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Des livreurs en pleine mer, des bateaux en plein désert: aux Emirats arabes unis, les GPS et la vie quotidienne perturbés par la guerre et les brouilleurs anti-drones

Depuis le début du conflit au Moyen-Orient, la région est soumise à des brouillages réguliers des signaux GPS, utilisés aussi bien par les livreurs émiratis que par les navires marchands dans le détroit d’Ormuz ou les missiles ou drones qui cherchent à frapper les pays voisins de l’Iran. Une situation qui complique la vie au quotidien…

Localisation qui apparaît dans une ville à des centaines de km ou au beau milieu de la mer: de nombreux habitants des Emirats arabes unis voient leurs téléphones leur indiquer une position GPS totalement erronée, en raison de perturbations liées aux attaques iraniennes sur le Golfe persique.

Entre confusion et sujet de plaisanterie

Ces anomalies sur les applications de navigation sèment la confusion chez les utilisateurs. Des experts interrogés par l’AFP évoquent une technique défensive classique en temps de guerre, visant notamment à parasiter la trajectoire des missiles iraniens.

« L’application a commencé à m’emmener par des chemins bizarres pendant que je conduisais », raconte Hind, une Française résidant à Dubaï, qui s’est perdue avant de retrouver la route principale.

« J’ai commencé à lire les panneaux routiers pour savoir où aller, jusqu’à ce que le GPS se remette à fonctionner au bout de quelques minutes », raconte-t-elle à l’AFP.

Entre ceux lâchés par leur GPS en plein trajet et ceux pour qui un livreur apparaît en pleine mer, les bizarreries de navigation à Dubaï, Abou Dhabi et d’autres émirats sont devenues un sujet de plaisanterie sur les réseaux sociaux.

Les applications de livraison ont elles dû prévenir leurs utilisateurs que la position du conducteur pouvait être inexacte.

Andrew, un livreur de la plateforme Deliveroo originaire d’Ouganda, confirme que ces dysfonctionnements durent depuis plusieurs jours et compliquent son travail à Dubaï.

« Une des livraisons qui aurait dû prendre 10 à 15 minutes m’a demandé 30 minutes. L’application m’indiquait une direction, puis s’arrêtait soudainement », dit-il à l’AFP.

« J’ai essayé de continuer, elle me donnait alors une nouvelle direction, et ainsi de suite jusqu’à ce que finalement j’arrive », relate-t-il.

« Dérégler les drones »

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient le 28 février, déclenchée par des frappes américano-israéliennes sur l’Iran, les Emirats ont été visés par plus de 260 missiles balistiques et plus de 1.500 drones, soit plus que leurs voisins.

Missiles et drones ont visé des bases et des intérêts américains, mais ont aussi touché aéroports, quartiers résidentiels et installations pétrolières.

« Il est probable que les perturbations du signal GPS soient une mesure visant à dérégler les drones et les missiles iraniens », qui peuvent utiliser ces données pour toucher leurs cibles, décrypte Clayton Swope du Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS).

Deux options existent: brouiller des données pour compliquer la réception du signal GPS (« jamming ») ou détourner le signal pour diriger vers une position erronée (« spoofing »), explique-t-il à l’AFP.

Cela peut notamment perturber des munitions guidées de précision. La perturbation des communications offre aux armées « des avantages stratégiques et tactiques », dit Lisa Dyer, directrice de l’Alliance pour l’innovation du GPS (GPSIA), qui indique que l’Iran utilise aussi cette stratégie.

Une solution qui n’est pas sans risques

Mais cette stratégie présente des risques « considérables pour l’aviation, la navigation maritime et d’autres infrastructures de la région », met en garde Lisa Dyer.

Malgré cela, les Etats du Golfe font ce choix, jugeant acceptable de perturber la vie quotidienne plutôt que de laisser un missile ou un drone frapper leurs territoires.

Depuis le début de la guerre, un millier de navires dans le Golfe persique et le Golfe d’Oman, soit la moitié de ceux présents dans ces zones, ont vu à un moment ou à un autre leurs signaux de navigation brouillés, selon Dimitris Ampatzidis, analyste de la société Kpler, qui surveille les mouvements maritimes. L’immense majorité des navires se trouvent au large des Emirats et d’Oman.

Selon des experts interrogés par l’AFP, le transport est d’autant plus vulnérable que, contrairement aux téléphones portables, il dépend d’une fréquence GPS simple, plus vieille et plus faible. Comme des livreurs de Dubaï, certains pétroliers apparaissent ainsi à l’écran au plein milieu des Emirats ou de l’Iran, sur la terre ferme…

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