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Développé en Afrique du Sud, « Relooted » place le continent africain au centre du monde du jeu vidéo et relance le débat sur les œuvres volées pendant la colonisation

Lancé le 10 février 2026 sur PC et Xbox, le jeu vidéo « Relooted » nous place au sein d’un groupe de cambrioleurs ayant pour but de ramener en Afrique des artefacts volés. Son studio, basé en Afrique du Sud, Nyamakop, raconte le développement du titre à BFM Tech.

Au terme d’une longue séquence diplomatique, Emmanuel Macron annonçait en février 2022 son souhait de renouer le dialogue avec les nations africaines afin de restituer des oeuvres d’art volées pendant la période de la colonisation. Plusieurs autres pays européens se sont engagés à le faire ces dernières années, ce qui a donné des idées au studio Nyamakop, basé en Afrique du Sud, qui propose depuis le 10 février le jeu vidéo Relooted.

Dans ce titre, vous incarnez une jeune héroïne qui va s’allier avec un groupe de cambrioleurs ayant un but: ramener des artefacts sacrés présents au sein de musées et d’expositions privées, et qui ont été volés durant la colonisation. Un moyen de faire découvrir aux joueurs occidentaux une culture qui n’est pas forcément la leur, mais aussi une occasion toute trouvée de remettre ce sujet sur le devant de la scène et de montrer les avancées du jeu vidéo au sein du continent africain.

« Il n’y a pas beaucoup de développeurs en Afrique »

« Relooted est un jeu qui parle d’une équipe d’Africains ordinaires qui veulent récupérer des artefacts. Cela aurait été dommage de ne pas mettre en avant des oeuvres réelles, » confie à BFM Tech Mohale Mashigo, responsable narratif chez Nyamakop.

Cette histoire, qui rappelle une affaire bien réelle qui s’est déroulée au Quai Branly en juin 2020, a mis huit ans à éclore. Avant cela, Nyamakop a lancé Semblance, un jeu de plateforme minimaliste qui a reçu un accueil positif. Pour Relooted, le studio a néanmoins pris son temps, notamment en formant ses équipes sur un nouveau moteur, l’Unreal Engine.

« La production d’un jeu de cette ampleur a pris du temps, que ce soit pour trouver le budget ou construire l’équipe. Nous avons été une trentaine à plein temps, mais au total, cela a impliqué une centaine de personnes. Il n’y a pas beaucoup de développeurs en Afrique, donc il y a eu beaucoup de faux départs et de temps de recherche, » raconte Ben Myres, le directeur créatif et patron du studio. « La phase de financement rend le jeu assez unique, car elle nous a pris entre 18 et 24 mois avant que nous puissions vraiment lancer le développement. »

Si la taille de Nyamakop peut s’apparenter à celle d’un petit studio indépendant occidental, pour l’Afrique, c’est « du jamais vu », estime Mohale Mashigo: « La plupart des membres de l’équipe n’a jamais lancé de jeu mais elle en avait les capacités. Le jeu aurait pu sortir plus tôt, mais il fallait que l’équipe s’adapte. Nyamakop a en quelque sorte grandi en même temps que Relooted. »

Pour le responsable narratif, Relooted est bien plus notable dans leur catalogue, car l’équipe qui en a la charge a désormais un jeu lancé commercialement à son actif: « C’est le plus important lancement au sein de l’Afrique sub-saharienne. »

Une bande originale qui imagine l’Afrique dans 100 ans

S’il est question de braquage, Relooted n’est toutefois pas construit de la même manière qu’un Splinter Cell ou un Payday. Dans ce jeu, vous devez voler les artefacts sans faire de victime: « Nous savions dès le départ que nous ne voulions pas de violence, même si la tentation était forte, » précise Mohale Mashigo. Le gameplay du titre le prouve: on passe davantage de temps à planifier notre coup puis notre fuite. Car dans Relooted, au début de chaque mission, vous pouvez utiliser un petit drone qui vous permettra de découvrir les coulisses des lieux où se trouvent les objets que vous devez retrouver. Des caméras ou des gardes robotiques viendront vous couper la route… à moins que vous n’arriviez à fuir avant que toutes les grilles ne se referment.

Relooted © Nyamakop

L’expérience est d’autant plus satisfaisante que durant vos pérégrinations, vous pourrez aussi en apprendre un peu plus sur l’art africain. Une présence historique qui fait « partie intégrante » du titre, explique le studio, qui a également donné sa vision du futur. Car Relooted ne se déroule pas à notre époque mais dans un futur proche.

Cela se ressent dans les gadgets disponibles ou les menaces (comme des drones), mais également dans le design des niveaux. Loin des clichés très hollywoodiens que l’on peut voir dans la saga Black Panther, Relooted a sa propre patte graphique qui lui permet de conserver les traditions africaines jusque dans sa bande originale composée par Cooper Mlokoti et Nick Horsten.

« Il y a beaucoup d’éléments différents dans cette bande originale. C’est toujours compliqué d’imaginer à quoi ressemblera la musique africaine dans 100 ans, alors nous avons mis un tas de choses ensemble et expérimenter des idées, » explique Nick Horsten à BFM Tech.

Dans la bande originale, on trouve des sonorités Maskandi, pop, Marabi et kwela, mais avec du synth wave qui apporte l’aspect futuriste et l’action avec talent: « Ces musiques pourraient être écoutées par l’héroïne. Dans plusieurs cinématiques, certains morceaux sont audibles en fond et agissent comme une partie intégrante du monde. »

« Un petit écosystème de talents »

Si Relooted est désormais disponible, il n’est finalement qu’un nouvel exemple de l’ensemble de l’écosystème vidéoludique du continent Africain. Au fil des années, certains jeux ont réussi à percer bien au-delà de leurs frontières, afin de rencontrer les joueurs occidentaux. C’est le cas de Tales of Kenzera et de Aurion: l’héritage des Kori-Odan – ce dernier a lancé un univers transmédia important.

« De From Leti Arts au Ghana à Kiro’o Games au Cameron, en passant par Maliyo Games au Nigeria et par Free Lives en Afrique du Sud, ce sont autant de studios qui ont lancé des jeux avec succès ou qui ont trouvé leur chemin pour survivre au fils des années, » confie Ben Myres, qui admet que « créer un jeu en Afrique est loin d’être facile ».

« Il y a un petit écosystème de talents, et il devient de plus en plus important. Il n’y a pas non plus beaucoup de ressources financières, mais les gens finissent par les trouver. On peut apparenter le développement du jeu vidéo en Afrique au ‘mode difficile’ d’un parcours, mais les Africains trouvent toujours le chemin, » soutient Ben Myres.

Relooted © Nyamakop

Le directeur créatif voit d’ailleurs dans l’Afrique du Sud (où est installé Nyamakop) un véritable laboratoire où il est « bien plus facile » de créer des jeux en raison du coût de la vie et des bonnes infrastructures qui s’y trouvent.

« Le manque de découvrabilité du jeu vidéo d’origine africaine est lié, d’une certaine manière, au regard que l’on porte sur ce continent. Il manque énormément de visibilité, il n’y en a pas suffisamment pour être pris en compte par un joueur, » témoigne Jennifer Lufau, fondatrice de l’association Afrogameuse et directrice générale de Narratify.

« Il y a une espèce d’imperméabilité, car lorsqu’on pense à l’Afrique dans le jeu vidéo, il y a plutôt des caricatures, comme Far Cry 2 qui se déroulait dans un pays qui n’est pas nommé, où l’Afrique apparaît en pleine désolation, en des termes violents. »

La manière aussi dont le jeu vidéo occidental ou asiatique a tendance à vouloir « venir sauver les Africains » est également l’un des éléments centraux rendant la découverte de productions venues de ce continent bien plus complexe.

Autre élément important, le manque d’infrastructures techniques: « C’est difficile aujourd’hui de trouver des points de connexion fiables. Cela dépend des pays, mais il y a aussi un problème bien plus présent, l’absence de serveurs situés sur le continent africain, » soutient-elle.

En Afrique, un joueur de League of Legends ne sera ainsi pas sur des serveurs africains car ils n’existent pas, avec les problèmes de pings et de lag que cela peut créer: « Il y a des joueurs, mais il faut aussi aller les chercher. Et l’Occident a aussi tendance à croire qu’ils n’auront pas les moyens de s’équiper. C’est pour ça qu’il y a tout un écosystème lié aux smartphones. »

La question épineuse et politique des spoliations pendant la colonisation

Portée par une histoire singulière, l’Afrique a de quoi faire parler. Relooted est justement l’un des meilleurs ambassadeurs car il vient nous raconter le problème historique des oeuvres spoliées.

Un sujet que connaît bien Saskia Cousin, professeur de sociologie à l’université de Paris Nanterre, qui co-écrit Afrique, musées, restitution: le temps du retour, aux éditions de la Documentation Française et en librairie le 26 mars 2026.

« Depuis qu’il y a des spoliations, il y a des demandes de restitution. Plusieurs films ont mis en scène des africains découvrant leur patrimoine volé et/ou tentant de le récupérer. Il n’a jamais été question de prendre les objets par la force, mais de mener des actions symboliques pour réclamer justice, » estime-t-elle.

La question des biens culturels volés est un sujet épineux pour bon nombre de musées et pays occidentaux en raison de leur nature même: « Cela implique que de nombreux biens culturels sont arrivés en Occident par des pillages, vols et ventes forcées, et donc de faire la lumière sur le passé colonial. » Un passé qui, lorsqu’il est ravivé, devient immédiatement un sujet très politique.

Saskia Cousin explique également qu’il faudrait « laisser les musées ouvrir leurs collections », alors qu’elles sont réservées aux chercheurs, ce qui n’est pas chose aisée.

28 biens restitués par la France en dix ans

La France fait office, de par son passé colonial très actif, d’élève modèle sous les deux quinquennats d’Emmanuel Macron: « 28 biens ont été restitués », précise la chercheuse. Une attitude à laquelle il faut ajouter le vote d’une loi-cadre en décembre 2025 par le Sénat (qui doit encore être votée par l’Assemblée nationale), et qui concerne les spoliations entre 1815 et 1972.

La France persona non grata en Afrique – 03/10

Pour Saskia Cousin, rendre une oeuvre volée n’est pas qu’une unique affaire de bonne ou mauvaise volonté. Une telle action renvoie aussi à la manière dont les oeuvres présentes dans les collections publiques sont gérées: « En France, elles appartiennent au peuple français, et non aux musées ou au ministère de la Culture. C’est donc à la représentation nationale de légiférer. » Selon elle, dès que les Français connaissent les conditions dans lesquelles ces biens ont été spoliés « ils sont pour la restitution ».

La chercheuse estime qu’il s’agit avant tout d’un « enjeu de souveraineté et de justice », notamment en permettant aux pays récupérant les oeuvres volées d’en faire une réalité économique: « Ils misent sur le retour de ces biens pour développer leur économie culturelle et leurs musées. »

Avec son envie de mettre en avant l’art africain et le choix de le raconter sous le prisme des biens spoliés pendant la colonisation occidentale, Relooted pourrait donc devenir le catalyseur d’un mouvement dans un domaine plus si virtuel que ça.

Relooted est disponible sur PC et Xbox Series.

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