Des soldats de l’armée syrienne sur la route reliant Alep à Deir Hafer (Syrie), le 17 janvier 2026. PHILÉMON BARBIER / HORS FORMAT POUR « LE MONDE »
L’armée syrienne a pris, samedi 17 janvier, le contrôle de zones du nord de la Syrie, évacuées par les forces kurdes sous pression, qui jouissaient d’une autonomie de facto depuis plus de dix ans dans la région. Le président syrien par intérim, Ahmed Al-Charaa, reprend de nouveaux pans du pays, au lendemain d’un décret accordant des droits nationaux à la minorité kurde, que les autorités kurdes ont néanmoins jugé insuffisant.
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Face à l’impasse de ses négociations avec les Kurdes, qui contrôlent une partie du nord et du nord-est de la Syrie, Ahmed Al-Charaa a délogé les combattants kurdes de quartiers d’Alep la semaine du 5 au 11 janvier, puis les a sommés de se retirer de zones à l’est de cette ville.
Ses troupes se rapprochent désormais de Rakka, ancien bastion du groupe djihadiste Etat islamique (EI) en Syrie, avant qu’il soit défait par les Forces démocratiques syriennes (FDS) – bras armé des Kurdes – soutenues par une coalition multinationale dirigée par les Etats-Unis, et qui en ont pris le contrôle.
Après avoir massé des renforts dans la région et bombardé, vendredi, des positions kurdes, l’armée a progressé tout au long de la journée de samedi. Elle s’est notamment déployée dans Deir Hafer, à une cinquantaine de kilomètres à l’est d’Alep, selon les correspondants de l’Agence France-Presse (AFP), alors que les combattants kurdes se retiraient. Un peu plus loin, dans la localité de Maskana, l’armée a été acclamée par les habitants, à majorité arabe.
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Ponts détruits et couvre-feu
Tôt dimanche matin, le ministre de l’information syrien, Hamza Moustafa, cité par l’agence de presse officielle SANA, a déclaré que l’armée syrienne avait pris le contrôle, encore un peu plus à l’est, de « la ville stratégique d’Al-Tabqa dans la région de Rakka, y compris le barrage sur l’Euphrate, qui est le plus grand de Syrie ».
SANA a diffusé une vidéo montrant, selon elle, des véhicules des forces syriennes entrant dans cette localité où l’armée avait affirmé auparavant avoir encerclé les combattants kurdes retranchés dans un aéroport militaire. Les FDS ont assuré avoir « pris les mesures nécessaires pour restaurer la sécurité et la stabilité » dans la ville située à une quarantaine de kilomètres de Rakka.
L’agence de presse officielle a fait état, dimanche, de la destruction durant la nuit par les combattants kurdes des ponts sur l’Euphrate dans le but d’isoler Rakka.Les autorités kurdes avaient imposé un couvre-feu, alors que les forces gouvernementales ont annoncé leur intention de bombarder des objectifs dans cette zone. L’armée avait accordé un délai aux civils pour évacuer la zone sous contrôle des FDS ; plus de 4 000 civils avaient fui, selon les autorités syriennes.
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Les FDS ont fait état d’« intenses affrontements » dans cinq localités à l’est de l’Euphrate entre Deir ez-Zor et la frontière irakienne. Les autorités de Deir ez-Zor, également sur le fleuve, ont accusé les forces kurdes de bombarder le centre-ville, sous contrôle gouvernemental.
Inquiétude des pays occidentaux
Le ministère de la défense syrien a également annoncé, samedi, que l’armée avait « repris le contrôle » de deux champs pétroliers, celui de Safyan et celui d’Al-Tharwa, près d’Al-Tabqa. La compagnie pétrolière publique syrienne a, pour sa part, affirmé avoir pris possession des sites en vue d’y reprendre la production.
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L’offensive des autorités syriennes a provoqué l’inquiétude des pays occidentaux, dont les Etats-Unis, qui ont récemment levé les sanctions imposées à Damas sous Bachar Al-Assad. Le commandement militaire central américain pour le Moyen-Orient (CentCom) a exhorté les forces syriennes à cesser toute attaque dans la zone située entre Alep et Al-Tabqa, appelant à « une coopération étroite entre les partenaires syriens ».
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Samedi, le chef des FDS, Mazloum Abdi, a rencontré à Erbil, dans le nord de l’Irak, l’émissaire américain Tom Barrack. Les Kurdes sont une minorité notamment répartie entre la Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran. Ils ont souffert de décennies de marginalisation et d’oppression des régimes précédents en Syrie.
Lors d’un entretien téléphonique, Emmanuel Macron et le président de la région autonome du Kurdistan irakien, Netchirvan Barzani, ont appelé à « la désescalade immédiate et à un cessez-le-feu permanent » en Syrie, a rapporté l’Elysée. Ils ont ajouté qu’il était « de la pleine responsabilité des autorités syriennes d’assurer la protection » des populations civiles.
Le pouvoir syrien a conclu en mars 2025 un accord avec les Kurdes pour intégrer leurs institutions civiles et militaires au sein de l’Etat, mais son application bute sur les exigences contradictoires des deux parties, toutes deux soutenues par Washington.
« Une Syrie unie et stable passe par l’intégration des Forces démocratiques syriennes en son sein et non par la guerre contre celles et ceux qui ont combattu Daech [l’acronyme arabe de l’EI] à nos côtés », a ajouté, sur X, M. Macron. « L’offensive des autorités syriennes doit cesser immédiatement », a lancé le président français.
Champs pétroliers et gaziers
Au moment où il est engagé dans un conflit avec les forces kurdes qui contrôlent le nord du pays, Ahmed Al-Charaa a annoncé, vendredi soir, reconnaître par décret les droits nationaux des Kurdes. Leur langue devient officielle, une décision historique dans le pays où cette minorité est estimée à presque deux millions sur une population de 20 millions d’habitants.
Il a affirmé que les Kurdes constituaient « une partie intégrante » du pays, mais l’administration autonome kurde du nord de la Syrie a estimé que ce décret constituait « un premier pas mais ne satisfai[sait] pas les aspirations et les espoirs du peuple kurde ».
M. Al-Charaa a renversé, en décembre 2024, Bachar Al-Assad à la tête d’une coalition islamiste et veut étendre son autorité sur l’ensemble du territoire syrien. La minorité kurde avait profité du chaos de la guerre civile (2011-2024) pour s’emparer, après avoir défait l’EI, de vastes territoires du nord et du nord-est de la Syrie, où se trouvent des champs pétroliers et gaziers.
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Le Monde avec AFP

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