Deux spectacles musicaux s’inspirent de l’œuvre d’Alexandre Dumas, dans le sillage du film à succès avec Pierre Niney. On a vu les deux, on vous raconte.
Edmond Dantès superstar. Ces dernières années, le héros d’Alexandre Dumas à la cote. Après le film à succès de Matthieu Delaporte et Alexandre de La Patellière avec Pierre Niney en 2024, une série sur France 2, en attendant une seconde produite par TF1 avec Audrey Fleurot en comtesse de Monte Cristo, ce n’est pas une, mais deux comédies musicales qui ont vu le jour à Paris, en ce début d’année.
Au Dôme de Paris, La légende de Monte-Cristo a fait une courte résidence du 28 janvier au 5 février, avant d’entamer une série d’une cinquantaine de dates dans toute la France. Face à lui, aux Folies Bergères, Monte-Cristo, le spectacle musical, vient de s’installer pour trois mois, avant de partir également en tournée.
Un récit d’aventures, de trahison, d’amour et de vengeance qui passionne, au point donc d’inspirer réalisateurs et metteurs en scène. Et si le point de départ de ces deux comédies musicales est le même, sur les planches, ce sont deux visions bien différentes du roman d’Alexandre Dumas qui ont été mises en scène.
Alors entre La légende de Monte-Cristo et Monte-Cristo, le spectacle musical, qui remporte le match des comédies musicales sur les aventures d’Edmond Dantès?
Table des matières
Casting: 1-0
Sur le papier, il n’y avait justement pas match. Pour le casting de leur comédie musicale, les producteurs de La légende de Monte-Cristo et Monte-Cristo, le spectacle musical avaient choisi deux chemins bien différents. Dans le premier spectacle, les têtes d’affiche sont des chanteurs. Gjon’s Tears et Philippine Lavrey, qui incarnent Edmond Dantès et Mercedes – et ne déméritent pas, ont respectivement participé à l’Eurovision et The Voice.
Un choix – fait dans plusieurs récentes productions, comme Molière ou la nouvelle version du Roi soleil – qui manque de cardio: sur scène, les artistes peinent à chanter et danser en même temps. Artiste de comédie musicale, ça ne s’improvise pas.
De l’autre côté de la Seine, Monte-Cristo, le spectacle musical a misé sur un casting uniquement issu de la comédie musicale. Ce qui fait la différence: difficile de ne pas tomber sous le charme des voix de Stanley Kassa et Océane Demontis – Edmond Dantès et Mercedes – qui avaient déjà séduit dans Les Misérables au théâtre du Châtelet.
Tatiana Matre et Maxime De Toledo dans « Monte-Cristo, le spectacle musical » © Bertrand Exertier
Mentions spéciales pour Tatiana Matre, sublime en madame Danglars libre et torturée. Et pour le trio de méchants, avec un impeccable Maxime de Toledo en Gérard de Villefort.
Edmond Dantès est bien plus sombre dans ce second spectacle. On se demande si, dans le premier Monte-Cristo, le costume n’est pas un peu grand pour Gjon’s Tears qui, malgré ses talents de chanteur, peine à montrer un désir convainquant de vengeance. Le premier point de ce match est donc accordé haut la main à Monte-Cristo, le spectacle musical.
Chansons: 2-0
Ingrédient indispensable d’une comédie musicale réussie: les chansons. D’un côté, au Dôme de Paris, Romann Nakache à la direction musicale de La légende de Monte-Cristo. Face à lui, pour la bande-originale de Monte-Cristo, le spectacle musical, Benoît Poher, leader du groupe Kyo, à qui l’on devait déjà les chansons du Roi Soleil, épaulé par Franklin Ferrand.
Pour les deux spectacles, les partitions – comme les livrets – peinent à convaincre. Entre une pop taillée pour les ondes dans La légende de Monte-Cristo et des titres plus rock et électro de Monte-Cristo, le spectacle musical, notre cœur balance.
Un tout petit point ira à ce dernier show, pour une seule raison: le single La justice des larmes, brillamment interprétée par Stanley Kassa dans un tableau magnifique – et parce qu’elle reste en tête. Pendant des jours.
Mise en scène: 3-1
La direction artistique des deux spectacles a de nombreux points communs. L’histoire évidemment, mais aussi les choix de mise en scène. Compte tenu de la richesse du roman d’origine, des choix ont dû être faits pour que le spectacle soit lisible. Priorité au mapping – nouvelle obsession des metteurs en scène, qui consiste à projeter les décors sur de grands écrans.
Moins réalistes, mais très réussis dans La légende de Monte-Cristo, plus animés et exploités par les comédiens dans Monte-Cristo, le spectacle musical. Dans les deux productions, le spectateur sort toutefois du spectacle à cause de transitions trop brutales entre les tableaux.
La légende de Monte-Cristo a pris quelques libertés par rapport à l’œuvre originale, en la transformant en une happy ending romantique, Edmond Dantès, peu rancunier, retrouvant Mercedès pour un nouveau départ après avoir achevé son plan de vengeance – dans le roman de Dumas, il quitte la France avec Haydée.
« La légende de Monte-Cristo » © Kobayashi
Une fin qu’a choisi de reprendre Monte-Cristo, le spectacle musical. Ce spectacle aura par ailleurs notre préférence pour les costumes de Sylvain Rigault – et le très réussi enchaînement de grimages d’Edmond Dantès. Mais le point des chorégraphies, portées par les superbes tableaux d’ensemble de Nicolas Huchard, ira plutôt à La légende de Monte-Cristo.
Les mises en scène des deux spectacles sont respectivement assurées par Serge Postigo au Dôme de Paris et Alexandre Faitrouni aux Folies Bergères. Avec, dans leurs choix artistiques, du bon et du moins bon. Match nul, un point partout, balle au centre.
En définitive, avec un match plus disputé qu’attendu, les deux spectacles adaptés de l’œuvre de Dumas sont plutôt décevants et manquent d’un suplément d’âme pour faire la différence, malgré une envie évidente de bien faire. Peut-être les attentes – et les ambitions? – étaient-elles trop grandes après le succès du film avec Pierre Niney.
Quoi qu’il en soit, c’est Monte-Cristo, le spectacle musical, à Paris jusqu’en avril, puis en tournée en France, qui remporte cette bataille des comédies musicales, sans qu’on ne ressorte complètement conquis à la sortie des Folies Bergère.

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