La flambée des prix du pétrole liée aux tensions autour du détroit d’Ormuz provoque un choc majeur dans la pétrochimie mondiale, entraînant déjà une hausse rapide du coût des plastiques. En Corée du Sud, les sacs poubelle sont pris d’assaut et les consommateurs craignent une pénurie.
Les étals sont vides et les clients cherchent à s’en procurer par tous les moyens. Ce produit que les Sud-Coréens s’arrachent n’est autre que le sac-poubelle. « À cette période de l’année, les ventes augmentent un peu en raison des déménagements, mais je n’ai jamais rien vu de tel en vingt ans d’activité », témoigne M. Kim, propriétaire d’une supérette à Séoul, dans un article du journal coréen The Asia Business Daily, repéré mercredi 1er avril par Courrier international.
« Les clients insistent pour prendre des dizaines de sacs à la fois, ça me rend fou. J’ai fini par limiter à un sac par personne, mais j’ai eu des altercations avec une vingtaine de clients rien qu’aujourd’hui », raconte le commerçant.
Et si les sacs-poubelle sont devenus désespérément rares en Corée du Sud, c’est à cause de la flambée du pétrole depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient. Mais alors quel rapport? En réalité, c’est le naphta qui est en cause, un produit issu de la distillation du pétrole et qui est à la base de la fabrication du plastique. Plus de 99% des plastiques sont en effet issus de combustibles fossiles, ce qui rend leur coût extrêmement sensible aux variations énergétiques.
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Le prix du naphta explose
La Corée du Sud est très dépendante du pétrole qui transite par le détroit d’Ormuz et selon The Korea Times, elle importe 45% de ses besoins en naphta, dont 77% proviennent du Moyen-Orient.
Dans la foulée des cours du pétrole, le prix du naphta a également explosé. “Selon la Korea National Oil Corporation, le prix du naphta sur le marché mondial est passé de 56,9 dollars (49 euros) le baril la première semaine de janvier à 129,7 dollars (112 euros) le baril la semaine dernière, soit une hausse d’environ 127,9 %”, rapportait le Korea Joongang Daily, le 24 mars.
Face à l’inquiétude croissante de la population, le ministère sud-coréen du Commerce, de l’Industrie et de l’Énergie a imposé vendredi une interdiction de cinq mois sur les exportations de naphta (avec quelques exceptions). Le président a également ordonné que les sacs-poubelle soient fabriqués à partir de matériaux recyclés plutôt que de matières premières importées, au cas où la situation se prolongeait.
Couverts jetables, boissons en bouteille…
Mais pour les petits vendeurs, cette situation devient très difficile. Park Soon-ok, 67 ans, vend des tteokbokki, des gâteaux de riz épicés mijotés. Elle a tenté de commander 200 sacs en plastique pour son étal à Séoul. « Mes fournisseurs m’ont dit qu’ils ne pouvaient pas se procurer de sacs en plastique », raconte-t-elle au Korea Times.
« Ils ont dit que même si la guerre se terminait aujourd’hui, il faudrait six semaines pour être réapprovisionné. Je risque d’être à court de stock d’ici deux semaines. Après cela, je ne sais pas où trouver des sacs », témoigne-t-elle.
Et la Corée du Sud ne sera pas la seule concernée. Le prix des produits faits à base de plastique risque de grimper partout dans le monde.
« Les produits comme les couverts jetables, les boissons en bouteille et les sacs poubelle pourraient être parmi les premiers à voir leur prix augmenter dans les semaines à venir », détaille à CNN Patrick Penfield, professeur de gestion de la chaîne d’approvisionnement à l’université de Syracuse.
Les données de Plastics Exchange montrent que les prix des résines plastiques ont déjà progressé de plus de 10% en un mois. Du jamais vu en 25 ans.

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