés à travers le pays à l’occasion de l’édition 2025 de la Fête de la musique. Dans la nuit de samedi 21 juin à dimanche 22 juin, 145 victimes se sont manifestées après que des posts sur les réseaux sociaux ont appelé à « attaquer et piquer des femmes ». « Certaines victimes ont été prises en charge » et dirigées vers des établissements hospitaliers pour y subir des analyses toxicologiques, selon le ministère de l’intérieur.
Pour la seule zone de compétence de la Préfecture de police de Paris, 21 cas ont été relevés, dont 13 dans la capitale, comme dans le 10e arrondissement, aux abords du canal Saint-Martin, où deux jeunes femmes ont assuré avoir été victimes de piqûres « dont l’origine est indéterminée », indique une source policière. Prises en charge par les secours, elles ont été conduites à l’hôpital Trousseau, dans le 12e arrondissement, où les mêmes faits ont été dénoncés par une jeune femme peu après minuit.
Dans le 6e arrondissement, en début de soirée, une autre victime s’était signalée, mais cette fois des effectifs policiers ont interpellé un homme désigné comme l’auteur et l’ont placé en garde à vue. A Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine), huit jeunes femmes ont également été piquées à l’occasion d’un important rassemblement, sur le parvis de la mairie, avant d’être prises en charge par les services de la Croix-Rouge. Six d’entre elles ont déposé plainte et une septième a été transportée à l’hôpital Beaujon, à Clichy.
Il vous reste 54.93% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
Dans le tohu-bohu des coursives de l’aéroport d’Orly (Val-de-Marne), un agent d’aide aux personnes à mobilité réduite (PMR) avise au loin sa cliente, la hèle et accourt pour l’asseoir sur une chaise roulante. A partir de ce moment, la passagère, tout juste débarquée de Fort-de-France (Martinique), peut se laisser guider par son chaperon si prévenant. Cette scène banale, en ce 20 novembre 2021, prend une autre tournure lorsque les douaniers repèrent des chargements suspects dans les trois valises de cette mère de famille antillaise, voyageant accompagnée de sa fillette de 3 ans.
50 kilos de cocaïne sont dissimulés dans les bagages de la voyageuse, inconnue de la justice. Comme par miracle, elle n’a aucun mal à se déplacer sur ses jambes pour être conduite en retenue douanière : sa prise en charge PMR par son ange gardien, lui aussi sans antécédents judiciaires, était une supercherie destinée à éviter les fouilles. Selon les auditions et les analyses des téléphones, le duo était au service d’un mystérieux commanditaire, surnommé « Nasa ».
Après plus de trois années d’enquête, ciblant notamment les données téléphoniques issues des conversations sur l’application Signal, le présumé « Nasa » est apparu, en chair et en os, devant le tribunal correctionnel de Paris, les jeudi 19 et vendredi 20 juin, au cours du procès concernant cette affaire d’importation de stupéfiants. Cet homme fluet de 38 ans, à la mine sérieuse, portant un catogan, est une figure bien connue des magistrats spécialisés. Firat Cinko a déjà été condamné par dix fois. Il est aussi le cousin éloigné de l’assistant PMR d’Orly.
Lors des auditions devant le magistrat instructeur comme lors de l’audience, M. Cinko a nié être ce fameux « Nasa », en dépit des recoupements téléphoniques, des géolocalisations et des liens avec d’autres messages où apparaissent d’autres de ses sobriquets – ceux-là revendiqués –, comme « Ralph » ou « Rr ».
Elève brillant
Au terme de l’audience, ce prévenu ayant déjà passé deux ans en détention provisoire, a été condamné à huit ans d’emprisonnement avec maintien en détention et à 30 000 euros d’amende. Dimanche 22 juin au soir, il n’avait pas encore annoncé son intention de faire appel. L’assistant PMR corrompu a lui été condamné à une peine de cinq ans de prison, dont deux ans avec sursis, et la jeune femme ayant fait la mule de quatre ans, dont dix-huit mois assortis de sursis probatoire.
Il vous reste 33.36% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
« Personne sur cette terre » (Nadie en esta tierra), de Victor del Arbol, traduit de l’espagnol par Alexandra Carrasco, Actes Sud, « Actes noirs », 352 p., 23,50 €, numérique 15 €.
Mais qu’est-ce que Julian Leal vient faire dans son village de Galice, dans le nord-ouest de l’Espagne ? Il avait pourtant laissé derrière lui cette pluie permanente, ces ruelles sombres, leur violence – et aussi quelques fantômes. En 1975, la maison familiale fut la cible d’un incendie criminel, perpétré par plusieurs hommes masqués. Précaution inutile : Martin Leal, le père de Julian, ne connaissait que trop bien les incendiaires, qui étaient ses amis, certains ayant combattu à ses côtés chez les franquistes lors de la guerre civile. Martin mourut dans les flammes. Julian, lui, partit à l’autre bout du pays, à Barcelone, vivre chez une tante.
Aujourd’hui – le livre se déroule en 2005 –, Julian est un homme déchu : flic suspendu pour un accès de violence dont il ne veut pas s’expliquer, il est atteint d’un cancer au stade terminal. Son retour en Galice va déclencher une série d’événements – et le dévoilement de nombreux secrets, enfouis depuis des décennies – qui entraîneront Julian jusqu’au bord de l’abîme.
Il vous reste 65.69% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.