Jean-Marie Guéhenno, ancien secrétaire adjoint de l’ONU : « Si, demain, les Etats-Unis décident de s’emparer du Groenland, ni le Danemark ni l’UE n’ont les moyens de s’y opposer »

L’enlèvement de Nicolas Maduro ouvrira-t-il les yeux des Européens sur la réalité de la politique du président Trump ? L’Europe a déjà deux adversaires de taille : la Russie et la Chine. La première mène contre elle une guerre hybride dont l’invasion de l’Ukraine n’est qu’une composante, complétée par des actions de sabotage et des opérations de désinformation. La deuxième, plus subtilement, mélange rhétorique du gagnant-gagnant et intimidation pour dominer les Européens en les divisant, afin de déverser sur le continent les marchandises qu’elle ne peut plus vendre aux Etats-Unis, et prendre le contrôle d’entreprises stratégiques. Les Etats-Unis sont maintenant le troisième prédateur à vouloir dépecer une Europe dépendante et faible.

Les Européens ont du mal à l’admettre, car la construction européenne est depuis l’origine liée au lien transatlantique. Et construire l’Europe sans les Etats-Unis, voire contre eux, relève de l’impensable. L’intégration européenne, projet éminemment politique, n’aurait pas été possible sans la création de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord. Celle-ci a en effet permis aux Européens de diluer dans l’alliance avec les Etats-Unis leur défense, sujet extrêmement sensible puisqu’il implique un abandon de souveraineté.

La stratégie de sécurité nationale américaine, dont la mise sous tutelle du Venezuela est la première illustration concrète, est pourtant d’une parfaite clarté. L’Europe est un adversaire idéologique et géopolitique à abattre. Elle veut contenir par le droit la force des nationalismes. Elle est une puissance commerciale et normative capable de limiter la suprématie américaine, en particulier dans les nouvelles technologies. Et elle pourrait affaiblir la puissance du dollar si l’euro devenait une véritable alternative.

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Casernes, bases navales, usines de munitions… Pour respecter ses engagements militaires (et atteindre 5% du PIB), le Royaume-Uni devra consacrer la somme colossale de 800 milliards de livres

Un rapport met en avant les besoins colossaux de financement du Royaume-Uni pour atteindre l’objectif de consacrer 5% de son PIB aux dépenses de défense à l’horizon 2040, une enveloppe estimée à 804 milliards de livres.

C’est un projet à 800 milliards de livres. Pour atteindre l’objectif de consacrer 5% de son PIB aux dépenses de défense, le Financial Times rapporte que le Royaume-Uni devrait engager un budget cumulé de 804 milliards de livres (soit environ 925 milliards d’euros) d’ici 2040.

Cette somme se base sur une étude du cabinet EY Parthenon, qui a évalué plus de 1.000 projets d’investissements prévus, qui doivent démarrer ou être achevés d’ici 2040 dans des domaines aussi divers que les programmes de santé ou les infrastructures énergétiques.

Les projets de défense encore non-financés englobent la construction de casernes, d’infrastructures sur des bases navales ou encore d’usines de munitions. Parmi les investissements « annexes » figurent également des travaux d’améliorations sur les routes et les chemins de fer pour renforcer la mobilité militaire ou encore renforcer la résilience des chaînes d’approvisionnement.

Le gouvernement britannique s’était engagé en février 2025 à augmenter ses dépenses de défense à hauteur de 2,5% du PIB en 2027. Puis, en juin de la même année à l’issue du sommet de l’Otan, à consacrer 3,5% de son PIB aux dépenses strictement militaires – un engagement encore non pris en compte dans les prévisions financières.

Un porte-parole du Trésor précise au Financial Times que le gouvernement a d’ores et déjà prévu un investissement supplémentaire de 5 milliards de livres pour la période 2025-2026.

Sur l’année financière 2024-2025, le Royaume-Uni indique avoir dépensé 60,2 milliards de livres pour ses équipements militaires, un budget qui devrait atteindre les 73,5 milliards en 2028-2029.

Réunis en sommet en juin 2025, les pays membres de l’Otan ont validé le principe de consacrer 3,5% de leur PIB aux dépenses strictement militaires et 1,5% du PIB à des dépenses « annexes » mais ayant trait à la sécurité, comme la protection des infrastructures critiques, le volet cyber ou encore le renforcement de la base industrielle et technologique.

Selon les estimations de l’Alliance atlantique, 31 des 32 pays membres (exceptée l’Islande, qui ne dispose pas de budget dédié) auront atteint ou dépassé l’objectif de 2% du PIB en 2025 – la Pologne étant en tête du classement (4,48%).

L’éco du monde : « 5% du PIB pour sa Défense : l’Europe va-t-elle retrouver une croissance forte ? » – 25/06

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« En Iran, la révolte est enclenchée par les commerçants du bazar, le cœur battant de l’économie, pourtant conservateurs »

Les Iraniens contestataires sont descendus de nouveau dans les rues de nombreuses villes du pays pour crier leur colère contre un régime dictatorial, incompétent et corrompu, responsable de la crise économique et financière profonde qui engloutit la population. Le slogan « A bas le dictateur » vise directement le Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, et son régime. Certes, le pays a connu de nombreux autres mouvements sociaux ; certains à caractère politique, comme le « mouvement vert » contre la fraude électorale, en 2009, d’autres à caractère économique ayant des classes populaires pour moteur, comme en 2018 et en 2019, à la suite du triplement du prix de l’essence, d’autres encore de nature culturelle et politique avec le mouvement Femme, vie, liberté, en 2022.

Mais la révolte que connaît le pays actuellement a un caractère inédit : ce sont les commerçants du bazar, le cœur battant de l’économie, pourtant conservateurs et naguère proches du pouvoir clérical, qui l’ont enclenchée. Elle fait suite à la montée soudaine du prix de l’or et des devises par rapport à la monnaie nationale, qui a perdu plus de 30 % de sa valeur en 2025. L’inflation galopante – dont le taux officiel était de 52 % en décembre – prive la population de son pouvoir d’achat : plus de la moitié des Iraniens se trouvent sous le seuil de pauvreté, et la classe moyenne disparaît, s’appauvrissant toujours davantage, alors qu’une minorité au pouvoir, ou proche du pouvoir, continue de profiter de la manne pétrolière et de s’enrichir.

Car l’économie est au service des intérêts des structures monopolistiques dirigées par les proches du Guide et, de surcroît, exemptes d’imposition, à l’instar des fondations des gardiens de la révolution, dont la holding Khatam al-Anbiya, la fondation Astan Qods (la plus riche du pays, à Machhad), la Fondation des déshérités, etc. Les manifestants refusent également que les revenus pétroliers soient dépensés pour entretenir les groupes de soutien du régime dans la région appelée l’« axe de la résistance » [mouvements armés présents au Liban, en Irak, en Syrie, au Yémen…], aujourd’hui largement affaiblie.

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« C’est le début de la fin pour ceux qui pensaient pouvoir gagner de l’argent en toute discrétion »: le fisc français (comme dans 47 autres pays) a désormais accès aux transactions des utilisateurs de cryptomonnaies

Depuis le 1er janvier, les plateformes cryptos de 48 pays doivent transmettre les informations de leurs clients aux autorités fiscales, en raison de l’entrée en vigueur de la directive européenne DAC 8.

Depuis le 1er janvier 2026, les utilisateurs cryptos utilisant des plateformes enregistrées dans 48 pays sont sous surveillance. L’entrée en vigueur de la directive européenne DAC 8 permet l’échange automatique des données d’un utilisateur à son administration fiscale.

Concrètement, le fisc français pourra accéder à toutes vos transactions effectuées depuis début 2026 sur une plateforme crypto (CEX) enregistrée dans un pays européen, ainsi que dans les îles Anglo-Normandes, le Brésil, les îles Caïmans et l’Afrique du Sud. Un premier exercice de déclaration aura lieu en 2027.

« Discrétion »

Jusqu’à présent, les plateformes cryptos ne transmettaient ces informations au fisc qu’en cas de soupçon de financement de terrorisme ou de blanchiment d’argent.

« C’est le début de la fin pour les investisseurs en cryptomonnaies qui pensaient pouvoir investir et gagner de l’argent en toute discrétion, à l’abri des autorités fiscales et autres organismes chargés de l’application de la loi », a déclaré Andrew Park, associé en enquêtes fiscales chez Price Bailey au Financial Times.

Au total, 75 pays se sont engagés à mettre en place cette directive, dont les principaux pays où les cryptos circulent, notamment aux Etats-Unis et à Hong-Kong. Les Etats-Unis procéderont à l’échange d’information à partir de 2029. Il s’agit d’un « tournant majeur dans la façon dont le trading de cryptomonnaies est surveillé d’un point de vue fiscal », considère de son côté Seb Maley, directeur général du fournisseur d’assurance fiscale Qdos.

Risques pour les utilisateurs

Au-delà de cette surveillance accrue, des experts évoquent des risques pour les utilisateurs avec l’entrée en vigueur de DAC 8.

« Le revers de la médaille, c’est que cette directive va encore accentuer les collectes de données par plein d’acteurs, donc augmenter les fuites de données et l’exposition des utilisateurs et les risques sur leur sécurité physique, du type braquages et enlèvements », regrette l’expert en sécurité crypto Renaud Lifchitz.

Pour rappel, les tentatives d’enlèvements à l’égard des membres de l’industrie crypto (et de leur famille) se sont multipliées depuis le début de l’année.

La directive DAC 8 ne s’applique qu’aux plateformes cryptos type PSAN (en France) et PSCA (Europe). Les utilisateurs qui voudront anonymiser leurs transactions et identité pourront toujours passer par d’autres solutions échappant à la régulation européenne, comme les portefeuilles froids (du type Ledger) ou les plateformes décentralisées (DEX).

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