Le Conseil de la paix, dont Donald Trump s’est arrogé la présidence, aura pour mission de superviser la phase 2 du plan Trump visant à mettre fin à la guerre à Gaza.
Washington a acté le début de la phase deux du plan Trump visant à mettre fin à la guerre à Gaza, après trois mois de fragile cessez-le-feu. Cette deuxième phase prévoit, entre autres, la création d’un Conseil de la paix dirigé par le président américain.
Donald Trump, qui a promis avec son emphase habituelle le « plus grand et prestigieux conseil jamais assemblé », considère ce Conseil de paix comme un rouage essentiel de sa politique visant à mettre fin à plus de deux ans de bombardements de l’armée israélienne dans le territoire palestinien.
La résolution 2803 du Conseil de sécurité de l’ONU, ayant endossé en novembre le plan Trump, prévoit que cet organe fasse office « d’administration transitoire ».
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Il devra « établir le cadre et coordonner le financement de la reconstruction de Gaza conformément au plan global et d’une manière conforme aux principes juridiques internationaux pertinents ». Et ce, « jusqu’à ce que l’Autorité palestinienne (AP) ait mené à bien son programme de réformes » et puisse « reprendre de manière sûre et efficace le contrôle de Gaza ». Le mandat du Conseil de la paix est prévu dans la résolution de l’ONU jusqu’au 31 décembre 2027.
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Coopération avec les organisations humanitaires, mise en place de la Force internationale de stabilisation…
Ce Conseil de la paix doit permettre de reprendre la coopération avec les organisations humanitaires, alors même que les conditions de vie restent extrêmement précaires dans l’enclave palestinienne. Début janvier, Israël a interdit à 37 organisations humanitaires internationales majeures l’accès à la bande de Gaza.
Il est également prévu dans la résolution de l’ONU que ce Conseil de la paix « mette en place une Force internationale de stabilisation (ISF) temporaire à Gaza ». Elle serait chargée d’aider à sécuriser Gaza et de former des unités de police palestiniennes. Mais la nature de cette force internationale et son véritable champ d’action restent très imprécis.
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Deux de ses prérogatives, le désarmement et la démilitarisation du territoire palestinien selon la résolution de l’ONU, sont de plus deux points d’achoppement majeurs vers une paix durable entre Israël et le Hamas. Tout comme le retrait progressif des troupes israéliennes de la bande de Gaza.
La Maison Blanche a annoncé que cette Force internationale de stabilisation serait dirigée par le général américain Jasper Jeffers.
Supervision du comité technocratique palestinien
Autre mission du Conseil de la paix: superviser le comité technocratique palestinien de 15 membres, chargé de guider la reconstruction de l’enclave, en organiser le financement, ou encore gérer les services publics, l’aide humanitaire, et la circulation des personnes. Ali Shaath, ingénieur civil et ancien haut fonctionnaire de l’Autorité palestinienne, a été choisi par l’Égypte, le Qatar et la Turquie pour diriger ce comité transitoire d’experts.
Une photo diffusée par le Service d’information de l’État égyptien montre le directeur des services de renseignement généraux égyptiens, Hasan Rashad, rencontrant le Palestinien Ali Shaath (en haut à gauche), président du Comité de Gaza, et ses membres au Caire, le 17 janvier 2026. © HANDOUT / EGYPTIAN STATE INFORMATION SEVICE / AFP
Il aura la lourde tâche de piloter la première étape de la reconstruction du territoire palestinien en ruines. « Le dossier du logement est très important après la destruction de 85% des habitations », a déclaré Ali Shaath à la chaîne de télévision égyptienne al-Qahera soulignant la nécessité de rendre sa « dignité au citoyen palestinien assis dans des tentes emportés par le vent. »
Il compte pour cela s’appuyer « essentiellement » sur le plan égyptien arabo-islamique, sans déplacer les plus de 2 millions de Gazaouis. Ce plan avait été adopté en mars 2025, avec le soutien des pays européens, en réponse au projet alors avancé par Donald Trump d’une prise de contrôle du territoire palestinien par les États-Unis pour en faire la « riviera du Moyen-Orient » après en avoir expulsé les habitants.
« 200.000 modules préfabriqués vont entrer dans Gaza, où ils seront répartis dans des camps organisés prenant en charge éducation, santé et sécurité », a précisé à l’AFP un autre membre du comité, Omar Chamali.
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Marco Rubio, Tony Blair, Javier Milei…
Jusqu’ici inconnue, la composition du Conseil de la paix a commencé à être dévoilée ce vendredi 16 janvier. Dans un communiqué, Donald Trump a indiqué qu’y siégeront le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio et l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair. L’ex-dirigeant travailliste de 72 ans a déjà joué les médiateurs dans la région mais sa réputation a été ternie par son engagement dans la guerre en Irak en 2003.
L’émissaire spécial américain Steve Witkoff en fait aussi partie, tout comme le gendre du président américain Jared Kushner, homme d’affaires et médiateur officieux du gouvernement Trump, ou encore le président de la Banque mondiale Ajay Banga.
Tony Blair et Donald Trump à Charm el-Cheikh, en Égypte, le 13 octobre 2025. (Photo d’archive) © Photo par POOL / GETTY IMAGES EUROPE / GETTY IMAGES VIA AFP
Plusieurs dirigeants ont aussi été invités à y siéger dont ceux de l’Égypte, de l’Argentine, du Canada et de la Turquie. Le président argentin Javier Milei a déclaré que ce serait un « honneur ». Le dirigeant canadien Mark Carney aurait également l’intention d’y participer, selon un de ses conseillers. La communication du président turc s’est elle contentée de dire que Recep Tayyip Erdogan avait reçu l’invitation. Son homologue égyptien Abdel Fattah al-Sissi « étudie la question », selon son chef de la diplomatie.
Critiques d’Israël et du Jihad islamique palestinien
La Maison Blanche a créé en parallèle un « founding executive board » avec sept personnalités, dont cinq Américains, composé notamment de Marc Rowan, un milliardaire patron du fonds d’investissement Apollo Global Management. Chacun d’eux va « superviser un secteur défini, nécessaire à la stabilisation et au succès à long terme de Gaza, ce qui inclut la mise en place de structures de gouvernement, les relations régionales, la reconstruction, l’attractivité pour les investissements, le financement à grande échelle et la mobilisation de capital », selon le communiqué.
Le diplomate bulgare Nickolay Mladenov, que l’on savait destiné à un rôle important, sera Haut représentant pour Gaza, a annoncé la Maison Blanche. À ce stade, il n’est pas clair dans quelle instance pourraient siéger les dirigeants invités.
Israël a contesté la composition de ce « founding executive board ». « L’annonce de la composition du comité directeur de Gaza, qui relève du Conseil de paix n’a pas été coordonnée avec Israël et va à l’encontre de sa politique », affirme un communiqué du bureau du Premier ministre, Benjamin Netanyahu. Ce dernier « a donné instruction au ministre des Affaires étrangères de contacter à ce sujet le secrétaire d’État » américain Marco Rubio, ajoute le texte.
Le Jihad islamique palestinien, qualifié d’organisation terroriste par les États-Unis et l’Union européenne, a de son côté accueilli froidement la constitution du Conseil de paix. « Nous avons été surpris par la composition du prétendu ‘Conseil de paix’ et par les noms annoncés, choisis selon des critères israéliens et servant les intérêts de l’occupation (Israël, NDLR) », écrit le second plus important mouvement armé de Gaza. « Ce qui témoigne clairement d’intentions négatives préméditées quant à la mise en œuvre de l’accord » de cessez-le-feu.

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