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Au Venezuela, une loi d’amnistie adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale

Des proches de détenus devant le siège du Service bolivarien de renseignement national, à Caracas, le 19 février 2026. PEDRO MATTEY/AFP

Une loi historique d’amnistie permettant la libération des détenus politiques au Venezuela a été approuvée à l’unanimité, jeudi 19 février, par l’Assemblée nationale, moins de deux mois après la capture du président Nicolas Maduro le 3 janvier lors d’une opération militaire des Etats-Unis.

La présidente par intérim, Delcy Rodriguez, l’a promulguée dans la soirée. « Il faut savoir demander pardon et il faut aussi savoir recevoir le pardon », a-t-elle dit depuis le palais présidentiel de Caracas, ajoutant : « Nous ouvrons de nouvelles voies pour la politique au Venezuela. »

Son frère, le président de l’Assemblée, Jorge Rodriguez, l’avait promise à la fin de janvier sous la pression des Etats-Unis. Les députés ont approuvé à l’unanimité les trois articles qui avaient fait l’objet d’intenses discussions lors du report du débat le 12 février, pendant ces derniers jours et même jusqu’à jeudi avant la séance parlementaire qui a commencé avec plus de deux heures de retard.

L’amnistie couvre des faits s’étant produits pendant treize périodes précises (manifestations et répression) alors que certains espéraient qu’elle couvre la période 1999-2026 et les présidences de Hugo Chavez (1999-2013) et Nicolas Maduro (2013-2026).

Alors que le pouvoir mentionnait à plusieurs reprises la participation à des « faits violents », l’opposition a fait changer le texte pour évoquer la participation à des « manifestations et faits violents ». La loi prévoit également que les exilés pourront mandater des personnes devant la justice et « qu’après le dépôt de la demande d’amnistie, la personne ne pourra pas être privée de liberté pour les faits prévus par la présente loi », dit le texte.

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Le cas Maria Corina Machado, cheffe de l’opposition

La loi d’amnistie ne bénéficiera pas comme prévu aux personnes ayant commis des « violations graves des droits de l’homme, crimes contre l’humanité et crimes de guerre (…) homicides (…) trafic de drogue (…) infractions prévues dans la loi contre la corruption ». Mais, elle exclut aussi les personnes ayant « promu, instigué, sollicité, invoqué, favorisé, facilité, financé ou participé » à des « actions armées » contre le Venezuela, ce qui pourrait exclure de nombreux membres de l’opposition dont sa cheffe et Nobel de la paix, Maria Corina Machado, qui ont soutenu l’intervention américaine du 3 janvier.

« Il n’est pas inutile de rappeler que l’histoire est en train de s’écrire en ce moment même », avait déclaré avant son adoption sur X Gonzalo Himiob, directeur de Foro Penal, qui défend les prisonniers politiques. Selon l’ONG, si le pouvoir a fait libérer près de 450 prisonniers politiques, plus de 600 restent encore emprisonnés. Des dizaines de familles campent devant les établissements pénitentiaires depuis le 8 janvier et les promesses de libération. L’amnistie éteint notamment les actions judiciaires contre les personnes sorties de prison ces derniers jours et celles qui étaient en liberté conditionnelle.

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« Le projet de loi d’amnistie pourrait être crucial pour les victimes et leurs familles, ainsi que pour la société vénézuélienne dans son ensemble », avaient estimé avant la séance des experts des Nations unies. Selon eux, « la loi doit se limiter aux victimes de violations des droits de l’homme et exclure expressément les personnes accusées de violations graves des droits de l’homme et de crimes contre l’humanité, y compris les acteurs étatiques, paramilitaires et non étatiques ».

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Fin d’une grève de la faim de proches de détenus

Les proches de détenus politiques incarcérés à la prison de Zona 7 de Caracas, qui avaient entamé une grève de la faim, ont tous cessé leur mouvement après l’annonce. Exaspérées par les libérations au compte-gouttes, dix femmes avaient commencé une grève de la faim samedi, une seule la poursuivait jeudi. Elle a cessé son action après 136 heures de jeûne selon un tableau accroché près des grévistes.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, l’opposant vénézuélien Juan Pablo Guanipa a annoncé sa libération définitive à la faveur de la loi d’amnistie. « Je confirme que je suis pleinement en liberté », a écrit sur le réseau social X M. Guanipa, allié de Maria Corina Machado. Libéré le 8 février après avoir passé neuf mois derrière les barreaux pour « conspiration », M. Guanipa avait été à nouveau arrêté au bout de deux heures sous l’accusation d’avoir violé les termes de sa libération conditionnelle, et se trouvait depuis aux arrêts domiciliaires.

Le débat à l’Assemblée s’est tenu au lendemain d’une visite à Caracas du chef du commandement militaire américain pour l’Amérique latine et les Caraïbes (Southcom), le général Francis Donovan. Il a rencontré, mercredi, Delcy Rodriguez et deux de ses ministres.

Mme Rodriguez a déjà cédé à Washington le contrôle du pétrole et progresse dans la reprise des relations bilatérales, rompues en 2019. Elle a également promis une réforme judiciaire après avoir fait approuver une nouvelle loi sur les hydrocarbures ouvrant le secteur au privé.

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Le Monde avec AFP

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