Depuis le printemps arabe et le renversement en 2011 de Mouammar Kadhafi, la Libye peine à retrouver la stabilité, entre deux exécutifs qui revendiquent le pouvoir et affrontements entre milices. BFMTV a pu suivre les hommes chargés de la sécurité de l’ambassadeur de France dans le pays, une fonction à haut risque.
Ce jeudi 10 juillet au soir, l’ambassadeur de France en Libye a rendez-vous dans la vieille ville de Tripoli. Sur les 300 mètres séparant la voiture du restaurant, le diplomate est suivi de près par des hommes du GIGN, chargés d’assurer sa protection.
Depuis 2011, le printemps arabe et la chute de Mouammar Kadhafi, au pouvoir pendant plus de 40 ans, la Libye est en proie à la plus grande instabilité. Deux exécutifs s’y disputent actuellement le pouvoir: le gouvernement d’unité nationale (GNU) installé à Tripoli, reconnu par l’ONU et dirigé par Abdelhamid Dbeibah; l’autre à Benghazi, dans l’est, contrôlé par le maréchal Khalifa Haftar et ses fils.
Des élections présidentielles et parlementaires devaient se tenir en décembre 2021 sous le parrainage des Nations unies, mais elles ont été reportées sine die en raison de profondes divergences entre Ouest et Est.
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Une protection rapprochée à chaque instant
Régulièrement, la capitale s’embrase. À la mi-mai, des affrontements ont opposé à Tripoli des forces loyalistes et de puissants groupes armés que le gouvernement tente de démanteler. Ces combats ont fait au moins six morts, selon l’ONU.
Dans ce contexte extrêmement tendu, être ambassadeur de France est une fonction à haut risque, et c’est grâce à l’antenne du GIGN sur place que l’ambassade peut poursuivre ses missions. BFMTV a pu suivre ces hommes, dans une immersion exceptionnelle.
Avant son rendez-vous dans la vieille ville, les hommes du GIGN ont fait des repérages la veille. « Le risque est devant mais également en hauteur », explique Brice, chef d’équipe Antenne GIGN. Même quand l’ambassadeur est à table, les hommes sont aux aguets, certains depuis l’intérieur du restaurant.
« Je sais que dans les cuisines qui sont de l’autre côté de la pièce, il y a une porte qui me mène sur l’autre façade, si j’avais besoin de le sortir », explique Guillaume, membre de l’Antenne, attablé à quelques mètres de l’ambassadeur. Il scrute chaque client à la recherche de potentielles menaces.
« Le groupe d’individus juste à côté sont venus après. Ils ont commandé simplement des cafés, ils discutent entre eux. L’attitude est très souriante, les mains ne sont pas crispées », analyse-t-il.
Même si le diplomate est attablé près de la fenêtre, Brice reste plutôt serein. « Effectivement tout le monde le voit mais encore une fois, ce n’est pas quelqu’un qui est reconnu dans la rue et qu’on vient interpeller. Il a un profil arabisant, il se mêle bien dans la population. »
Dehors, Sylvain, un troisième homme, fait le tour du bâtiment. Les trois hommes sont en communication constante grâce à leurs oreillettes. Un groupe d’enfants qui tirent de « petits mortiers » a attiré son attention l’espace d’un instant. « Pas d’affolement, moins d’une dizaine, c’est des enfants et ils viennent de quitter les lieux », commente-t-il.
Finalement, l’ambassadeur finit de dîner. Le dispositif de retour vers sa résidence se met en branle. Il a demandé la facture donc départ imminent. Suivi pour tous, on se prépare, ça va bouger », ordonne Brice.
L’ambassade visée par des tirs
Les véhicules dans lesquels se déplace la délégation sont blindés, mais le chemin du retour dans les rues de Tripoli reste dangereux avec des grands axes surchargés. « On est aux aguets. Le fait de pas être en mouvement, on est vulnérable », note Brice.
Et même quand il est dans l’enceinte de l’ambassadeur, le diplomate n’est pas invulnérable. Sur les toits des bâtiments, des postes blindés ont été installés pour observer et se défendre si nécessaire. Le 14 mai dernier au matin, alors que Tripoli s’embrasait, l’ambassade a été visée à quatre reprises par des tirs de mortier.
« La balle est arrivée juste ici », illustre Jean-Noël Poirier, premier conseiller à l’ambassade de France en Libye, en montrant le montant d’une porte. « On a eu beaucoup de chance. À deux, trois centimètres près, c’était pour nous », ajoute-t-il.
BFMTV a pu consulter et diffuse les images de vidéosurveillance de cette matinée-là, sur lesquelles on voit l’explosion. Pour l’heure, l’hypothèse privilégiée est celle d’une balle perdue, dans le chaos de la capitale.
« Il y a plusieurs versions. Il est possible à l’analyse balistique qu’une petite équipe avec un mortier ait voulu cibler l’ambassade de France. On ne peut pas en avoir la certitude mais à l’analyse c’est une possibilité », ajoute Jean-Noël Poirier.
La résidence de l’ambassadeur a aussi été touchée, avec un impact sur son portail. « C’est une instabilité qui affecte l’ensemble des puissances et des emprises diplomatiques présentes ici. On a conscience que ça peut partir à tout moment, et c’est pour cette raison qu’on compte sur les moyens de protection rapprochés », explique Mostafa Mihraje, ambassadeur de France en Libye. « Donc on est prêts mais cela, encore une fois, ne nous empêche pas de continuer à travailler normalement. »
Depuis 2011, l’ambassade de France en Libye a déjà dû quitter le territoire à trois reprises. Si la situation venait à dégénérer, les plans d’évacuation sont prêts par la route, les airs ou les mers.
Angy Louatah et Théo Touchais avec Fanny Rocher
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