Alors que le salon de l’agriculture bat son plein, que Paris se rappelle qu’elle est la capitale d’un pays où la terre a toujours été importante et nourricière, nous avons rencontré différents acteurs qui mêlent technologie de pointe et agriculture. Travaillant sur les robots mous depuis plusieurs années au sein de l’Inria, des chercheurs ont fondé une start-up pour aller encore plus loin dans leurs projets et notamment aider les professionnels du monde de l’agriculture.
Quand la robotique rencontre l’agriculture. Utiles dans de nombreux domaines, les robots peuvent aussi aider les agriculteurs. Pas des robots géants faits de vérins et de plaques d’acier, non, des robotos d’un autre genre.
Des entreprises préfèrent en effet miser sur ce qu’on appelle la robotique molle ou déformable. L’avantage de ces robots: par leur structure, ils peuvent s’adapter à leur environnement bien plus facilement que leurs homologues solides. C’est justement sur ce type de machines que la start-up française Compliance Robotics travaille. À l’occasion du Salon de l’agriculture, BFM Tech vous propose de découvrir les projets de cette jeune pousse pour faciliter le travail du monde de l’agriculture.
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Garder le savoir-faire en France
Compliance Robotics est issue de l’équipe-projet Defrost de l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria), qui planche sur les robots mous depuis 2013, comme le rappelle l’entreprise sur son site.
« La robotique déformable ouvre de nouvelles perspectives en matière d’applications, de réduction des coûts de fabrication, de robustesse, d’efficacité et de sécurité. Cela pourrait constituer un grand saut en avant de la conception des robots dans les années à venir », affirme avec conviction la société depuis des années.
Ayant trouvé des applications concrètes au sein de cette équipe, des chercheurs ont décidé de se réunir autour d’une start-up, née en février 2024, pour garder ces développements et ce savoir-faire en France. « Notre objectif, c’est de créer et de développer ces différents robots, mais on les décline aussi sous forme de préhenseurs. C’est-à-dire qu’on va pouvoir accrocher notre robot à des robots industriels », nous indique Dominique Watier, cofondateur et directeur commercial en charge des partenariats.
Aider les agriculteurs
Plusieurs prototypes de ces préhenseurs ont vu le jour depuis, comme Hollow. Il s’agit d’un système de convoyage se présentant sous la forme d’un bras souple doté d’un tube, à l’intérieur duquel des objets peuvent circuler, notamment des fruits et des légumes.
« Il est équipé d’une membrane à l’intérieur d’une ‘trompe d’éléphant’ qui va permettre de saisir des produits fragiles, en l’occurence destinés à l’agroalimentaire. Là, on a des applications pour des pommes et des endives qui permettent de transférer ces produits à l’intérieur de cette membrane, de les transférer délicatement, mais rapidement pour aller les déposer en douceur dans une caissette », détaille Dominique Watier.
Compliance Robotics y est parvenue grâce à Sofa, une plateforme logicielle disponible en open source et dédiée aux simulations. Hébergée par la fondation Inria, elle permet de créer des jumeaux numériques afin de modéliser des systèmes. C’est ce que la start-up a fait avec Hollow pour les pommes et les endives, notamment en matière de retours d’effort.
Pour le moment, ces projets sont encore en cours de développement, mais Compliance Robotics en a déjà donné un aperçu à des producteurs. En décembre, elle a présenté un mini système de préhension à Barcelone, lors d’un événement encadré par l’association Pink Lady.
Hollow, le robot déformable de Compliance Robotics, peut prendre et déplacer des pommes délicatement. © Capture d’écran / Compliance Robotics
Deux mois plus tard, début février, c’est un système équivalent qu’elle a présenté pour les endives, à l’association de producteurs d’endives du Nord, comme le montre une vidéo publiée sur Linkedin.
Hollow peut aussi prendre et déplacer des endives. © Capture d’écran / Compliance Robotics
Cela n’a peut-être l’air de rien, mais ce n’est pas une mince affaire. Car contrairement aux humains, prendre des objets ou des aliments n’est pas aussi simple pour les robots, qui peuvent par exemple avoir du mal à saisir des oeufs sans les casser. Et ce n’est que le début pour Compliance Robotics, qui vise une première mise sur le marché de Hollow en 2027, comme l’a indiqué son cofondateur et PDG, Christian Duriez. En attendant, elle cherche à rendre son système plus mature et à l’étendre à d’autres produits.
« On sait qu’il y a des applications avec d’autres fruits et légumes sur lesquels on pourrait véritablement se distinguer parce qu’on parle par exemple des poireaux, des salades, des choses qui sont un peu sensibles à prendre », fait savoir Dominique Watier.
Mais surtout, de tels systèmes seraient d’une grande aide pour les agriculteurs. « On a rencontré des producteurs de tomates qui nous ont dit qu’ils manquaient cruellement de main-d’oeuvre et qu’aujourd’hui, ils pourraient produire 20% de plus, mais qu’ils n’ont pas les cueilleurs pour au moment de la récolte », souligne le directeur commercial de Compliance Robotics.
Travailler avec les humains
Autre avantage de la robotique déformable: par leur structure, ces machines peuvent aussi travailler aux côtés d’humains sans être aussi dangereux que leurs homologues solides. « On va vraiment avoir une notion de collaborativité avec le robot », s’enthousiasme Dominique Watier, faisant référence à ce qu’on appelle la cobotique aujourd’hui, soit la collaboraion entre un homme et un robot dans la réalisation de tâches.
En dehors de la récolte de fruits et de légumes, la jeune pousse a d’autres projets. Elle s’intéresse également au désherbage, précise Dominique Watier sans donner plus de détails. Ce n’est d’ailleurs pas la seule. Depuis quelques années déjà, d’autres proposent des robots désherbeurs pour aider les agricultueurs, leur permettant de ne pas réaliser cette tâche pénible à la main et de ne pas recourir à des produits chimiques.
S’intéressant en outre à d’autres secteurs comme l’aéronautique, le ferroviaire ou encore la défense, Compliance Robotics pourra compter sur le soutien de l’État pour avancer dans ses projets. La jeune pousse fait en effet partie des 23 premiers lauréats du dispositif « Pionniers de l’IA » du gouvernement dévoilés début février.
« Le projet Deform-IA de Compliance Robotics (…) ouvrira des nouveaux cas d’usage de robots, dont l’IA permettra de les rendre autonomes dans la manipulation d’objets fragiles », est convaincu le gouvernement.
La start-up compte sur ce financement pour rendre son robot Hollow plus adaptable. « Cette IA va nous permettre de définir encore mieux le robot en fonction des applications et de l’environnement dans lequel il va évoluer », s’est réjoui son directeur commercial.

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