L’islamologue suisse Tariq Ramadan, accusé de viols par trois femmes, n’était pas présent à l’ouverture de son procès, lundi 2 mars, pour des raisons médicales. L’avocat général a demandé qu’un mandat d’arrêt international soit émis contre Tariq Ramadan.
Le procès de l’islamologue suisse Tariq Ramadan pour des viols sur trois femmes commis en France entre 2009 et 2016, faits qu’il conteste, s’est ouvert lundi 2 mars en son absence devant la cour criminelle départementale de Paris.
Le prédicateur de 63 ans, déjà condamné par la justice helvète pour un viol sur une autre femme, devait comparaître jusqu’au 27 mars devant une cour composée uniquement de juges professionnels. Il encourt jusqu’à vingt ans de réclusion criminelle.
L’avocat général a demandé qu’un mandat d’arrêt international soit émis contre Tariq Ramadan. La cour doit désormais se retirer pour décider si elle émet ou non ce mandat d’arrêt.
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Un non-respect de son contrôle judiciaire?
Tariq Ramadan, qui souffre d’une sclérose en plaques, ne s’est pas présenté à l’audience, étant hospitalisé depuis samedi 28 février à Genève, selon Maître Marie Burguburu, un de ses conseils, qui a lu un courrier du médecin traitant de son client. Elle a demandé à la présidente de la cour de renvoyer le procès à une date ultérieure « pour qu’il puisse être en état de comparaître ».
Or l’islamologue de 63 ans, actuellement soigné en Suisse, est sous le coup d’un contrôle judiciaire lui interdisant de quitter la France sans en informer la justice française. L’avocate a justifié sa présence en Suisse par le fait qu’il vit près de la frontière et effectue « depuis des mois » des visites à Genève au chevet de sa mère, âgée de 93 ans.
Tariq Ramadan a été hospitalisé au cours d’un de ces déplacements. La présidente de la cour a toutefois observé que le contrôle judiciaire imposé à Tariq Ramadan lui impose aussi de vivre à Saint-Denis, près de Paris, et non à la frontière franco-suisse.
Plusieurs rebondissements procéduraux
Après plusieurs rebondissements procéduraux, la cour d’appel de Paris a ordonné en juin 2024 un procès contre cette figure contestée de l’islam européen pour des viols sur trois femmes: un viol aggravé, avec violences et sur personne vulnérable, commis sur « Christelle » (prénom d’emprunt) à Lyon en octobre 2009; un autre viol qui aurait eu lieu en 2012 à Paris sur Henda Ayari, une ex-salafiste devenue militante laïque qui avait déclenché l’affaire en portant plainte en octobre 2017; et un autre sur une troisième femme, remontant à 2016.
Initialement, les juges d’instruction chargés des investigations l’avaient aussi renvoyé en procès pour des viols sur une quatrième femme, Mounia Rabbouj. Mais l’islamologue avait saisi la cour d’appel, qui a finalement écarté le cas de cette dernière.
Elle avait aussi balayé la notion d' »emprise » qui avait imprégné jusqu’alors le dossier, jugeant que ce concept, « au sens d’un stratagème aboutissant à la privation nécessairement totale du libre arbitre », ne pouvait être retenu à aucun stade de la relation entre Tariq Ramadan et les parties civiles.
Pour la cour d’appel, c’est au contraire « la violence qui est principalement mise en avant dans les différents récits » des victimes.
Les plaignantes ont en effet décrit des relations sexuelles particulièrement brutales, résumées ainsi par les juges d’instruction dans leur ordonnance: « la main qui tient et force la tête, le bras qui empêche de bouger ou de se retourner, le poids du corps, le regard de fou, les paroles de domination et de soumission, les ordres, les gestes, cette attitude pour imposer les pénétrations ».
Condamné en appel en Suisse
L’intellectuel avait d’abord nié avoir eu des rapports sexuels avec ces femmes, puis admis à la mi-2018 l’existence de relations adultères, empreintes « de domination », rudes mais « consenties », un tournant majeur dans ce dossier.
Tariq Ramadan a multiplié les offensives procédurales pour réclamer une reprise des investigations et repousser la tenue d’un procès, arguant disposer de nouvelles expertises prouvant selon lui son innocence.
En Suisse, après avoir été acquitté en première instance, il a été condamné en appel en septembre 2024 à trois ans de prison dont un an ferme pour le viol d’une femme dans la nuit du 28 au 29 octobre 2008 dans un hôtel à Genève.
Il a annoncé saisir la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) et a par ailleurs déposé une demande en révision du procès, en cours de traitement selon la justice.

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