David Greene, ancien animateur star de NPR, la radio publique américaine, poursuit en justice Google. Il allègue que son outil NotebookLM aurait cloné sa voix sans autorisation. Des accusations réfutées par le géant américain.
Jusqu’à l’automne 2024, David Greene n’avait jamais entendu parler de NotebookLM, l’outil d’intelligence artificielle développé par Google capable de générer des podcasts personnalisés à partir de n’importe quel document.
A cette époque, un ancien collègue lui envoie un mail pour lui demander s’il avait prêté sa voix au logiciel. « Alors… je suis probablement la 148ᵉ personne à poser cette question, mais as-tu autorisé Google à utiliser ta voix? On dirait vraiment ta voix! », lui lance-t-il.
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J’étais complètement paniqué
Il faut dire que la voix de baryton de l’ancien animateur star de NPR est reconnaissable entre mille. Depuis ses débuts à Pittsburgh, où il imitait le commentateur de l’équipe de baseball de la ville, en passant par les annonces du matin de son lycée qu’il transformait en mini-émissions radio, il a sculpté sa voix pour devenir animateur de radio et podcasts. Dans Morning Edition (NPR), il a éveillé quotidiennement quelque 13 millions d’auditeurs entre 2012 et 2020, faisant de l’émission le programme d’information radio le plus populaire des États-Unis.
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Le journaliste file alors écouter le podcast… et c’est le choc. La production met en scène deux co-animateurs virtuels, un homme et une femme, échangeant des plaisanteries. La voix de l’homme ressemble comme deux gouttes d’eau à la sienne. Elle reproduit son rythme, son intonation, et même ses tics de langage comme « euh » et « genre » qu’il s’est efforcé de minimiser au fil des ans. La ressemblance l’a tellement surpris qu’il l’a fait écouter à sa femme, tout aussi décontenancée. « J’étais complètement paniqué, raconte-t-il au Washington Post. C’est un moment étrange où l’on a l’impression de s’écouter parler. »
L’idée que cette voix soit reproduite artificiellement l’inquiète. « Ma voix, c’est un peu la partie la plus importante de qui je suis », affirme-t-il. D’autant que l’outil peut être utilisé pour propager des contenus complotistes ou mensongers.
« J’ai lu un article dans le Guardian expliquant comment cet outil de podcast peut servir à diffuser des théories du complot et à donner du crédit aux aspects les plus odieux de notre société. Qu’un outil qui me ressemble soit utilisé à cette fin est vraiment inquiétant », alerte-t-il.
Une plainte contre Google
Convaincu d’une usurpation, David Greene dépose plainte en janvier 2026 devant un tribunal du comté de Santa Clara, en Californie. Il accuse l’entreprise d’avoir violé ses droits en créant un outil qui reproduit sa voix sans son accord ni rémunération. De quoi permettre aux utilisateurs de lui faire dire des choses qu’il n’aurait jamais prononcées.
Sur les réseaux, le débat fait rage. Certains reconnaissent David Greene, d’autres Leo Laporte ou Dax Shepard. De son côté, Google se montre très clair: « Ces allégations sont sans fondement », assure son porte-parole José Castañeda. « La voix masculine utilisée dans NotebookLM est celle d’un acteur professionnel rémunéré par Google. »
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Mais ça, Joshua Michelangelo Stein, avocat de l’animateur radio, en doute. L’avocat s’appuie notamment une analyse forensique, qui consiste à examiner des preuves de façon scientifique pour comprendre ce qui s’est passé et identifier les responsables. Elle estime entre 53 et 60% la probabilité que la voix de l’animateur ait servi de base à l’entraînement, un niveau jugé « relativement élevé » pour ce type de comparaison.
Plusieurs précédents
Selon James Grimmelmann, professeur de droit à l’université Cornell, la justice devra déterminer à quel point une voix générée par IA doit ressembler à l’original pour constituer une contrefaçon et si cette ressemblance cause un préjudice réel.
Les experts notent toutefois que le journaliste n’a pas besoin de prouver que la voix de l’IA est identique à 100% à la sienne pour construire un dossier solide. Des précédents existent, comme le procès de Bette Midler contre Ford Motor Company en 1988 pour une publicité qui avait eu recours à un comédien de doublage imitant sa voix. David Greene devrait démontrer qu’un nombre suffisant d’auditeurs confondent cette voix avec la sienne pour que cela nuise à sa réputation ou à ses possibilités d’en tirer profit.
Le cas du podcasteur est loin d’être une exception. Voix truquées à des fins politiques, OpenAI accusé par Scarlett Johansson d’avoir copié sa voix, deepfake de Taylor Swift… Les entreprises d’IA sont régulièrement accusées d’enfreindre les droits d’auteur ou la propriété intellectuelle pour entraîner leurs modèles de langage.
En France, les comédiens de doublage s’organisent. En décembre 2024, plusieurs stars du doublage françaises sont mobilisés contre l’IA sous le hashtag « TouchePasMaVF ». Ils exigent un consentement écrit préalable contre le clonage vocal par des outils d’IA. Début février 2026, huit comédiens de doublage, dont les voix françaises de Harrison Ford, Julia Roberts ou Angelina Jolie, ont adressé des mises en demeure à Voice Dub et Fish Audio, deux sociétés américaines d’intelligence artificielle.

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