Alors que le Canada cherche à réduire sa dépendance économique vis-à-vis des États-Unis, le Premier ministre Mark Carney se rend en Chine pour relancer un dialogue jusqu’ici très dégradé.
Le Premier ministre canadien Mark Carney se rend à Pékin mardi 13 janvier pour rencontrer le président chinois Xi Jinping, dans l’espoir de renforcer les liens bilatéraux et de réduire la dépendance de son pays vis-à-vis des États-Unis. Cette visite est significative: il s’agira de la première visite d’un chef de gouvernement canadien à Pékin depuis celle de Justin Trudeau en décembre 2017. Le Canada est l’un des pays occidentaux entretenant les relations les plus délicates avec la Chine.
Les rapports se sont fortement dégradés en 2018 avec l’arrestation par les autorités canadiennes d’une responsable du géant chinois Huawei sur mandat américain, et l’emprisonnement en représailles par la Chine de deux ressortissants canadiens pour espionnage. La Chine a été accusée d’interférence dans les élections canadiennes ces dernières années.
Plus récemment, Ottawa et Pékin se sont imposé des droits de douane réciproques sur leurs produits, notamment sur le canola canadien utilisé pour l’huile de cuisson, les aliments pour animaux et le biodiesel. Mark Carney a annoncé en juillet des droits de douane de 25% sur les importations d’acier contenant de l’acier fondu et coulé en Chine.
Le mois suivant, Pékin a imposé des droits temporaires de 75,8% sur le canola en provenance du Canada, l’un des principaux producteurs mondiaux. Le G7, dont le Canada est membre, a fait connaître fin octobre de nouveaux projets visant à réduire la domination de la Chine sur les chaînes d’approvisionnement en minerais critiques.
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« Signes de reprise »
Mark Carney et Xi Jinping ont cependant tenu fin octobre en Corée du Sud, en marge d’un sommet Asie-Pacifique, les premières discussions formelles entre les dirigeants des deux pays depuis 2017. M. Xi a invité M. Carney en Chine. Le Premier ministre canadien avait qualifié cet entretien de « tournant ». Il a indiqué avoir abordé des sujets sensibles, y compris les soupçons d’ingérences chinoises dans les élections, estimant « important d’avoir cette discussion » pour remettre les relations « sur de bons rails ».
De son côté, Xi Jinping s’était félicité que la relation montre des « signes de reprise vers une dynamique de développement positif », soulignant que son pays était disposé à travailler avec le Canada pour les remettre « sur la bonne voie ».
Le Canada a mené pendant des années une politique particulièrement ferme à l’égard de la Chine. Mais les droits de douane et l’imprévisibilité du président américain Donald Trump, couplée à son attitude parfois agressive envers ses alliés traditionnels, pourraient inciter Ottawa à infléchir sa position. La majorité des échanges commerciaux entre les États-Unis et le Canada restent exempts de droits de douane.
Tentative de diversification
Toutefois, en raison de l’étroite interdépendance des économies canadienne et américaine, le Canada a été particulièrement touché par les surtaxes douanières imposées par Donald Trump sur l’acier et l’aluminium étrangers. La Chine a elle-même subi les conséquences de l’âpre guerre commerciale livrée contre les États-Unis en 2025, avant la conclusion d’une trêve au moins temporaire en octobre.
Le monde qui bouge – L’Interview : Canada/États-Unis, un dialogue difficile – 31/10
Mark Carney a déclaré en octobre que le Canada devrait doubler ses exportations vers des pays autres que les États-Unis d’ici 2035 afin de réduire sa dépendance à l’égard de son voisin. Le Canada s’est en outre indigné que Donald Trump suggère qu’il devienne le 51e État américain.
La Chine est le deuxième partenaire commercial du Canada, d’après le bureau de Mark Carney, avec un volume d’échanges bilatéraux de marchandises qui a atteint 118,7 milliards de dollars canadiens (73,5 milliards d’euros) en 2024.

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