Devant la commission d’enquête de l’Assemblée sur l’audiovisuel public, le rapporteur UDR Charles Alloncle a brisé le secret des affaires en dévoilant les coûts de la cérémonie d’ouverture du Festival de Cannes, produit pour France Télévisions.
À l’Assemblée nationale, les auditions se poursuivent devant la commission d’enquête sur la neutralité et le financement de l’audiovisuel public. Au menu du jour mercredi 18 février, les contrats pour France Télévisions de la société de production Together Media, dirigée par Renaud Le Van Kim.
Et notamment celui du Festival de Cannes, événement dont le service public est devenu partenaire après des années de diffusion sur Canal+. Charles Alloncle, rapporteur UDR de la commission d’enquête faisant souvent parler de lui ces dernières semaines, a révélé certains montants payés par France Télévisions à Together Media pour le Festival de Cannes – faisant fi du secret des affaires.
« Ce contrat s’élève à 2,6 millions d’euros », commence le député de l’Hérault, un budget qui comprend une enveloppe de « 1,3 million d’euros » pour la « production de la cérémonie d’ouverture et la conférence de presse », ce qui est une somme conséquente pour seulement quelques heures de direct », note Charles Alloncle. Dans ce budget, il pointe les « 60.000 euros » payés à la maîtresse de cérémonie en 2022, l’actrice Virginie Efira.
« L’équivalent de trois SMIC annuels », résume le rapporteur de la commission, listant « 1.500 euros de maquillage », autant de coiffure, « 300 euros de manucure ».
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« Voyeurisme »
Des révélations qui ont donné lieu à une nouvelle passe d’armes entre le rapporteur et le président de la commission d’enquête, le second reprochant au premier d’avoir violé le secret des affaires.
« Vous venez de dévoiler un contrat qui est très important, parce que c’est un secteur très concurrentiel », tacle Jérémie Patrier-Leitus, président de la commission d’enquête.
Renaud Le Van Kim, qui a rappellé lors de son audition qu’il participait à la production du Festival de Cannes depuis 35 ans – d’abord chez Canal+, puis chez France Télévisions, confirme que, ces chiffres ayant été rendus publics, « la compétition, si elle devait avoir lieu, serait légèrement faussée ». « Mais c’est le jeu de cette commission et je m’y souscrit », ajoute-t-il.
Pourquoi le festival de Cannes est-il célèbre?
« Ce n’est pas le jeu et je trouve ça grave, tranche Jérémie Patrier-Leitus, passablement agacé. Monsieur le rapporteur, la transparence qu’on doit aux Français, ce n’est pas le voyeurisme. Parler des frais de maquillage de madame Virginie Efira, je pense que ce n’est pas au niveau et c’est pas à la hauteur de cette commission. Je vous le dit comme je le pense. »
Et de résumer: « Quand le contrat du Festival de Cannes coûtera deux fois plus cher à France Télévisions pour pouvoir continuer de le produire, parce que vous venez de révéler aux chaînes privées son coût, vous venez de faire quelque chose de grave. »
« Une fierté pour le service public »
« Il y a une compétition entre Canal+ et France Télévisions pour l’acquisition des droits du Festival de Cannes, rappelle effectivement Renaud Le Van Kim. Et évidemment, les montants, le budget pour le fabriquer sont des éléments clé dans le cadre de la compétition ».
Le président de Together Media rappelle que ce contrat de 2,6 millions d’euros pour le Festival de Cannes comprend l’intégralité des nombreux coûts de production et de fabrication de l’événement.
« Obtenir Virginie Efira, ça a été ma fierté, obtenir Camille Cottin, Chiara Mastroianni, Laurent Lafitte (maîtresses et maître de cérémonie NDLR.), c’est mon métier et c’est difficile », souligne-t-il.
« Il y a tout un écosystème de production qui est très lourd et coûteux », résume-t-il, soulignant que d’autres émissions comme Roland Garros, Miss France, les Victoires de la musique ou les Jeux olympiques sont également coûteux.
« Le Festival de Cannes c’est une fierté. C’est le premier festival de cinéma populaire et indépendant au monde. Que le service public ait pu gagner (la diffusion) contre un acteur majeur du cinéma en France qui est Canal+, je considère que c’est une fierté pour le service public », fait-il valoir. Quant au budget, Renaud Le Van Kim assure être « beaucoup plus raisonnable » sur les coûts de production qu’il ne l’était à Canal+.

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