Le patron de X s’en prend violemment au Premier ministre espagnol, accusé de régulariser des migrants pour manipuler les élections et de restreindre les libertés numériques. En toile de fond : un affrontement entre régulation des plateformes, stratégie politique et influence des géants de la tech.
C’est une passe d’armes de plus entre Elon Musk et Pedro Sánchez. Depuis quelques jours, le propriétaire de X a violemment pris pour cible le Premier ministre espagnol. La défaite électorale du PSOE dans les élections locales en Aragon le week-end dernier a donné au milliardaire une occasion de remettre une pièce dans la machine… Elon Musk a en effet republié un message posté sur X par un influenceur d’extrême droite américain qui accuse Pedro Sanchez d’“inonder le pays de migrants pour rester au pouvoir”.
Mais depuis quelques jours, les insultes fusent : “tyran”, “fasciste”, “traître de son peuple”… le patron de X a même défini le Premier ministre espagnol « Dirty Sanchez », « le sale Sanchez ».
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Une régulation qui fait bondir la Silicon Valley
Mais derrière les insultes, une autre bataille se joue: celle du contrôle des réseaux sociaux. Le gouvernement espagnol prépare une loi restreignant l’accès aux plateformes aux moins de 16 ans et imposant des sanctions pénales aux dirigeants de sociétés qui ne supprimeraient pas les contenus haineux ou illégaux.
Une offensive régulatrice perçue comme une menace directe par les géants de la tech. Pavel Durov, le patron de Telegram, a également fustigé Madrid, envoyant même un message aux utilisateurs espagnols pour dénoncer une “réglementation dangereuse pour les libertés numériques”. Résultat: la tension est désormais ouverte entre le gouvernement espagnol et les grands noms de la Silicon Valley.
Le parfait contre-modèle de Musk
Pedro Sánchez concentre tout ce qu’Elon Musk exècre: un dirigeant socialiste, à la tête d’un gouvernement progressiste, pro-européen et déterminé à réguler les grandes plateformes. Et, comble du paradoxe, son modèle fonctionne économiquement: avec 2,8 % de croissance en 2025 et un déficit public repassé sous les 3 %, l’Espagne est devenue l’une des locomotives de la zone euro.
La confrontation a d’ailleurs ses avantages politiques pour Sánchez. En s’opposant ouvertement à Elon Musk, il peut incarner une alternative européenne face au courant “MAGA”, celui du capitalisme sans règles et du populisme numérique.
Une stratégie politique bien calculée
À Madrid, personne ne croit que Sánchez agit par hasard. Le Premier ministre avait lui-même tagué Elon Musk dans plusieurs publications, sachant qu’il obtiendrait une réponse… Et probablement une réaction outrancière. Derrière cette manœuvre, une stratégie bien rodée: provoquer un duel public pour se poser en contrepoids face aux oligarques de la tech et s’attirer la sympathie d’une opinion inquiète du pouvoir des plateformes.
Sánchez cherche en somme une sorte d' »effet Carney », après le discours ovationné du premier ministre canadien au Forum économique de Davos. Désormais, le leader espagnol sait qu’affronter le “monde MAGA” expose à des attaques violentes, mais offre aussi une visibilité internationale précieuse. À l’heure où sa carrière politique nationale semble s’acheminer vers sa fin, cette posture renforce son profil de leader global, attaché à la régulation et à la démocratie numérique. Sanchez prépare ainsi sa reconversion…
Pedro Sánchez lui-même résume sa position en paraphrasant Cervantes : “Laissons les techno-oligarques aboyer, c’est le signe qu’on avance.” Une phrase qui sonne comme un manifeste: la politique peut encore défier les milliardaires de la Silicon Valley… Et en sortir renforcée.

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