« Michiko Jinuma, 20 ans, étudiante en mode, se rend en ville », Tokyo (Japon), 1951, Werner Bischof.
Le jour se lève et j’ai déjà une heure de train derrière moi. Aujourd’hui, je serai, une fois de plus, la première arrivée à l’école, toujours à l’heure. Un des avantages de vivre en dehors de la ville. De manière générale, d’ailleurs, je n’ai aucun mal à trouver les avantages dans les situations de vie. C’est dans ma nature, je suis positive. Au-delà du fait que c’est ce qu’on attend des jeunes filles, c’est quelque chose que mon esprit sait faire sans effort.
Dans le train, à l’aube, il y a le pouvoir des paysages qui défilent derrière la fenêtre. Rien que ça. Et déjà. La nature qui se débat et ne se laisse pas capturer, les couleurs compressées, simplifiées par le mouvement, tout me plaît et me pousse à penser sans brides. Le train trace entre les montagnes et j’ai des idées nouvelles. Pas forcément bonnes, mais nouvelles.
Il suffit que je promène mon regard entre le dehors et les visages qui m’entourent, chaque jour, toujours les mêmes, têtes baissées, prêts à être avalés par la grande ville. Rien qu’à les regarder, je les entends. A force de la guerre, à force d’avoir vu des gens attendre et souffrir en silence, j’ai appris à écouter les visages chuchoter leurs histoires.
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