Le groupe Castel, poids lourd mondial du vin et des boissons avec 6,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 40.000 salariés, traverse une crise de gouvernance majeure. La famille du fondateur Pierre Castel a tenté de révoquer son directeur général, Gregory Clerc, lors d’une assemblée extraordinaire à Singapour, sans parvenir à un vote.
Le bras de fer s’intensifie au sommet du groupe Castel. Opposant la famille du fondateur Pierre Castel, 99 ans, à son directeur général Gregory Clerc, le conflit révèle une lutte de pouvoir autour du contrôle de l’empire du vin et des boissons, présent sur plusieurs continents.
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Une assemblée générale extraordinaire sans vote
Une assemblée générale extraordinaire s’est tenue jeudi à Singapour, siège de la holding de tête ultime du groupe bordelais, portant sur la révocation de Gregory Clerc (41 ans), ex-avocat fiscaliste au sein du cabinet genevois Aegis. ll a d’ailleurs été l’avocat de Pierre Castel en 2022 lors d’un bras de fer avec l’administration fiscale genevoise. Il a été nommé directeur général du groupe Castel en 2023.
Mais les actionnaires d’Investment Beverage Business Management (IBBM) n’ont pas pu voter lors cette réunion en Asie, a assuré la famille de Pierre Castel, qui dénonce les « arguties » du président d’IBBM, Pierre Baer, accusé d’avoir voulu « empêcher ses actionnaires d’exercer leur droit de vote ».
« En raison de ces manœuvres dilatoires, une nouvelle assemblée générale sera convoquée », probablement fin janvier, « avec comme ordre du jour la révocation de Pierre Baer et de Gregory Clerc », assure la famille dans un communiqué.
Le camp Clerc dénonce des informations “fausses ou tronquées”
« Gregory Clerc ne détient aucune participation au capital d’IBBM et ne prend, à ce titre, aucune part aux votes des actionnaires. Il déplore que circulent des informations fausses ou tronquées qui viennent nuire à la réputation globale du groupe », a répondu l’entourage du dirigeant suisse dans un communiqué attribué au « groupe Castel ». Le directeur général ajoute qu’il « demeure pleinement engagé dans l’exercice de ses fonctions » comme patron de DF Holding, société luxembourgeoise chapeautant les principales entités opérationnelles du groupe (Castel Vins, Castel Afrique et la filiale agro-industrielle Somdia).
Le 27 décembre, dans une déclaration consultée, les administrateurs de DF Holding ont affiché leur « confiance » envers Gregory Clerc « face aux tentatives de déstabilisation », soulignant la « profitabilité » de l’entreprise aux quelque 40.000 salariés. En 2024, le groupe avait enregistré 6,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires, dont 1,1 milliard pour Castel Vins (Baron de Lestac, Listel, Kriter, cavistes Maison Nicolas…). A noter que la fortune professionel de Pierre Castel est estimé à 13.4 milliards d’euros par le magazine Challenges.
La famille évoque une « crise de gouvernance »
En dissociant « détention du capital » et « gestion opérationnelle », Grégory Clerc assure respecter les volontés du fondateur, Pierre Castel. Sa fille unique Romy Castel et son neveu Alain, qui a été démis de plusieurs mandats début décembre, évoquent au contraire une « crise de gouvernance » et veulent faire valoir le droit de propriété.
Ces désaccords « ne concernent en rien le fonctionnement opérationnel du groupe », a argué mardi Gregory Clerc dans un courrier interne consulté, assurant que son éventuelle révocation d’IBBM n’aurait « aucun impact » sur ses autres mandats.
Une source proche de la famille Castel estime à l’inverse que cette révocation rendrait son départ « inéluctable ».

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