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La Russie confirme avoir bloqué Whatsapp, « réticente » à appliquer la loi, et pousse ses citoyens à utiliser MAX, l’application du Kremlin, ou « des pigeons voyageurs »

L’administration russe a justifié ce blocage par la « réticence » de Whatsapp à respecter la loi. Dans le même temps, Moscou invite ses habitants à se tourner vers la messagerie locale MAX, mais certains parviennent toujours à utiliser celle de Meta.

Whatsapp n’est plus la bienvenue en Russie. Le Kremlin a décidé de bloquer la messagerie américaine, très populaire dans le pays, du fait de la « réticence » de l’entreprise à respecter la loi russe, a confirmé jeudi le pays, au moment où Moscou cherche à promouvoir une application locale plus facile à contrôler.

Selon le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov, l’autorité de régulation a pris la décision de bloquer Whatsapp et l’a « mise en oeuvre ». La filiale du groupe américain Meta avait déjà dénoncé, mercredi, une tentative de la Russie de la « bloquer complètement ».

« Chercher à priver plus de 100 millions d’utilisateurs d’une communication privée et sécurisée constitue un recul qui ne peut que réduire la sécurité des personnes en Russie », a alerté la messagerie.

Un blocage pas encore uniforme

Pour l’heure, le blocage n’est pas uniforme sur le territoire russe. Un journaliste de l’AFP a ainsi pu joindre jeudi sur Whatsapp des personnes en Russie n’utilisant pas de VPN.

« Toutes ces ambiguïtés juridiques doivent être réglées dans le cadre légal et ne pas affecter les citoyens », plaide Ekaterina, une actrice de 47 ans qui affirme avoir aussi réussi à se connecter sur Whatsapp sans utiliser de VPN.

« Pour l’instant, il semble que cela fonctionne toujours, mais nous espérons que cette décision sera annulée », ajoute-t-elle.

Le régulateur russe a également imposé cette semaine des restrictions sur l’application Telegram, lui reprochant de violer la loi russe, dans un contexte de répression plus large menée contre les réseaux sociaux basés à l’étranger. Avec Whatsapp, c’est l’un des services de messagerie les plus populaires en Russie. L’été dernier, Moscou avait déjà interdit aux utilisateurs de passer des appels sur les deux applications.

Alternative russe

Dmitri Peskov a dans le même temps appelé les Russes à utiliser comme alternative l’application russe MAX, lancée en 2025, la présentant comme une « messagerie nationale en émergence ». Proposée par le géant russe des réseaux sociaux VK, elle est présentée comme une super application donnant accès autant à des services de l’administration qu’à des commerces en ligne.

Mais MAX ne propose pas de cryptage de bout en bout des conversations et des avocats craignent que l’application ne devienne un puissant outil de surveillance. Revendiquant plus de 75 millions d’utilisateurs, la messagerie est aussi beaucoup moins populaire que Whatsapp et Telegram pour le moment.

Interrogée par l’AFP, une Moscovite a rapporté que cette alternative, qui revendique plus de 75 millions d’utilisateurs, avait de fait déjà remplacé Whatsapp depuis près de deux mois dans les échanges avec l’école de sa fille. Elle raconte que le professeur principal de sa fille leur a annoncé fin décembre que « toute la communication liée aux activités scolaires des enfants se ferait désormais via l’application MAX », car « Whatsapp ne marchait plus du tout ».

« Les enfants ont aussi leur propre ‘chat’ de la classe sur MAX et utilisent cette appli pour échanger des messages et des photos entre amis », ajoute cette femme, sous couvert d’anonymat.

Natalia Nikolaeva, 23 ans, pense, elle, que ces restrictions nuisent aux échanges avec les personnes âgées qui « ne peuvent tout simplement pas passer » à l’utilisation de nouveaux moyens de communication.

Interrogé dans le centre de Moscou jeudi, Vilguelm, ingénieur de 32 ans, balaye pour sa part toute crainte d’un isolement de la population russe, du fait des restrictions croissantes visant les moyens de communication étrangers.

« Il est peu probable, compte tenu du poids international de la Russie et de ce qu’elle représente pour le commerce mondial, que nous nous retrouvions dans une situation à la nord-coréenne où tout serait complètement bloqué », estime-t-il.

Cet homme qui ne donne que son prénom juge néanmoins préoccupant que les autorités promeuvent « activement » MAX. « Tout cela paraît un peu trop alléchant », dit-il, précisant qu’il teste des alternatives, notamment une application sud-coréenne.

Vilguelm, l’ingénieur moscovite rencontré par l’AFP, ne semble également pas plus inquiet que cela à ce stade. Il est « curieux » de savoir quelles alternatives s’imposeront. « S’il le faut, j’utiliserai des pigeons voyageurs », ironise-t-il.

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