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« Le coup fatal ne peut être donné que par le peuple »: en exil, comment le Conseil national de la résistance iranienne voit l’opération militaire américaine et l’avenir

Alors que la République islamique d’Iran au pouvoir depuis 1979 est ébranlée par la guerre menée par les États-Unis et Israël, une partie de l’opposition, fracturée, tente de s’organiser. Entretien avec un membre actif du Conseil national de la résistance iranienne, opposé « aux chah » et « aux mollahs »

Le régime des mollahs au pouvoir depuis 1979 est frappé depuis quatre jours par Israël et les États-Unis. L’opposition iranienne, très fracturée, espère sa chute. Comme le Conseil national de la résistance iranienne, une organisation en exil qui s’appuie sur place sur l’Organisation des Moudjahiddines du peuple iranien. Le CNRI est tant opposé à la République islamique qu’à la figure de Reza Pahlavi, le fils du chah.

Afchine Alavi,membre de la commission des Affaires étrangères du CNRI, explique à BFM leur position par rapport à l’opération américano-israélienne, leurs objectifs et leur opposition à Reza Pahlavi.

Comment accueillez-vous l’opération américano-israélienne?

L’analyse du Conseil national de la résistance a toujours été que la solution, c’est ni la guerre, ni la complaisance à l’égard du régime, mais le renversement du régime par le peuple iranien et sa résistance. Aujourd’hui, Ali Khamenei est mort à l’âge de 86 ans et cela marque la fin de la tyrannie religieuse, mais il aurait pu mourir de mort naturelle ou dans une attaque de la résistance iranienne.

Mort d’Ali Khamenei: que sait-on des frappes iraniennes dans le centre d’Israël?

La trajectoire qui est en route est celle du peuple iranien, même si on sait que la raison du déclenchement de cette guerre a été plutôt le programme nucléaire et balistique du régime. Le régime est dans une phase de déstabilisation totale, mais ça ne veut pas dire qu’il va s’effondrer tout seul, et ce n’est pas non plus des armées étrangères qui vont le faire.

Qu’espérez-vous désormais?

Le moment est venu d’instaurer la liberté et la souveraineté du peuple iranien, il faut reconnaître son droit à la résistance, notamment contre les Gardiens de la Révolution qui continuent à sévir. Et il doit être doté des moyens de le faire. Il faut que le peuple arrive à déboulonner ce régime, qui est extrêmement affaibli mais qui n’est pas mort, et à prendre en main les rênes du pouvoir. Non pas que ce soit imposé par l’intervention d’un pays étranger. Ça n’a jamais porté chance et de bonnes choses, ce genre de pratiques. Le coup fatal ne peut être donné que de l’intérieur par le peuple iranien.

La présidente du CNRI Mme Maryam Radjavi a par ailleurs appelé les belligérants à prendre toutes les dispositions pour épargner la population et les potentiels dégâts sur les infrastructures civiles du pays afin d’éviter de porter des dommages au peuple iranien tout en appelant en même temps la population à être solidaire et à aider les plus fragiles dans ces bombardements.

Que propose le Conseil national de la résistance iranienne?

Le CNRI, constitué en juillet 1980, englobe cinq partis politiques, près de 456 membres sont dans cette coalition et agissent comme une sorte de parlement en exil. Depuis toujours, l’objectif de cette coalition, c’est le renversement du régime théocratique et de la dictature religieuse en Iran, et l’instauration d’une république démocratique et laïque. La tâche qui s’est forgée, c’est de transférer la souveraineté au peuple iranien. Et non pas la prise du pouvoir coûte que coûte.

Une affiche représentant Maryam Radjavi, présidente élue du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), dans le centre de Paris, le 11 octobre 2025. © MARTIN LELIEVRE / AFP

Le Conseil national de la résistance a élaboré un programme très détaillé qui s’est résumé dans les 10 points que Mme Maryam Radjavi a présentés. L’abolition de la peine de mort, l’égalité entre les hommes et les femmes, la séparation de la religion et de l’État, l’autonomie pour le Kurdistan d’Iran et les autres régions qui le souhaitent, une justice indépendante, le respect des droits de l’Homme, une relation pacifique avec l’ensemble des peuples de la région et du monde, un Iran non-nucléaire… Il faut savoir que la majorité des membres du CNRI sont des femmes. Sans le leadership des femmes, le renversement du régime ne se fera pas. Et le CNRI est indépendant, il ne dépend d’aucun État et d’aucune puissance.

Et concrétement, qu’avez-vous prévu en cas de chute du régime?

Le CNRI avait prévu une période comme celle-ci où le régime est en train de chanceler et de toucher à sa fin. Et c’est pour ça qu’il a prévu, dans son programme, de nommer un gouvernement de transition. Avant-hier, Mme Maryam Radjavi – élue par les membres du Conseil national de la Résistance pour être la garante de cette transition – a annoncé la formation de ce gouvernement de transition.

Le gouvernement provisoire, qu’elle va nommer, aura six mois maximum, une fois le régime renversé, pour préparer les élections libres au suffrage universel. Le peuple pourra ainsi élire ses représentants dans l’assemblée constituante et législative qui va donner la Constitution future de l’Iran et de la République future. La tâche du gouvernement provisoire se termine au moment où cette assemblée sera constituée.

Vous disiez que les membres du CNRI étaient en exil, comment comptez-vous agir depuis l’étranger?

Les membres du CNRI sont tous en exil parce que, tout simplement, les gens qui étaient en Iran ont été exécutés, nous sommes tous condamnés à mort et nos familles ont été décimées par le régime. Puis, il n’était pas possible, sous l’emprise du régime, d’organiser quoi que ce soit. Par contre, ça ne veut pas dire que c’est une opposition en exil, car les éléments composants ce Conseil ont une importation très forte à l’intérieur de l’Iran.

L’organisation qui est la plus organisée, axiale, et la plus ancienne, c’est celle des Moudjahiddines du peuple iranien (OMPI) dotée des structures qui se nomment les unités de résistance. Ils agissent de l’intérieur pour renverser le régime et combattre les forces de répression. Lundi dernier, avant le déclenchement de cette guerre, 250 membres de ces unités de résistance ont attaqué de manière audacieuse le siège du Guide suprême, qui était à ce moment-là encore vivant.

Cette force organisée est quelque chose d’extrêmement précieux à l’intérieur de l’Iran, ils sont présents dans toutes les villes, ils agissent tous les jours. C’est ce qui permet au CNRI d’être doté des moyens d’appliquer ces ambitions qui sont le renversement du régime et l’instauration d’une république démocratique et laïque en Iran.

Le CNRI est parfois qualifié de communiste, est-vous d’accord?

Non, le CNRI n’a pas d’idéologie, c’est une coalition. Dans le Conseil, vous avez des libéraux, vous avez des marxistes, vous avez des musulmans, vous avez des athées, vous avez des chrétiens. Il y a des obédiences diverses. Le Conseil n’a pas cette prérogative de défendre une idéologie particulière.

Et j’entends souvent dire que les Moudjahiddines du peuple iranien sont des « marxistes islamiques ». C’est un terme qui a été fabriqué par la Savak (le service de sécurité intérieure et de renseignement du chah Mohammad Reza Pahlavi) et qui a été repris par le régime de Rouhollah Khomeini. Mais ils n’ont rien ne marxistes ni d’islamistes, ce sont des démocrates musulmans. C’est sans doute une des seules organisations dans le monde musulman, voire la seule, dirigée par des femmes. Ils sont pour un État laïc.

À quel point estimez-vous être soutenu en Iran?

C’est impossible sous une dictature de faire un sondage ou un recensement. Surtout à l’égard des Moudjahiddines du peuple iranien et du Conseil National de la Résistance qui sont, pour le régime, la bête noire. Quelqu’un qui exprime sa sympathie est plus durement réprimé que n’importe qui d’autre. Par conséquent, c’est impossible de donner une évaluation précise.

Mais le critère de légitimité, sous une dictature, c’est le degré de résistance, et l’acharnement du régime contre cette force. 100.000 personnes de ses rangs ont été exécutées par le régime dont 30.000, en majorité des Moudjahiddines du peuple en 1988. Et jour et nuit, le régime annonce des arrestations ou conspue cette alternative.

Un de vos mots d’ordre est « ni chah, ni mollah », le CNRI est totalement opposé à la figure de Reza Pahlavi, le fils du dernier chah d’Iran en exil?

Absolument. On ne peut pas prétendre à une légitimité en disant être le fils d’un dictateur, tout en refusant de condamner les crimes de son père. Il est l’héritier d’un système chauvin, autocratique, répressif que représentaient son père et son grand-père en Iran. En 125 ans, il y a eu quatre dictateurs: deux étaient des rois de la dynastie Pahlavi, et deux étaient des Guides suprêmes de la théocratie.

Le leader de l’opposition iranienne et fils du dernier shah d’Iran Mohammad Reza Pahlavi, Reza Pahlavi, tient une conférence de presse à Paris le 23 juin 2025. © Photo par JOEL SAGET / AFP

Aujourd’hui, le peuple iranien, il veut en finir avec toute forme d’oppression et de dictateurs, qu’ils aient le turban ou la couronne. À part des nostalgiques et des gens très marginaux, amplifiés par des fake news, des fabrication de chiffres et de la propagande, ce fils du chah ne représente rien. Il est notamment rejeté par les groupes ethniques en Iran, qui étaient persécutés, déportés sous la dynastie Pahlavi. Il n’a pas de force derrière lui en Iran, donc il veut pousser les puissances étrangères à renverser le régime et que ce soit eux qui le placent sur son trône.

Imaginons dans l’impossible si ça se réalisait, ça voudrait dire le chaos et la guerre civile en Iran, parce que tant de gens sont contre le fait qu’on leur impose un dirigeant de l’extérieur. Il est en fait un facteur déstabilisateur aujourd’hui et un frein au mouvement qui a besoin que le peuple soit soudé pour le renversement du régime.

Reza Pahlavi se présente pourtant comme une figure de transition qui veut mettre en place une démocratie. Vous n’y croyez pas?

Un programme a été présenté cette année, et si on l’étudie, on voit qu’il ne prévoit pas d’élection. L’Assemblée prévue va être nommée par lui, et non élue par le peuple. Les trois branches du pouvoir seraient nommées par lui, qui s’est donné le titre de guide de la Révolution. Il prévoit de prolonger jusqu’à 36 mois la période transitoire. Il veut décréter l’état de siège dans 20 villes et rétablir la Savak, la police politique de son père, en changeant seulement le nom et en l’appelant Savam.

C’est un système totalement autocratique, voire même du néo-fascime qui est dissimulé dans ces pages de programme. Et malheureusement, sans le lire, les gens le croient sur parole. C’est exactement ce que le monde a fait avec Khomeini. Il prétendait vouloir la démocratie, mais parlait dans son livre de la suprématie du guide religieux. Il ne faut pas refaire la même erreur.

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