S’adressant aux victimes de Jeffrey Epstein, le Premier ministre britannique Keir Starmer s’est dit « désolé » ce jeudi 5 février « d’avoir cru aux mensonges » de Peter Mandelson et de l’avoir nommé ambassadeur à Washington malgré ses liens avec le pédocriminel. Il a toutefois écarté une démission du gouvernement.
Le Premier ministre britannique Keir Starmer voit son avenir politique menacé par les répercussions de l’affaire Epstein. Le chef du gouvernement s’est excusé ce jeudi 5 février pour avoir nommé Peter Mandelson comme ambassadeur à Washington malgré ses liens avec le criminel sexuel.
S’adressant aux victimes, le dirigeant travailliste – qui fait face à une crise de confiance et d’autorité inédite – s’est dit « désolé d’avoir cru aux mensonges de (Peter) Mandelson et de l’avoir nommé », lors d’un discours prononcé à Hastings, dans l’est de l’Angleterre. L’ancien ambassadeur a été nommé par Keir Starmer, puis limogé en septembre dernier après sept mois à Washington.
Le Premier ministre a toutefois déclaré qu’il entendait « continuer » à diriger le gouvernement, malgré les appels à la démission. « J’ai l’intention de continuer à faire ce travail essentiel pour notre pays », a-t-il souligné avant d’ajouter: « nous devons rester concentrés sur la raison pour laquelle ce gouvernement a été élu, changer ce pays en mieux ».
Alors que depuis des semaines les rumeurs de manœuvres pour le remplacer se multiplient, des députés travaillistes, cités anonymement dans la presse britannique, n’écartent plus désormais l’éventualité d’un départ de Keir Starmer.
Jeudi, les journaux s’interrogeaient sur son futur à Downing Street, évoquant un Premier ministre qui « se bat pour son avenir » (The Times), en « grave danger » (Daily Mail) ou encore « isolé » (the i) dans sa propre majorité.
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« Aucun d’entre nous ne connaissait l’étendue et la noirceur de cette relation »
La veille, Keir Starmer avait déjà reconnu devant le Parlement qu’il était au courant de liens entre le criminel sexuel américain et Peter Mandelson, mais a accusé son ex-ambassadeur d’avoir « menti de façon répétée » sur l’étendue de ces liens. « On savait depuis un certain temps que Mandelson connaissait Epstein, mais aucun d’entre nous ne connaissait l’étendue et la noirceur de cette relation », a-t-il affirmé jeudi.
Arrivé à Downing Street en juillet 2024, Keir Starmer avait promis d’en finir avec les scandales à répétition qui ont marqué les dernières années des gouvernements conservateurs. Mais en 18 mois, il a été contraint à de nombreuses volte-face sur son programme économique et social et a dû se séparer de plusieurs ministres mis en cause dans diverses affaires, autant de déboires qui ont largement entamé son crédit politique et sa popularité.
Après les dernières révélations issues des documents publiés par le ministère américain de la Justice, Peter Mandelson est désormais sous le coup d’une enquête de police, soupçonné d’avoir transmis des informations financières sensibles à Epstein alors qu’il était membre du gouvernement de Gordon Brown entre 2008 et 2010.
Pour les Britanniques, « ce gouvernement est tout aussi chaotique que le précédent », et « l’affaire Mandelson semble encore accentuer ce phénomène », souligne auprès de l’AFP Luke Tryl, directeur pour le Royaume-Uni du think tank More in Common. La crise a même fait tanguer la livre sterling jeudi, et grimper le taux d’emprunts des bons du Trésor britannique, réveillant le souvenir de l’ex-Première ministre Liz Truss, contrainte de démissionner en 2022 après avoir alarmé les marchés.
L’opposition conservatrice demande aussi la tête du directeur de cabinet et plus proche conseiller du Premier ministre, Morgan McSweeney, accusé d’avoir poussé la candidature de Peter Mandelson.
À moins de deux mois d’élections locales à haut risque
Ces difficultés tombent mal pour Keir Starmer, à moins d’un mois d’une élection législative partielle dans le nord-ouest de l’Angleterre et à deux mois d’élections locales à haut risque avec la montée en puissance du parti anti-immigration Reform UK de Nigel Farage. Ce dernier a qualifié l’affaire de « plus gros scandale de la politique britannique depuis plus d’un siècle ».
Pour sa défense, le gouvernement assure avoir respecté les règles de vérification pour la nomination de l’ex-ambassadeur. « Le responsable, ici, n’est ni le Premier ministre ni son équipe. C’est Peter Mandelson qui a menti, manipulé et trompé tout le monde », a affirmé sur Sky News le ministre du Logement Steve Reed, fidèle du Premier ministre, dépêché dans les médias jeudi matin pour défendre la position du gouvernement.
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Mercredi, la tension était montée d’un cran lors d’un débat électrique à la chambre des Communes, autour d’une motion déposée par les conservateurs pour réclamer la publication des documents sur le processus de nomination et de révocation de Peter Mandelson.
Après avoir d’abord tenté de restreindre cette publication en invoquant un préjudice potentiel pour la sécurité nationale, le gouvernement a dû se résoudre – sous la pression de ses propres députés – à accepter de transmettre tous les documents à une commission parlementaire. Des députés travaillistes furieux ont critiqué « l’erreur de jugement » du Premier ministre et exprimé leur « colère », et même leur « honte » face à la manière dont le gouvernement a géré cette affaire.

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