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Insultes, menaces et procès: les médias américains bousculés et brutalisés par un an de présidence Trump

Si le président américain prend plaisir à échanger avec les journalistes, les médias américains ont rarement été aussi maltraités que sous sa présidence.

Il les déteste autant qu’il a besoin d’eux. Ancienne vedette de téléréalité, Donald Trump entretient un rapport ambigu aux médias. Autoproclamé président « le plus transparent de l’histoire » depuis son retour au pouvoir, le républicain a ouvert les portes de la Maison Blanche aux journalistes comme aucun de ses prédécesseurs.

Du Bureau ovale jusqu’à bord d’Air Force One, les rendez-vous quasi quotidiens avec la presse sont pour lui un moyen de mettre en scène une présidence qu’il conçoit comme un show permanent.

Mais s’il aime entraîner reporters et caméras de télévision dans les coulisses du pouvoir, Donald Trump n’en reste pas moins un adversaire revendiqué des médias traditionnels.

Depuis sa réélection, le président a redoublé de violence dans les attaques contre leur indépendance. Creuses et théâtrales pendant son premier mandat, les menaces contre les journalistes se sont faites plus concrètes. En seulement un an, « le président Trump est en passe de rejoindre les pires prédateurs de la liberté de la presse du monde », met en garde Reporters sans Frontières.

· Insultes, menaces… Les journalistes sur le grill

Donald Trump n’hésite pas à s’en prendre directement aux reporters qui posent des questions trop incisives. Lors de son premier mandat, sa violente passe d’armes avec Jim Acosta, un journaliste de CNN trop insistant à son goût, avait marqué les esprits.

Depuis son retour à la Maison Blanche, les insultes ont à nouveau fusé, particulièrement envers des journalistes femmes. Questionné en novembre sur son refus de publier les documents Epstein, Donald Trump a traité de « truie » Catherine Lucey, de l’agence Bloomberg, la sommant de se taire.

Quelques jours plus tard, le président américain s’en est pris à Mary Bruce, d’ABC News, qui le relançait à nouveau sur l’affaire Epstein. « Vous êtes une personne horrible », a asséné Donald Trump, estimant que sa chaîne devrait être privée de sa licence de diffusion.

Adepte des posts incendiaires sur les réseaux sociaux, Donald Trump cible régulièrement des journalistes. Katie Rogers, du New York Times, en a fait les frais après la publication d’un article sur l’âge avancé du locataire de la Maison Blanche. « Katie Rogers (…) est une journaliste de seconde zone qui est laide extérieurement comme intérieurement », a écrit le président américain sur son réseau Truth Social.

Donald Trump est un habitué des propos misogynes envers les journalistes. Mis en difficulté par la journaliste de Fox News Megyn Kelly lors d’un débat en 2015, Donald Trump avait fait un sous-entendu grossier: « on pouvait voir du sang sortir de ses yeux, du sang sortir de son… où que ce soit ».

Les journalistes étrangers ne sont pas en reste. A plusieurs reprises, Donald Trump a ignoré leurs questions, prétendant ne pas les comprendre en raison d’un accent trop appuyé. « On ne comprend rien à ce que vous dites », avait-il lancé à la journaliste Sonia Dridi, alors correspondante à la Maison-Blanche pour plusieurs médias dont BFMTV.

« D’où êtes-vous? », a-t-il aussi demandé en septembre dernier à un journaliste qui l’interrogeait sur son implication dans les affaires financières de sa famille. Apprenant que le reporter est australien, Donald Trump l’a vivement rabroué… et menacé: « Vous faites beaucoup de mal à l’Australie (…). Votre dirigeant va venir me voir très bientôt. Je lui parlerai de vous. Je n’aime pas du tout votre ton. »

· Choix des journalistes, informations sensibles: un contrôle accru sur la presse

Si les journalistes bénéficient d’un accès privilégié à Donald Trump, son administration a introduit de nouvelles règles dénoncées comme des atteintes à la liberté de la presse. C’est le cas pour la constitution du « pool », ce petit groupe de journalistes autorisé à suivre le président dans le Bureau ovale et à bord d’Air Force One. Depuis des décennies, le pool était géré par les médias eux-mêmes à travers l’Association des correspondants à la Maison Blanche (WHCA). Mais la Maison Blanche a rompu l’an dernier avec cette pratique en choisissant elle-même les médias.

Auparavant, Associated Press (AP), Bloomberg News, et Reuters disposaient chacune d’une place permanente dans le pool en tant qu’agences de presse. Reuters et Bloomberg News doivent désormais se partager une seule place. Quant à AP, elle a été exclue au motif qu’elle refuse de se conformer à la nouvelle appellation du Golfe du Mexique, rebaptisé en « Golfe d’Amérique » par Donald Trump.

Au Pentagone, la situation est plus inquiétante encore. Ce ne sont pas les journalistes qui y sont triés, mais l’information elle-même. Le ministère de la Défense – renommé ministère de la Guerre – impose en effet aux journalistes américains accrédités de faire valider toute publication le concernant, qu’elle soit classifiée ou non.

Le 14 octobre, un grand nombre de médias américains et internationaux dont l’Agence France-Presse ont refusé de signer le document du Pentagone. Des centaines de journalistes ont dû rendre leur accréditation.

· Les influenceurs MAGA choyés, les médias traditionnels au pilori

Donald Trump continue de durcir sa rhétorique contre les médias traditionnels. Accusés d’être des « ennemis du peuple », ils ne sont d’ailleurs plus désignés que sous le terme « fake news » (fausses informations) par le président américain et son équipe de communication.

Ces derniers mois, Donald Trump s’en est pris de façon plus violente encore aux chaînes d’informations, allant jusqu’à menacer ABC et NBC de les priver de leur autorisation d’émettre. Il a aussi pris en grippe CNN, refusant plusieurs fois de répondre aux questions de leurs journalistes. Parmi les chaînes grand public, seule la très conservatrice Fox News a ses faveurs. Ce qui s’est traduit par une envolée de ses audiences, au détriment de ses rivales.

La charge anti-médias de Donald Trump se retrouve jusque sur le site internet de la Maison Blanche. Depuis décembre, un portail dédié prétend recenser « l’avalanche de mensonges, de distorsions délibérées et de canulars fabriqués de toutes pièces par des ‘journalistes’ activistes et leurs organes de presse défaillants ».

De l’autre côté du spectre médiatique, les chaînes ultra-conservatrices, influenceurs « MAGA » et autres podcasteurs d’extrême droite sont choyés par l’administration Trump et bénéficient d’un traitement privilégié. Ceux que la Maison Blanche appelle les « nouveaux médias » ont désormais leur siège réservé au premier rang de la salle de presse où s’exprime la porte-parole du président, Karoline Leavitt.

Ces « journalistes » ne cachent pas leur proximité avec le pouvoir en place. En février dernier, Brian Glenn, correspondant pour Real America’s Voice, s’est coiffé d’une casquette siglée « Trump avait raison sur tout » que le président américain avait tendu à la presse. « Je dis que vous avez raison depuis le premier jour », s’est-il amusé. C’est ce même Brian Glenn qui avait reproché à Volodymyr Zelensky de ne pas porter de costume en marge d’un échange houleux avec Donald Trump.

· Le service public démantelé, les médias locaux touchés

Les médias de service public ont fait les frais des gigantesques coupes budgétaires ordonnées par le président républicain. Sous son impulsion, le Congrès a approuvé la suppression de 1,1 milliard de dollars en financements déjà alloués pour les deux prochaines années à la Corporation for Public Broadcasting (CPB).

Créée en 1967, cette organisation finance une part minoritaire des budgets des radios et télévision nationales NPR et PBS. Mais aussi, et de manière plus importante, quelque 1.500 radios et télés locales partenaires qui diffusent une partie de leurs contenus. Résultat, de New York à l’Alaska, « de nombreuses stations de radio et de télévision publiques locales seront contraintes de fermer », a averti la présidente de la CPB Patricia Harrison.

Dans un décret signé en mai dernier, le président accusait la National Public Radio (NPR) et le Public Broadcasting Service (PBS) de « diffuser une propagande radicale et woke déguisée en informations ».

L’administration Trump a aussi réduit à peau de chagrin le portefeuille de la United States Agency for Global Media (USAGM), qui chapeaute les médias américains diffusés à l’étranger. En mars, le président avait classé par décret l’agence parmi les « éléments inutiles de la bureaucratie fédérale ».

Les conséquences ont été immédiates. Radio Free Asia, fondée il y a près de 30 ans pour couvrir la Chine et d’autres pays asiatiques dépourvus de presse indépendante, a cessé ses activités. Quant à Voice of America (VOA), la très respectée « voix de l’Amérique » à travers le monde, elle n’est plus que l’ombre d’elle-même. Diffusant autrefois dans 49 langues, VOA ne produit désormais du contenu que dans quatre langues, seulement une heure par jour.

· Des procès à la pelle… et des médias qui sortent le chéquier

Sans attendre son investiture, Donald Trump a déclaré une guerre judiciaire contre les médias qui, selon lui, se sont mis en travers de sa réélection en 2024. Le Des Moines Register, un journal de l’Iowa, a ainsi été accusé d' »ingérence électorale » pour avoir publié un sondage défavorable au républicain trois jours avant le scrutin.

Par deux fois, le président américain a obtenu gain de cause face à des médias qui ont préféré trouver un arrangement financier plutôt que de croiser le fer avec lui. Disney, propriétaire d’ABC, a ainsi accepté en décembre 2024 de verser 15 millions de dollars pour éviter un procès pour diffamation. Donald Trump avait porté plainte contre le présentateur George Stephanopoulos car il avait affirmé que le républicain avait été jugé responsable de « viol » dans l’affaire de l’éditorialiste E. Jean Carroll, alors que le jury l’avait reconnu coupable d' »agression sexuelle ».

Donald Trump, de l’Amérique d’abord à l’Amérique partout

La chaîne d’information CBS News a passé un deal similaire avec le président américain sur fond de projet de fusion entre sa maison mère, Paramount, et la société de production Skydance. Dans une plainte déposée en octobre 2024, Donald Trump reprochait à CBS un montage trop favorable à Kamala Harris lors d’une interview donnée à la célèbre émission « 60 minutes ».

En juillet dernier, Paramount a accepté de verser 16 millions de dollars au président. Quelques jours plus tard, la Commission fédérale des communications (FCC), une agence dirigée par un proche de Donald Trump, approuvait la fusion Paramount-Skydance. Stephen Colbert, animateur du « Late Show » sur CBS, a dénoncé un « gros pot-de-vin », avant de voir son émission supprimée.

Les plaintes ont continué à pleuvoir une fois Donald Trump installé à la Maison Blanche. Pour leurs révélations sur l’affaire Epstein, il a réclamé des milliards de dollars au New York Times et au Wall Street Journal. Il leur reproche notamment de lui avoir attribué l’écriture d’une lettre salace adressée en 2003 au financier et délinquant sexuel, ce qu’il nie.

Tout récemment, c’est aussi une journaliste du Washington Post qui a fait l’objet d’une perquisition à son domicile, au motif qu’elle « recevait et faisait état d’informations classifiées et divulguées illégalement par un sous-traitant du Pentagone ».

Le républicain ne s’arrête pas aux frontières de l’Amérique puisqu’il a aussi réclamé 10 milliards de dollars à la BBC pour un montage vidéo contesté de son discours du 6 janvier 2021, prononcé quelques heures avant l’assaut du Capitole. Le groupe audiovisuel public britannique a admis une « erreur ».

· Un paysage médiatique plus conciliant

Donald Trump profite pour son second mandat d’un écosystème médiatique plus favorable. Par peur des représailles ou pour des raisons économiques, de riches propriétaires de médias ont en effet adouci leur ton face à la nouvelle administration.

Dans la presse écrite, plusieurs plumes du Washington Post ont démissionné début 2025 pour protester contre une nouvelle ligne éditoriale écartant toute tribune qui ne ferait pas la promotion de la « défense des libertés individuelles » et du « libre marché ». Une décision prise par le propriétaire du journal, Jeff Bezos, dont l’entreprise aérospatiale Blue Origin dépend de contrats étatiques.

Sur CNN, le journaliste vedette et bête noire de Donald Trump Jim Acosta a rendu son micro alors que la chaîne voulait rétrograder son émission sur un créneau horaire moins regardé. « Il n’est jamais bon de se prosterner devant un tyran », a lancé le reporter lors de ses adieux, tandis que Donald Trump saluait le départ « d’un des pires journalistes de l’histoire ».

L’avenir de la grande chaîne d’informations est aujourd’hui plus qu’incertain, alors que Netflix et Paramount Skydance se mènent une bataille acharnée pour le rachat de sa maison-mère, Warner. Donald Trump soutient l’offre de Paramount Skydance dont le PDG, David Ellison, est l’un de ses proches.

Depuis qu’il a pris en main le conglomérat, ce producteur de cinéma a fait changer de cap la chaîne d’informations CBS News. Fin juillet, la FCC avait en effet donné son accord au rachat de Paramount par sa société Skydance moyennant un changement de ligne éditoriale au sein de CBS – une demande peu commune de la part de cette agence traditionnellement indépendante du pouvoir en place. Le régulateur des communications américain avait ainsi obtenu de David Ellison la promesse d’adopter « des mesures de nature à corriger les biais qui ont sapé la confiance dans les médias nationaux ».

Exit donc Stephen Colbert, dont le late-show égratignait régulièrement le président américain. Exit aussi la rédactrice en chef Wendy MacMahon qui dénonçait une atteinte à l’indépendance des journalistes après la plainte contre l’émission « 60 minutes ». Elle a été remplacée par Bari Weiss, qui avait claqué la porte du New York Times avec fracas en 2020 en dénonçant le conformisme intellectuel du journal.

La nouvelle rédactrice en chef a rapidement fait parler d’elle en bloquant la diffusion d’un reportage sur des Vénézuéliens expulsés par les autorités américaines vers une gigantesque prison de haute sécurité du Salvador. Son autrice a dénoncé une décision « politique ».

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