Le parti d’extrême droite UDC a proposé une initiative visant à plafonner la population suisse à 10 millions d’habitants. Le projet, dénoncé par le monde économique, sera soumis au vote des citoyens en juin.
10 millions d’habitants maximum. Le 14 juin prochain, les Suisses se rendront aux urnes pour approuver ou non une proposition visant à inscrire dans la Constitution le plafonnement de la population du pays.
Ce projet défendu par l’Union démocratique du centre (UDC), un parti anti-immigration, est présenté comme la solution pour préserver le mode de vie suisse, protéger l’environnement des activités humaines polluantes et enrayer l’envolée des loyers liée à l’augmentation de la population.
La Suisse compte en effet environ 9 millions d’habitants aujourd’hui, soit une hausse de 10% au cours de la dernière décennie, contre moins de 2% en moyenne au sein de l’Union européenne, rappelle Bloomberg, précisant que l’immigration a largement contribué à cette hausse alors que l’accroissement naturel (différence entre le nombre de naissances et de décès) n’en explique qu’un dixième.
L’UDC y voit une menace pour l’avenir du pays, d’où le lancement de son « initiative pour la durabilité » qui prévoirait plusieurs étapes s’il était approuvé par les électeurs. Dans un premier temps, les demandeurs d’asile et les familles de résidents étrangers ne seront plus acceptés dans le pays si la population atteint 9,5 millions d’habitants avant 2050 (ce qui censé arriver aux alentours de 2035, selon les projections). Par ailleurs, Les personnes admises temporairement sur le territoire ne pourraient plus obtenir un titre de séjour, ni la nationalité suisse.
Si le seuil des 10 millions d’habitants est ensuite franchi, la Suisse se retirera de plusieurs accords bilatéraux facilitant la circulation des personnes. Berne pourrait même dénoncer l’accord de libre circulation avec l’UE si la population ne redescend pas sous les 10 millions dans les deux ans.
Le patronat opposé au projet de l’UDC
Un sondage de décembre dernier a montré que près de la moitié des Suisses (48%) entendent voter pour le projet de l’UDC et environ 10% se disent encore indécis. Des chiffres qui inquiètent les acteurs du monde économique, farouchement opposés au plafonnement de la population.
La Chambre suisse des arts et métiers a notamment mis en garde contre la dénonciation de l’accord sur la libre circulation des personnes avec l’UE qui pourrait conduire à une remise en cause plus large de la relation entre Berne et Bruxelles: « De nombreuses PME dépendent de la coopération transfrontalière avec des partenaires de l’UE (…). Un affaiblissement délibéré de la voie bilatérale avec l’UE pourrait fortement compliquer cette coopération, engendrant des obstacles, des coûts et des risques accrus pour les PME », indique la Chambre notamment composée de 60 représentants des associations professionnelles suisses.
La Suisse est en effet très dépendante du marché unique (la moitié de ses exportations y sont destinées) pour lequel elle dispose d’un accès partiel. Elle compte aussi largement sur l’Europe pour lui fournir certaines compétences dont elle manque: en cas d’adoption du projet de l’UDC, « les entreprises suisses pourraient rapidement rencontrer des difficultés à recruter la main-d’œuvre qualifiée dont de nombreuses PME ont impérativement besoin. Dans des secteurs spécifiques – artisanat, soins, restauration, technologies de l’information –, les compétences sont souvent recrutées à l’échelle internationale. Si cette immigration est restreinte, voire empêchée, une partie des PME se retrouvera confrontée à une pénurie de main-d’œuvre qualifiée », a encore averti la Chambre des arts et métiers.
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Le Conseil fédéral appelle les Suisses à voter contre
« Nous restons tributaires d’une immigration ciblée en provenance des pays de l’UE », a confirmé Marco Taddei, le responsable pour la Suisse romande de l’Union patronale suisse (UPS). L’organisation patronale économiesuisse a quant à elle qualifié le projet de l’UDC d' »initiative du chaos ». Elle assure que son adoption aura de lourdes répercussions pour l’économie du pays qui manquera selon elle de 430.000 travailleurs d’ici 2040. Dans ce contexte, l’immigration en provenance de l’UE sera indispensable. Même constat pour le lobby industriel Swissmem qui juge « essentielle » la main-d’oeuvre eurpéenne qualifiée pour la prospérité du secteur.
« La réduction de la population active aurait des effets macroéconomiques négatifs dans un contexte de pénurie structurelle de main-d’œuvre et de vieillissement démographique », a également averti la Fédération patronale et économique qui rappelle que les projections « indiquent déjà un impact du vieillissement sur la croissance du PIB dès le milieu des années 2040 et une réduction du solde migratoire amplifierait ce phénomène ».
Les chefs d’entreprise ont reçu ce lundi le soutien du gouvernement suisse qui a exhorté les électeurs à dire non au projet de l’UDC. « Pas de Suisse à 10 millions! », écrit dans un communqué le Conseil fédéral, évoquant une menace pour « la prospérité, la sécurité intérieure, et la tradition humanitaire de la Suisse ». Cette initiative « remet en cause la voie bilatérale avec l’Union européenne (UE) et crée davantage d’incertitude en ces temps déjà incertains », ajoute-t-il.
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