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Bienvenue vidéoprojecteurs et épilateurs électriques, bye-bye cartouches de stylo-plume : comment l’Insee traque nos habitudes de consommation pour établir son panier de l’inflation (et ce depuis 1914)

Utilisé notamment pour réévaluer le niveau du salaire minimum et des prestations sociales, l’indice des prix à la consommation est l’un des indicateurs les plus importants publiés par l’Insee. L’institut le met à jour chaque année pour qu’il soit le plus représentatif possible de la consommation des Français.

Les Français peuvent souffler un peu. Après des années post-Covid marquées par une envolée des prix douloureuse pour le porte-monnaie, l’inflation a nettement ralenti pour atteindre en janvier son plus bas niveau (0,3%) depuis fin 2020, selon l’Insee.

L’institut de la statistique a profité de cette première publication de l’indice des prix en 2026 pour opérer quelques ajustements. Comme tous les dix ans et afin de suivre la règlementation européenne, l’année de référence pour mesurer l’indicateur a été modifiée, passant de 2015 et 2025. La classification de certains produits a également été revue: les ordinateurs par exemple sont désormais intégrés dans la catégorie « Information et communication » et non plus « Loisirs et culture », tandis que les casques de vélo basculent parmi les accessoires de transports au lieu d’être regroupés avec l’habillement.

Surtout, le panier de biens et services dont les prix sont suivis a été mis à jour.

« Chaque année, nous révisons la liste des variétés en cherchant à rester le plus représentatif possible de tous les postes », indique l’Insee à BFM Business.

Certains produits, dès lors qu’ils représentent plus d’un millième de la consommation totale, font ainsi leur apparition quand d’autres qui ne remplissent plus ce critère disparaissent de la liste de façon à coller au plus près des nouvelles habitudes des Français.

Les vidéoprojecteurs intégrés à la liste, les cartouches d’encre pour stylo-plume exclues

Pour faciliter ce travail de suivi, l’Insee dispose d’un réseau d’enquêteurs chargé de lui faire « remonter les produits qui deviennent difficiles à trouver sur le terrain, et à l’inverse les produits qui sont mis en avant dans les différents points de vente ».

« De plus, certaines sources telles que les données de caisse permettent d’observer les évolutions de manière fine. Tous ces éléments aiguillent nos choix pour construire le nouveau panier de biens suivis », précise l’institut.

C’est ainsi que les vidéoprojecteurs « dont l’achat s’est répandu » font en 2026 leur apparition dans le panier de biens et services suivi par l’Insee pour mesurer l’inflation. De même que les épilateurs électriques: « Il s’agit d’un constat des enquêteurs de l’Insee qui sillonnent le terrain tout au long de l’année: leur vente s’est développée et il y a lieu de les ajouter dans l’indice. Il en va de même d’une tendance récente des salons de tatouage et de piercing en Guadeloupe », indique encore l’Insee qui a également ajouté les abonnements aux services de musique en ligne dans les 5 départements et régions d’Outre-mer.

À l’inverse, les cartouches d’encre pour stylo-plume sont exclues de la liste, tout comme l’aiglefin, les taxis collectifs en Martinique ou les morceaux de porc frais à Mayotte. D’après l’Insee, ces biens et services « se sont rarefiés et les enquêteurs ont même du mal à les trouver dans suffisamment de points de vente, signe que leur consommation a baissé ».

Des millions de relevés par mois

Une fois que le panier de biens et services composé d’environ 4.600 variétés de produits (elles-mêmes regroupées dans des catégories et sous-catégories) est établi, l’Insee réalise chaque mois environ 150.000 relevés de prix en points de vente.

6.000 relevés sont aussi réalisés manuellement sur internet (un nombre qui doit passer à 10.000 d’ici deux ans) et 2,5 millions sont « moissonnés » automatiquement en ligne (abonnements téléphoniques, prix de l’électricité, prix du transport ferroviaire et aérien…).

Des mises à jour régulirères pour s’adapter aux nouveaux modes de consommation

Au cours des dernières années, l’Insee a régulièrement fait évoluer son panier de biens et services afin que l’inflation calculée soit la plus représentative possible des habitudes des consommateurs. Parmi les ajouts les plus récents figurent notamment les aspirateurs robots, les montres connectées, les tondeuses à barbe et/ou à cheveux ou encore la location de matériel de sonorisation ou enceintes. Les masques chirurgicaux ont eux été intégrés à la liste au moment de la crise sanitaire. Tandis que le prix des cassettes vidéos n’est logiquement plus suivi depuis 2006.

Il faut par ailleurs remonter à 1957 pour voir les gros appareils ménagers, les radios et les séjours en hôtel être inclus dans le calcul de l’indice des prix. Pas vraiment suprenant: cette époque des Trente glorieuses a été marquée par l’avènement de la société de consommation et la démocratisation de certains équipements gagnant les foyers des Français. À cet égard l’usage croissant de l’automobile, des téléviseurs ou des appareils photos a incité l’Insee à ajouter ces produits à son panier de biens en 1962.

Mais les décisions ont parfois été plus « arbitraires », reconnaissait l’institut dans un rapport de 1998. À l’époque, les statisticiens pointaient la difficulté de classer certains nouveaux produits dans leur nomenclature. L’arrivée des livres de poche en est l’illustration: « Fallait-il considérer qu’il s’agissait d’un nouveau produit ou d’une autre forme de livre de qualité différente (inférieure et chiffrable) de telle sorte que l’on puisse raccorder le prix du livre de poche au prix du livre ‘classique’? », se demandaient les experts de l’Insee. Finalement, décision a été prise de considérer les livres de poche comme un nouveau produit. Ce qui ne s’est donc pas traduit par une baisse de l’indice du prix des livres « classiques ».

L’importance de la pondération

L’indice des prix à la consommation est un indice pondéré. Autrement dit, l’Insee tient compte dans son calcul du « poids » de chaque produit dans la consommation des Français pour que le résultat soit là-encore le plus représentatif possible.

La catégorie « alimentation » représente par exemple 14,9% du panier de biens de l’Insee en 2026, contre un peu moins de 10% pour l’énergie. Des pondérations qui évoluent chaque année pour s’adapter aux nouveaux modes de consommation: il y a quelques années le « poids » du streaming dans l’indice est passé devant celui des DVD.

Un indice longtemps resté sous influence politique

Élaborer un indice des prix fiable et suffisamment représentatif aura nécessité un travail de longue haleine. Car si le premier du genre date de 1914, l’indicateur est longtemps resté peu significatif en raison de son champ trop restreint.

D’abord composé de 34 articles, dont 29 alimentaires, le panier de biens a été élargi en 1950 avec l’indice « 213 articles ». Mais il s’appuyait encore sur une population de référence trop étroite pour être véritablement pertinent: en l’occurence un ménage de deux adultes et deux enfants dont le membre principal est ouvrier ou employé et vivant uniquement dans l’agglomération parisienne, rappelait l’Insee dans un document de 1998.

Mais c’est surtout une décision politique de 1952 qui a largement contribué à ternir la crédibilité de l’outil: l’indexation du salaire minimum sur l’inflation dès lors qu’elle dépassait les 5%. Dans une France disposant encore à l’époque d’une administration chargée d’encadrer les prix (Direction générale des Prix), cette mesure a encouragé les gouvernements successifs à manipuler le niveau de l’indice à travers ce qu’on a appelé « la politique de l’indice » visant à contrôler certains prix, plus que d’autres.

« Cette politique a été particulièrement marquée lorsque l’indice s’est approché du seuil de déclenchement d’une hausse de 5% du SMIG (1956-57) avec le blocage sélectif des prix des seuls articles retenus dans l’indice », notait l’Insee. L’agglomération parisienne, unique territoire pris en compte dans le calcul de l’inflation à l’époque, était même parfois la seule région de France concernée par ce contrôle des prix.

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Cette situation loin de satisfaire les statisticiens de l’Insee a conduit à l’élaboration d’un deuxième indice spécifiquement dédié à l’indexation du Smig. Si l’institut national de la statistique était également chargé de le calculer, le panier de biens sur lequel il s’appuyait était composé de 179 articles choisis par le gouvernement désireux de garder la main sur le niveau des prix. Au même moment, l’indice indépendant de l’Insee continuait de se développer en s’appuyant entre 1957 et 1963 sur 235 articles dont les prix étaient suivis dans 17 agglomérations de province en plus de la région parisienne.

Ce n’est finalement qu’en 1966 que le gouvernement a accepté de suspendre la publication de son indice et de s’appuyer sur l’indice national pour indexer le Smig. Il faudra ensuite attendre 1986 avant que le contrôle des prix par les pouvoirs publcis ne soit, à quelques exceptions près, totalement aboli. De quoi permettre à l’Insee de s’affranchir de l’interventionnisme politique. Une précieuse indépendance que l’institut cherche à préserver encore aujourd’hui en se contentant de publier la liste des variétés de biens et services composant l’indice des prix. Les références précises de chaque article suivi ainsi que les points de vente visités pour relevés les prix demeurent soumis au secret statistique.

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