Chaleur suffocante, sueur dans les yeux dans un trou de 1.000 mètres de profondeur: ces ouvriers de ce géant métallurgique polonais fournissent près de 50% du cuivre européen

Alors que la demande mondiale ne cesse de croître pour le cuivre, alimentée par l’intelligence artificielle et l’industrie de la défense, le géant métallurgique polonais KGHM fournit entre 40 et 50% du cuivre européen.

À mille mètres de fond, la chaleur est suffocante et la sueur brouille la vue des mineurs polonais. Aux commandes de machines massives, ils extraient un minerai blanchâtre riche en cuivre et en argent, deux éléments au coeur de la transformation technologique et énergétique mondiale.

« Ce sont les métaux du futur, indispensables pour des équipements électroniques, des voitures électriques, ou des installations d’énergies renouvelables », explique Ariel Wojciuszkiewicz, géologue à la mine de Polkowice-Sieroszowice, dans l’ouest du pays.

La demande mondiale progresse rapidement, stimulée par l’intelligence artificielle et les besoins croissants de la défense, en particulier pour « l’or rouge ». « Le cuivre est appelé baromètre du développement des économies mondiales », ajoute Ariel Wojciuszkiewicz, casque sur la tête et appareil respiratoire de secours accroché à l’épaule. La mine de Polkowice-Sieroszowice fait partie des trois sites exploités par KGHM, géant polonais des métaux, propriétaire aussi de fonderies locales et d’entreprises sur le continent américain.

Des mineurs utilisent des engins lourds pour travailler à plus de 1.000 mètres sous terre dans la mine de cuivre et d’argent de Polkowice-Sieroszowice, dans le sud-ouest de la Pologne, appartenant au groupe métallurgique polonais KGHM, le 25 mars 2026. © WOJTEK RADWANSKI / AFPDes mineurs descendent ensemble pour aller travailler à plus de 1.000 mètres sous terre dans la mine de cuivre et d’argent de Polkowice-Sieroszowice, dans le sud-ouest de la Pologne, appartenant au groupe métallurgique polonais KGHM, le 25 mars 2026. © WOJTEK RADWANSKI / AFP

Deuxième producteur mondial d’argent, le groupe fournit également entre 40 et 50% du cuivre européen. L’an dernier, il s’est placé en huitième position mondiale en volumes de cuivre extrait, derrière des géants comme BHP Group, Glencore Plc ou encore Rio Tinto, selon des statistiques professionnelles. Les galeries de la mine s’étendent sur des centaines de kilomètres. Au front de taille, le vacarme des engins qui broient la roche est assourdissant. La mine tourne 24 heures sur 24.

« 80 kg » dans une voiture électrique

Selon un rapport de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement de mai 2025, la demande mondiale en cuivre devrait grimper de plus de 40% d’ici 2040. Pour y faire face, « il pourrait falloir 80 nouvelles mines et 250 milliards de dollars d’investissements d’ici 2030 », estime l’organisation. L’Agence internationale de l’énergie prédit que 30% de la demande ne serait pas satisfaite d’ici 2035. Dans les secteurs les plus innovants, la dépendance au cuivre est exponentielle.

« Nous ne nous rendons pas compte à quel point nous sommes entourés de cuivre de tous les côtés », souligne Piotr Krzyzewski, vice-président de KGHM chargé des finances.

Il rappelle que dans « une voiture électrique, il y a 80 kg de cuivre, alors que dans une voiture classique il y en a 20 kg », et qu’une éolienne « compte entre quatre et dix tonnes de cuivre par mégawatt ». Plus loin, à la fonderie de Glogow, deux ouvriers en combinaisons de protection et munis de longues lances, ouvrent d’immenses fours où est fondu le minerai. Des étincelles de métal chauffé à 1.200°C jaillissent. Plusieurs étapes de transformation plus tard, des plaques de cuivre pur à 99,99%, pesant chacune plus d’une centaine de kilos, sont expédiées dans le monde entier.

Des ouvriers d’une fonderie traitent du cuivre à l’usine de Glogow, dans le sud-ouest de la Pologne, propriété du groupe métallurgique polonais KGHM, le 24 mars 2026. © WOJTEK RADWANSKI / AFPDes ouvriers d’une fonderie traitent du cuivre à l’usine de Glogow, dans le sud-ouest de la Pologne, propriété du groupe métallurgique polonais KGHM, le 24 mars 2026. © WOJTEK RADWANSKI / AFP

L’an dernier, l’ensemble du groupe KGHM a généré plus de 36 milliards de zlotys de revenus (8,4 milliards d’euros). La production de cuivre s’est élevée à 710.000 tonnes et celle d’argent à 1.347 tonnes, selon son rapport annuel publié fin mars. Pas moins de 50% de l’argent est utilisé dans l’industrie, principalement dans l’électronique, les panneaux solaires ou le médical, le reste principalement dans la bijouterie et comme valeur refuge et actif financier. Mais c’est le cuivre, métal devenu irremplaçable pour l’économie, qui s’impose désormais comme un enjeu mondial.

Un record à 14.500 dollars la tonne

« Le cuivre figure sur la liste stratégique des métaux critiques en Europe, aux États-Unis et en Chine », rappelle Piotr Krzyzewski. En juillet, le président américain Donald Trump avait annoncé une taxe de 50% sur le cuivre, avant de limiter finalement la mesure à des produits fabriqués avec ce métal. Il avait justifié sa décision par la nécessité de « défendre la sécurité nationale ».

« Le cuivre est le deuxième matériau le plus utilisé par le ministère de la Défense! », avait tempêté Donald Trump.

En 2025, le cours du cuivre, soutenu par ceux de l’or et de l’argent, a bondi de 41,7% avant d’atteindre un record en janvier 2026 à 14.527,50 dollars la tonne. Aujourd’hui encore, malgré les inquiétudes liées à la guerre au Moyen-Orient et au ralentissement de l’économie mondiale, il reste supérieur à 12.000 dollars la tonne. Dans ce contexte incertain, les sous-sols polonais apparaissent comme un atout majeur pour la souveraineté énergétique du Vieux continent.

Un ouvrier surveille le processus électrochimique d’extraction du cuivre pur dans une fonderie située à Glogow, dans le sud-ouest de la Pologne, propriété du groupe métallurgique polonais KGHM, le 24 mars 2026. © WOJTEK RADWANSKI / AFPDes plaques de cuivre d’une pureté de 99,99 %, pesant chacune plus d’une centaine de kilos, sont entreposées dans un entrepôt avant leur expédition, à la fonderie de Glogow, dans le sud-ouest de la Pologne, propriété du groupe métallurgique polonais KGHM, le 24 mars 2026. © WOJTEK RADWANSKI / AFP

« Ce n’est donc plus la sécurité [en approvisionnements] de notre seul pays, mais la sécurité de toute l’Europe », insiste Piotr Krzyzewski, ajoutant que les ressources du groupe « sont encore estimées à au moins 40 ans », sans compter les nouvelles explorations et concessions. Sous réserve des effets du réchauffement climatique: l’extraction minière consomme énormément d’eau, et la sécheresse, partout sur la planète, menace.

Source

No comment yet, add your voice below!


Add a Comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *