L’affrontement entre Éric Ciotti et Christian Estrosi, latent depuis des années sur la Côte d’Azur et enfin matérialisé à l’occasion des municipales 2026, occupe tous les regards. Dans une ville marquée à droite, les autres candidats cherchent tant bien que mal à exister.
Cédric Vella a bien du mal à se faire une place au soleil sur la baie des Anges. Difficile pour le candidat aux élections municipales niçoises de sortir de l’ombre d’un duo qui prend toute la lumière: celui formé par Éric Ciotti et Christian Estrosi, les frères ennemis de la Côte d’Azur.
« Il y en a un qui était patron du département pendant des années, l’autre qui est maire depuis près de 18 ans. Donc, c’est sûr que pour pouvoir intégrer certains réseaux, rencontrer des syndicats, assister à des événements, avoir des locations de salles, c’est plus difficile », admet ce courtier en assurance de 31 ans, qui représente Reconquête, la formation d’extrême droite d’Éric Zemmour.
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« Certains ne savent même pas qu’il y a une liste Reconquête »
Dans ses déplacements sur le terrain, les noms de ces « deux mastodontes politiques » – longtemps très proches, avant de rompre dans les années 2010 sur fonds de rivalité et de divergences de lignes politiques – « reviennent systématiquement ».
À l’inverse, « on est tellement absent dans le paysage médiatique que certains ne savent même pas qu’il y a une liste Reconquête », témoigne-t-il, reprochant aux médias de se focaliser sur le duel Estrosi-Ciotti, toutefois caractérisé par les intentions de vote des Niçois.
Pour se mettre en valeur, Cédric Vella, qui occupe un espace politique très proche de celui d’Éric Ciotti – allié au Rassemblement national – cherche à incarner « un vent de fraîcheur », loin du « système actuel ».
Les cartes « Pollumon »
À gauche, la candidate écologiste Juliette Chesnel-Le Roux et son équipe de la liste « Unis pour Nice » s’appuient sur une idée pour le moins original: des « Pollumon », soit des tracts de campagne inspirés des célèbres cartes Pokemon. Le concept, déjà utilisé par le passé, vise à susciter l’intérêt des Niçois et à faire en sorte qu’ils conservent ces documents de campagne plutôt que de les jeter.
L’impétrante de 63 ans, soutenue par la gauche hors La France insoumise, passe plusieurs messages. Certains concernent son programme, d’autres ses adversaires. Sur l’une des cartes, l’on peut lire: « Ni Estrosi, ni Ciotti: une droite consanguine qui recycle les mêmes méthodes, les mêmes échecs et les mêmes renoncements, loin des besoins réels des Niçoises et des Niçois ».
Ainsi, Juliette Chesnel-Le Roux se présente en « alternative ». « Il existe un positionnement à droite qui est ancré depuis 80 ans sur Nice. Mais la gauche a toute sa place, il faut qu’elle le fasse savoir, qu’elle le fasse connaître. C’est tout l’objet d’une campagne électorale », dit à BFM celle qui préside les groupes écologistes de la Ville et la Métropole de Nice.
Deux listes à gauche
À l’inverse de Cédric Vella, Juliette Chesnel-Le Roux assure ne pas rencontrer de problème de visibilité, du moins à Nice, insistiant sur la pertinence de son espace politique: « Les Niçois ont vraiment envie d’entendre autre chose que le duel Estrosi-Ciotti, c’est ce que l’on voit tous les jours. »
Ce récit est toutefois mis à mal par plusieurs éléments. D’abord, en termes d’intentions de vote, la liste de Juliette Chesnel-Le Roux (13%) arrive loin derrière celles d’Éric Ciotti (41%) et de Christian Estrosi (30%) au premier tour d’après un sondage Elabe/Berger Levrault pour BFMTV, BFM Nice Côte d’Azur, Nice-Matin et Le Figaro, publié ce vendredi 27 février.
Surtout, une autre liste de gauche, créditée de 11% devant Cédric Vella (4%), est en lice. En l’occurrence celle de Mireille Damiano, soutenue par La France insoumise.
Cette avocate est plus nuancée que Juliette Chesnel-Le Roux. « Ce que l’on peut espérer, ce n’est évidemment pas de l’emporter, même avec une liste unitaire » au second tour, tranche cette dernière, préférant viser la constitution d’une « opposition la plus forte possible, la plus radicale et déterminée. »
Soutiens de figures nationales pour donner un « coup de boost »
Mireille Damiano et Juliette Chesnel-Le Roux sont cependant alignées sur un point. L’une et l’autre attendent de pied ferme le débat sur BFMTV. Ce n’est pas complètement un hasard qu’il y ait Estrosi, Ciotti, Chesnel et moi. On est quand même l’opposition qui compte », dit la première, quand la seconde abonde en ce sens:
« Ce débat est important pour moi. Il va me mettre face à Éric Ciotti et Christian Estrosi, je vais pouvoir leur dire ce que je pense de leur bilan, leurs promesses, et démontrer ce que je peux proposer face à ces cela. »
Avant cette joute cathodique, les deux candidates ont pu compter sur le soutien de figures nationales pour mettre en valeur leur campagne. Olivier Faure et Marine Tondelier, respectivement à la tête du PS et des Écologistes, sont venus à Nice pour vanter l’hypothèse d’un « trou de souris » dans lequel Juliette Chesnel-Le Roux pourrait s’engouffrer ; l’eurodéputé Manon Aubry a fait le déplacement pour Mireille Damiano.
Quant à Cédric Vella, ce dernier attend la venue d’Éric Zemmour dans « les prochains jours », espérant que le candidat à la présidentielle de 2022 (qui a récolté 14% des voix à Nice, contre 7,07% au niveau national, NDLR) permettra de « donner un gros coup de boost » à sa campagne.

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