Des ouvriers vénézuéliens manifestent pour soutenir la réforme sur le pétrole et exiger la libération du président Nicolas Maduro, enlevé par les Etats-Unis. Devant le palais de Miraflores, à Caracas, le 29 janvier 2026. GABY ORAA/REUTERS
Le pétrole vénézuélien est sur le point de basculer dans une nouvelle ère à la faveur de la promulgation d’une loi et de l’annonce par Washington de la suspension partielle des sanctions le visant depuis 2019. « Nous effectuons des pas historiques (…) J’ai reçu aujourd’hui un appel du président des Etats-Unis, Donald Trump, et de son secrétaire d’Etat, Marco Rubio », a lancé, jeudi 29 janvier, la présidente par intérim, Delcy Rodriguez, lors d’une manifestation pro-pouvoir des employés du secteur des hydrocarbures.
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Moins d’un mois après la spectaculaire intervention militaire américaine qui a conduit, le 3 janvier, à la capture du président Nicolas Maduro, Washington a décidé de lever les sanctions qui pesaient sur la société d’Etat Petroleos de Venezuela (PDVSA), autorisant de facto les entreprises américaines à commercer avec le géant pétrolier public. Les transactions opérées par PDVSA, ainsi que celles des sociétés dont le groupe détient au moins 50 % des parts, sont désormais « autorisées », affirme le ministère des finances américain.
Dans le même temps, Donald Trump a annoncé, jeudi, avoir demandé la réouverture de l’espace aérien du Venezuela aux vols commerciaux. « Les citoyens américains vont, dans très peu de temps, être en mesure d’aller au Venezuela et ils y seront en sécurité. [Le pays] est sous un contrôle très ferme », a précisé le président républicain, disant lui aussi avoir discuté avec son homologue vénézuélienne.
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« Bond historique »
L’annonce de la suspension des sanctions américaines est venue quelques minutes à peine après l’adoption par l’Assemblée nationale vénézuélienne de la réforme de la loi sur les hydrocarbures, qui ouvre le secteur pétrolier au privé et bouleverse complètement le modèle hérité de l’ex-président Hugo Chavez (1999-2013), d’inspiration socialiste. Pour de nombreux analystes, ce changement a été opéré sous la pression des Etats-Unis.
« L’objectif principal de cette loi est que nous cessions de dire que nous avons les réserves les plus importantes [du monde] pour commencer à dire que nous comptons parmi les principaux producteurs de pétrole de toute cette planète », a lancé le président de l’Assemblée, Jorge Rodriguez, frère de la présidente par intérim. Cette législation permet au pays de réaliser un « véritable bond historique, qualitatif », a vanté Delcy Rodriguez.
Le président de l’Assemblée nationale du Venezuela, Jorge Rodriguez, tient un exemplaire du projet de loi de réforme sur les hydrocarbures, à l’Assemblée nationale, à Caracas, le 29 janvier 2026. FEDERICO PARRA / AFP
L’exploitation pétrolière était jusqu’ici l’apanage du secteur public ou d’entreprises mixtes dans lesquelles l’Etat détenait la majorité. La réforme de la loi par M. Chavez, en 2006, a limité l’activité des acteurs privés, imposant une participation majoritaire du public dans toutes les entreprises, fixant des impôts élevés.
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Le nouveau texte autorise la signature de contrats permettant aux entreprises privées d’exploiter, de distribuer et de commercialiser la production sans participation de l’Etat. Il doit aussi dynamiser l’exploration, réservée jusqu’ici à ce dernier. Les différents impôts vont être remplacés par une contribution unique maximale de 15 % ainsi que par des redevances maximales (royalties) de 30 % des revenus bruts.
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L’idée est d’avoir de la flexibilité : l’exécutif déterminera les taux d’imposition selon les projets. L’Etat peut ainsi par exemple baisser les impôts si un projet n’est pas aussi rentable que prévu ou a pris du retard, puis les augmenter quand celui-ci fonctionne bien.
Les plus grandes réserves de pétrole de la planète
Jadis baptisé « Venezuela saoudite » quand il était un acteur important du marché mondial, le pays, qui dispose des plus grandes réserves de pétrole de la planète, produit selon les autorités quelque 1,2 million de barils par jour. Des années de mauvaise gestion et de corruption ont en effet fait passer la production d’un pic de plus de 3 millions de barils par jour au début des années 2000 à un plus bas historique de 350 000 barils par jour en 2020.
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Pour Rafael Ramirez, ex-ministre du pétrole de M. Chavez, accusé de corruption et exilé en Italie, la nouvelle législation constitue un « énorme recul » pour le pays sud-américain, qui avait nationalisé son industrie en 1976, sous la présidence du social-démocrate Carlos Andres Perez. La réforme « se fait malheureusement sans débat et de manière accélérée », a-t-il regretté sur X.
Pendant le débat à l’Assemblée nationale, le pouvoir vénézuélien avait organisé une manifestation de travailleurs du secteur dans Caracas. Ces derniers espèrent que les investissements étrangers vont revitaliser le secteur et permettre des augmentations de leurs revenus extrêmement faibles.
Les analystes s’attendent à ce que le flux de devises généré par le secteur pétrolier permette de mettre un coup d’arrêt à la spirale inflationniste.
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Le Monde avec AFP

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