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« J’aimerais que ça n’existe pas »: l’émotion d’Adèle Haenel au procès en appel du réalisateur Christophe Ruggia pour agression sexuelle

Condamné en première instance à quatre ans de réclusion dont deux avec sursis, le cinéaste avait fait appel du jugement. Ce vendredi 23 janvier, Adèle Haenel a à nouveau livré un témoignage fort, empreint de colère à l’encontre du réalisateur qu’elle accuse d’agressions sexuelles entre ses 12 et ses 15 ans.

Elle a parlé dans l’espoir de « remettre le monde à l’endroit ». De réaffirmer son statut de victime face à Christophe Ruggia, qui nie toujours l’avoir agressée sexuellement et avoir exercé une emprise sur elle, de ses 12 à ses 15 ans. Au procès en appel du réalisateur qui lui a donné son premier rôle au cinéma en 2001 alors qu’elle était enfant, Adèle Haenel a décliné la liste des traumatismes qui l’assaillent depuis le tournage et la période de promotion du film Les Diables.

En première instance, le cinéaste avait été condamné à quatre ans de prison dont deux avec sursis, fin 2024. La cour l’avait reconnu coupable d’avoir, notamment lors des années qui ont suivi le tournage du long-métrage, agressé sexuellement la jeune actrice, qui se rendait à son domicile presque tous les samedis après-midi. Un jugement duquel il avait fait appel.

Prévu à l’origine sur la seule après-midi du 19 décembre dernier, ce procès en appel avait pris du retard et sa seconde moitié, à savoir l’audition de la comédienne, les réquisitions et plaidoiries, avait été renvoyée.

Affaire Adèle Haenel: le réalisateur Christophe Ruggia condamné pour agressions sexuelles sur mineure

« J’aimerais que ça n’existe pas »

C’est l’air concentré qu’Adèle Haenel s’avance donc à la barre ce vendredi, tailleur sombre sur chemise verte. Elle revient d’abord sur l’attitude de Christophe Ruggia le 19 décembre, estimant que ce dernier s’était maintenu dans le « déni » et les « mensonges ». « Il m’a semblé pendant toute cette audience que Monsieur Ruggia avait avoué une partie des faits tout en niant sa responsabilité dans ces faits », indique-t-elle en préambule.

Après un début hésitant, sa voix et son récit dévoilent une forme d’urgence. Elle déroule les conséquences de cette affaire sur sa vie, des impacts qu’elle dit avoir « tendance à minimiser » pour mieux se protéger.

« Ça me fout la honte d’être marquée à ce point. J’aimerais que ça n’existe pas. J’ai tendance à minimiser, parce que pour moi, c’est une manière de repousser l’importance que ça a dans ma vie », dépose-t-elle.

« La honte doit change de camp »

Face à la cour, Adèle Haenel se dit « atterrée de constater à quel point [le prévenu] se place en victime », exprimant son dégoût face aux « déclarations poisseuses, sexualisantes, nébuleuses » du cinéaste à l’encontre de la petite fille qu’elle était.

« C’est extrêmement dur à entendre, les commentaires sur mon physique, sur mon orientation sexuelle, des commentaires dégradants sur l’enfant, des commentaires qui rendent l’enfant encore aujourd’hui responsable. Une enfant qui lui sautait dessus, qui l’aguichait. C’est pas une honte de raconter ça, franchement? La vérité, c’est que la honte doit changer de camp », s’emporte la comédienne à la barre.

De ce traumatisme encore bien vivant lui reste notamment un spasme que tout le monde aura pu constater, sorte de grattement compulsif au niveau de la tête. Un jour, lors d’une de ces crises, répond-elle au président qui l’interroge à ce sujet, elle en est venue à avoir du « sang sur les doigts ». « Cet endroit sur ma tête que je gratte tout le temps, c’est [lié à] Monsieur Ruggia », indique-t-elle encore.

Cinq ans de prison dont deux avec sursis requis

Pour tout apaisement, Adèle Haenel évoque les réquisitions de la procureure générale lors du procès en premier instance. Entendre les faits dont elle dit avoir été victime dans la bouche du ministère public, relate-t-elle aujourd’hui, a eu un grand « effet » sur elle. « Ça m’a fait un effet très fort, de reconnaître l’impact massif de ces agressions sur ma vie (…). Que la procureure remette le monde à l’endroit. »

Jouant sur la même image, son avocate Anouck Michelin appelle la cour à rendre justice à Adèle Haenel, tant à l’ »adulte » qu’elle est aujourd’hui qu’à « l’enfant » qu’elle a été. En l’absence d’aveux, « vous êtes le bourreau et vous le resterez », lance-t-elle au prévenu. « Ça ne va nulle part, vos explications, Monsieur Ruggia », tance à son tour Me Yann Le Bras, qui représente aussi la comédienne, rappelant sobrement qu’ »un homme, ça s’empêche ».

Au terme de ses réquisitions, l’avocat général a de son côté demandé cinq ans d’emprisonnement dont deux avec sursis, une peine plus sévère que celle qui avait été prononcée en première instance à l’encontre d’un prévenu qu’il estime avoir été « dans un rapport d’intimité excessif à tous points de vue avec une enfant de cet âge ».

La défense dénonce une enquête à charge

Pour Christophe Ruggia, ce vendredi est le « jour du jugement dernier », assène son avocate, Me Fanny Colin: « Il y a d’un côté de la barre la puissante Adèle Haenel, et de l’autre Christophe Ruggia, qui n’est plus rien depuis le 3 novembre 2019 (le jour où Adèle Haenel a dénoncé publiquement des abus de sa part, NDLR), et dont le sort indiffère. »

La défense dénonce une enquête à charge contre son client et un dossier vide de toute preuve permettant de l’incriminer des faits qui lui sont reprochés, appelant la cour à « s’abstraire de ce tumulte » et à « s’en tenir objectivement aux faits ».

Si elle dit ne pas voir en Adèle Haenel une menteuse, Me Fanny Colin parle plutôt d’une « reconstruction » de ses souvenirs, des années après le tournage, ce qui pourrait expliquer, dit-elle, que la comédienne n’ait pas dénoncé d’abus avant 2019.

Dans la même lignée, les derniers mots de son client seront, sans grande surprise, les mêmes qu’en première instance. Non, affirme Christophe Ruggia, il n’a jamais agressé sexuellement Adèle Haenel: « Si je l’avais fait, ça ferait longtemps que j’aurais reconnu les faits. » Le cinéaste, qui comparaissait libre, sera fixé sur son sort le vendredi 17 avril.

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