La Commission européenne a dévoilé, mercredi 11 février, son plan de lutte anti-drone. L’objectif? Mieux détecter, encadrer et donc contrer les drones représentant une menace. Bruxelles prévoit une enveloppe de 250 millions d’euros.
En septembre 2025, une vingtaine de drones non identifiés ont violé l’espace aérien polonais. « Un acte d’agression », pour le centre de commandement de l’armée polonaise. Des chasseurs de l’Otan en abattent quelques-uns à coup de missiles à un million d’euros pièce. Le premier incident d’une très longue liste.
Dans les semaines qui suivent, des survols suspects ont perturbé les aéroports de Copenhague, Munich et Bruxelles et provoqué retards et annulations en pagaille. Des sites militaires sont également approchés. En Lituanie, des ballons météorologiques utilisés pour la contrebande de cigarettes viennent perturber le trafic aérien.
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Une base de données commune
Sans qu’aucune implication ne soit officiellement établie, tous les regards se tournent vers la Russie. Surtout, ces incidents ont mis en lumière la faiblesse des moyens de l’OTAN ou de l’UE pour lutter contre les drones. Et Bruxelles en est bien consciente. Mercredi 11 février, la Commission européenne a présenté un plan d’action pour reprendre la main sur cette menace aérienne diffuse, rapporte Euractiv.
« Bien trop souvent, nous avons été trop lents, nous avons été trop pris de court par la menace que représentent les drones » observe Magnus Brunner, le commissaire européen aux Affaires intérieures, lors de la conférence de presse.
Première étape, mieux traquer les drones civils en circulation. Les États membres ont déjà l’obligation d’enregistrer les appareils, mais l’application reste inégale. Bruxelles veut donc durcir les règles et créer une base de données commune pour identifier clairement les propriétaires.
Le seuil d’enregistrement obligatoire serait abaissé de 250 grammes à 100 grammes. En effet, de nombreux modèles vendus dans le commerce pèsent 249 grammes, soit juste sous la limite actuelle. Un moyen habile d’échapper à cette identification obligatoire. Or la miniaturisation de ces dernières années a permis à des petits drones d’avoir un fort potentiel de destruction. La Commission souhaite également instaurer un label « EU Trusted Drone » (“Drone de confiance de l’UE ») pour certifier les appareils considérés comme sûrs.
Drones, pétroliers… Une nouvelle forme de guerre ? – 29/11
Surtout, la Commission européenne entend accélérer la détection des intrusions dans l’espace aérien. Pour garantir la capacité des Etats membres à stopper un drone qui s’approcherait d’une zone sensible, l’UE les invite à mieux cartographier les zones sensibles, notamment des centrales nucléaires, des bases militaires ou encore des infrastructures énergétiques. La Commission recommande à chaque État membre de désigner un coordinateur national chargé de piloter la réponse face aux drones hostiles.
Des antennes 5G transformées
Mais la véritable révolution pourrait venir… des réseaux mobiles. En effet, l’UE ambitionne d’exploiter les antennes utilisées pour les communications 5G comme outils de détection. En effet, ces antennes peuvent être configurées comme des capteurs radar pour détecter la position spatiale d’objets volants, comme les drones ou encore les ballons.
L’objectif? Bâtir un système civil de surveillance complémentaire aux radars militaires existants, couvrant les infrastructures stratégiques dans toute l’Union Européenne pour mieux repérer les drones, les suivre, et si nécessaire… les neutraliser.
« Les drones malveillants connectés à notre réseau 5G doivent être rapidement identifiés, suivis et neutralisés. Et les drones non connectés peuvent être détectés grâce à la détection cellulaire », souligne Henna Virkkunen, vice-présidente de la Commission chargée de la Sécurité, lors de la conférence de presse.
Grâce à une technologie dite ISAC (Integrated Sensing and Communication), actuellement testée dans les laboratoires de recherche, les antennes radio de nouvelle génération pourraient émettre des ondes supplémentaires capables de détecter des objets volants, même non connectés aux réseaux classiques, détaille un haut fonctionnaire de l’UE à Euractiv.
Concrètement, une partie de l’énergie des antennes serait détournée afin de repérer les drones ne disposant ni de carte SIM enregistrée, ni de lien avec un opérateur reconnu par l’Agence européenne de la sécurité aérienne. À terme, les futurs réseaux 6G pourraient intégrer nativement ces capacités de détection, ajoute le plan d’action.
Souveraineté technologique
Bruxelles veut ainsi lancer un appel aux pays intéressés pour coopérer dans le cadre de marchés publics communs pour les systèmes anti-drones, a précisé la Commission dans un communiqué. L’Ukraine, forte de son expertise acquise sur le champ de bataille, sera associée au projet afin de « tirer les leçons de son expérience », ajoute Henna Virkkunen.
Cette initiative s’inscrit dans une logique plus large de souveraineté technologique. Dès septembre dernier, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, avait évoqué la création d’un « mur anti-drones » le long de la frontière orientale de l’UE avec la Russie.
« L’Europe doit développer des solutions locales » pour renforcer sa souveraineté et sa sécurité, a insisté Henna Virkkunen. Le plan entend ainsi éviter au maximum de dépendre de solutions étrangères. Aujourd’hui, des entreprises américaines comme Palantir Technologies déploient des logiciels de détection de drones basés sur l’IA, notamment en Ukraine.
La Commission estime d’ailleurs que l’UE dispose d’atouts industriels solides pour développer sa propre alternative. Les équipementiers télécoms Ericsson et Nokia sont présentés comme en pointe sur les technologies ISAC. Les infrastructures européennes d’entraînement de modèles d’IA pourraient également servir de socle aux futurs systèmes de détection.
Des millions d’euros sur la table
Côté financement, Bruxelles prévoit une enveloppe de 250 millions d’euros pour renforcer la production européenne de drones et de systèmes anti-drones. 150 millions d’euros vont également être alloués à Frontex, l’agence européenne pour les frontières extérieures de l’UE, basée à Varsovie, pour renforcer la surveillance aérienne aux confins de l’Union.
Au-delà de ces mesures immédiates, Bruxelles envisage aussi d’adapter le cadre réglementaire. La future loi sur les réseaux numériques (Digital Networks Act, DNA) pourrait réserver une bande de fréquences dédiée à la détection des drones, intégrant la sécurité directement dans l’architecture télécom européenne.
Autrement dit, l’idée est de transformer les infrastructures civiles en une gigantesque couche de capteurs répartis sur tout le territoire européen. Reste à voir si cette solution saura aller plus vite que les menaces qu’elle est censée contrer.

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