Des véhicules militaires endommagés à la suite d’une frappe aérienne menée par une coalition dirigée par l’Arabie saoudite, dans le port de Moukalla, au Yémen, le 30 décembre 2025. AFP
L’Arabie saoudite a accusé, mardi 30 décembre, les Emirats arabes unis (EAU) d’agir de façon « extrêmement dangereuse » au Yémen, où elle a frappé une cargaison d’armes en provenance, selon elle, d’Abou Dhabi et destinée aux séparatistes du Conseil de transition du Sud (STC), ce que les EAU ont démenti.
Déjà affaibli par un long conflit avec les rebelles houthistes, le Yémen, pays le plus pauvre de la péninsule Arabique, au cœur de rivalités régionales, a vu s’ouvrir au début du mois de décembre un nouveau front : le STC, soutenu par les Emirats arabes unis, s’est emparé au cours des dernières semaines de vastes portions de territoire, notamment dans l’Hadramaout, sans rencontrer de grande résistance. Ses partisans l’appellent à rétablir un Etat dans le sud du Yémen, où une République démocratique et populaire a été indépendante de 1970 à 1990.
Les séparatistes yéménites ont rejeté mardi les appels de la coalition menée par l’Arabie saoudite – soutien du gouvernement yéménite – à se retirer. « Il n’est pas question de se retirer. Il est déraisonnable de demander au propriétaire d’une terre de la quitter. La situation exige de rester et de se renforcer », a déclaré à l’Agence France-Presse (AFP) Anwar Al-Tamimi, porte-parole du STC. Aux premières heures de la matinée, la coalition militaire dirigée par Riyad a annoncé des frappes sur le port yéménite de Moukalla, capitale de la province de l’Hadramaout.
Elles ont visé les équipages de deux bateaux qui avaient « désactivé leurs systèmes de suivi et déchargé une grande quantité d’armes et de véhicules de combat pour soutenir les forces du Conseil de transition du Sud », a rapporté l’agence officielle saoudienne SPA. Les navires venaient du port de Foujeyra, sur la côte est des Emirats arabes unis, selon SPA. Cette « opération militaire limitée » n’a fait aucune victime, selon la même source.
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Appel à évacuer
Un responsable de l’infrastructure, qui a requis l’anonymat, a expliqué à l’AFP avoir reçu un appel à évacuer vers 4 heures, heure locale (2 heures à Paris). Les autorités ont fermé les routes menant vers le port, a constaté sur place un journaliste de l’Agence France-Presse. Des images de l’AFP montrent dans le port un groupe de voitures calcinées et des pompiers essayant d’éteindre le feu qui s’en dégage. Non loin, des fenêtres de bâtiments ont été soufflées par la frappe.
Les frappes de la coalition ont visé le port de Moukalla, le 30 décembre 2025. GOOGLE MAPS
Puis, dans un communiqué au ton inhabituellement fort, le ministère des affaires étrangères saoudien a accusé les Emirats arabes unis d’avoir « poussé » les séparatistes à mener des opérations militaires à la frontière sud du royaume. Ces mesures « prises par un Etat frère » sont « extrêmement dangereuses » et « constituent une menace pour la sécurité » de l’Arabie saoudite et de la région, estime Riyad.
Le royaume a ajouté qu’il « n’hésitera pas à prendre toutes les mesures pour (…) neutraliser » cette menace. Il a également appelé les Emirats arabes unis à retirer leurs forces du Yémen « dans les vingt-quatre heures » et à « cesser tout soutien militaire ou financier à toute partie ».
Abou Dhabi a démenti avoir envoyé au Yémen une cargaison d’armes pour les séparatistes. Le ministère des affaires étrangères émirati a assuré que la cargaison en question ne contenait « aucune arme, et les véhicules déchargés n’étaient destinés à aucun acteur yéménite », mais aux forces émiraties opérant au Yémen. Il a ajouté que l’arrivée de cette cargaison avait été coordonnée avec Riyad. « Le ministère (…) exprime son rejet total des allégations par lesquelles [Abou Dhabi] attise le conflit au Yémen », a-t-il insisté.
Washington évite de prendre parti
Le Conseil présidentiel du Yémen, soutenu par Riyad, a décrété l’état d’urgence et annoncé l’annulation d’un pacte de défense avec les Emirats arabes unis. Au cours des derniers jours, des centaines de membres de tribus s’étaient rassemblés à Aden, la grande ville du Sud, pour demander aux dirigeants du STC d’annoncer l’indépendance du Yémen du Sud, selon la chaîne Aden Independent, affiliée aux séparatistes.
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Le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, avait appelé vendredi à la « retenue », tout en évitant de prendre parti pour l’Arabie saoudite ou les Emirats arabes unis, deux partenaires-clés de Washington.
Des troupes du principal groupe séparatiste yéménite, le Conseil de transition du Sud, dans une zone montagneuse d’où elles ont lancé une opération militaire, dans la province d’Abyan (Yémen), le 15 décembre 2025. REUTERS
Ces nouvelles tensions pourraient fragiliser davantage le Yémen, dévasté par des années de guerre. Un conflit a éclaté en 2014 entre le gouvernement et ses alliés, dont le STC, et les rebelles houthistes, pro-iraniens, faisant des centaines de milliers de morts, morcelant le pays et provoquant l’une des pires crises humanitaires au monde. Une trêve conclue en 2022 est globalement respectée.
L’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, traditionnellement de proches alliés, avaient uni leurs forces contre les houthistes au sein de la coalition, mais des désaccords sont apparus concernant les conflits au Yémen et au Soudan.
Le Monde avec AFP

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