La 36e édition du Mipim s’ouvre ce lundi dans un contexte mondial bousculé. Ce salon mondial de l’immobilier, qui voit se rencontrer promoteurs et investisseurs, a vu la place des acteurs du Golfe se renforcer d’année en année. Rencontre avec son directeur Nicolas Boffi.
Le contexte international, avec la guerre au Moyen-Orient, vient à nouveau bousculer le Marché international des professionnels de l’immobilier (Mipim), « grand-messe » de l’immobilier mondial qui ouvre ses portes ce lundi 9 mars à Cannes. Le déclenchement de la guerre entre les Etats-Unis, Israël et l’Iran, la semaine dernière, qui a entraîné la fermeture du stratégique détroit d’Ormuz amenant vers le Golfe persique, laisse craindre des impacts sur l’économie mondiale et derrière, le vaste secteur de l’immobilier.
Déjà fragilisé ces dernières années, notamment sur les marchés européens et asiatiques, le secteur reste marqué par le spectre de la crise énergétique de 2022, qui avait entraîné un emballement des prix de l’énergie et des matières premières. Aujourd’hui, en 2026, l’incertitude plane de nouveau, quelques jours avant l’ouverture de ce salon qui a accueilli l’an dernier 20.000 participants venus de 90 pays, dont un tiers d’investisseurs gérant 4.000 milliards d’euros d’actifs.
BFM Business – Le Mipim s’apprête à ouvrir ses portes dans un climat très tendu à l’international, quelques jours après le début de la guerre au Moyen-Orient. Comment abordez-vous l’ouverture du salon dans ce contexte ? Quels sont les impacts sur les venues au salon ? 2026 sera-t-elle une édition sans les pays du Golfe persique ?
Nicolas Boffi, directeur du Mipim (RX France) – Le Mipim est un rendez-vous mondial. Il s’inscrit, par essence, dans un cadre géopolitique. Le contexte international devait déjà être au coeur de l’édition 2026, car malheureusement, on voit bien que la géopolitique est centrale dans cette industrie. Mais, comme tout le monde, nous avons été à nouveau pris de court samedi 28 février. Nos pensées vont à tous nos partenaires présents dans la région.
« Pour l’instant, nous n’avons pas d’annulations de délégations ou de pavillons. Les délégations du Moyen-Orient viennent, elles nous l’ont confirmé par téléphone, par sms aussi, encore ce matin (jeudi 5 mars, ndlr) ».
Nous avons quelques annulations sporadiques, individuelles, mais aucune du côté des délégations étatiques. Le ministre du logement d’Oman nous a confirmé sa venue, idem pour les délégations d’Arabie Saoudite et du Qatar. Nous regardons cependant attentivement l’évolution de la situation et tous les impacts de ce conflit. Mais pour l’heure, il est encore un peu tôt pour les relever.
BFM Business – Vous avez prévu d’organiser pour la première fois une édition du Mipim « au Moyen-Orient » en octobre prochain à Riyad, en Arabie Saoudite. Le Golfe est touché par la guerre depuis le week-end dernier. Comment abordez-vous ce projet dans ces conditions ?
Nicolas Boffi – J’étais encore à Riyad la semaine dernière, deux jours avant les premières attaques, pour signer un protocole d’accord entre le Mipim et le ministère de l’investissement saoudien. Pour l’instant, nous sommes confiants, il y a un élan, avec de nombreuses réformes en Arabie Saoudite, cela va très vite, c’est impressionnant. Nous voyons émerger de nombreux gigaprojets – ils sont nommés ainsi – qui traduisent bien l’ambition du pays et le besoin d’investissements. Le salon d’octobre doit réunir des investisseurs du monde entier et les promoteurs de ces grands projets.
Ces dernières années, les pays du Golfe ont pris une place importante au Mipim, proportionnelle à leurs ambitions et à leurs investissements. Cette année, plusieurs projets d’Oman ont été retenus pour les Mipim Awards (ces prix décernés lors du salon, ndlr). C’est un pays qui prend du poids d’année en année, et qui se développe de manière très subtile. L’ambition de l’Arabie Saoudite, avec son projet Vision 2030 et l’Exposition universelle, est aussi très porteuse, avec des gigaprojets dans l’immobilier et les infrastructures.
« Les effets, les conséquences de ce conflit sont encore difficile à décrypter, seulement une semaine après les premières attaques. Il est encore un petit peu tôt pour voir dessiner les conséquences. »
BFM Business – On a pu entendre que certains secteurs essayaient de faire sans le politique, qu’ils s’étaient adaptés à l’idée d’agir dans un climat d’incertitude… Avec cette nouvelle guerre, cette idée est-elle reléguée en arrière plan ?
Nicolas Boffi – Le Mipim est non seulement un salon très politique, mais aussi très business.Les derniers salons étaient marqués par un sentiment très attentiste des acteurs européens. Mais nous sentons leur retour cette année. Je crois que 2026 est l’année du rebond. On a vu que les grands acteurs ont affiché de meilleurs résultats en 2025 (Nexity, Altarea). Ils sont tous là, à divers degrés, certains ont des pavillons, certains pas.
On craignait pourtant une année 2026 très dure pour la France, avec très peu d’élus étant donné les élections municipales, mais au final il y a même un peu plus de Français que l’an dernier !
Nous avons aussi des pays qui reviennent, notamment des pays européens, mais aussi une forte représentation de l’Amérique du sud, et des capitaux asiatiques. De nombreux projets mondiaux recherchent ces capitaux asiatiques, qui sont plutôt disponibles étant donné la crise des dernières années. Les acteurs du Moyen-Orient y seront très attentifs.
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BFM Business – Les marchés européens restent cependant fragiles. Peut-on vraiment imaginer un regain d’intérêt des investisseurs étant donné le contexte international ?
Nicolas Boffi – Il est bien trop tôt pour le dire, mais on constate en tout cas que les acteurs européens reviennent au salon. Les Britanniques seront présents en nombre, quasiment au même niveau que la France. L’Espagne et l’Italie, qui sont des marchés en forte croissance en 2025, seront également très présents. Tout comme les pays nordiques, à l’image de la Norvège, de la Suède et du Danemark.
Dans un contexte géopolitique incertain, les pays nordiques sont perçus comme des marchés stables pour les investissements, car ils garantissent des normes ESG, leur économie est stable, tout comme leur structure politique et leurs gouvernements.
Ils sont aussi en première ligne sur les questions de défense. Les investisseurs, qui diversifient leurs actifs dans l’immobilier, dans la logistique, suivent de près ces questions.
BFM Business – Quels sont également les marchés émergents, qui prennent du poids sur le salon ?
Nicolas Boffi – Dans les nouveautés, on peut relever l’essor de la technologie, et notamment du rôle de l’IA, avec un cycle de conférences animé par la Columbia University, avec des cas pratiques. La conférence principale, de Philippe Aghion (prix nobel d’économie en 2025, ndlr), viendra aussi faire le lien entre la croissance et la technologie. Il est important d’avoir cette hauteur de vue. Nous sommes à un moment pivot, où des métiers s’effacent et où d’autres se crééent.
Les data centers seront aussi très représentés. C’était une classe d’actifs de niche, très technologique, perçue avec une forme de distance par les grands acteurs de l’immobilier traditionnel. Mais c’est devenu un marché incontournable et surtout considérable, désormais intégré aux développements urbains.

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