LA LISTE DE LA MATINALE
La fin des vacances vous angoisse ? La rentrée littéraire et son offre pléthorique, bien davantage ? Les critiques BD du Monde ont sélectionné neuf ouvrages de littérature graphique sortis en août, entre masculinité toxique et résurrection de fantômes.
« Rouge signal » : « incel » et contre toutes
EDITIONS 2042
Illustratrice jeunesse jusque-là, Laurie Agusti a choisi un sujet très « adulte » pour sa première bande dessinée : le masculinisme. Le phénomène est incarné par un jeune cadre commercial dont on suit l’inexorable dérive vers une radicalisation sans retour. Addict à son smartphone, Alexandre fréquente d’autres « incels »(célibataires involontaires), qui l’initient à la pensée viriliste, tout en déversant parallèlement sa haine sur une onglerie située en face de chez lui. Quatre femmes y travaillent, devisant de tout et de rien, mais beaucoup de nail art (art de décorer les ongles) et d’amours contrariées.
Un gouffre béant sépare ces deux mondes dont l’autrice parvient à restituer la réalité avec précision. Laurie Agusti s’est, de fait, beaucoup documentée avant d’écrire son album, s’immergeant dans un salon de beauté et se plongeant dans de nombreux écrits masculinistes, nourris aux sentiments d’émasculation et de déclassement. Ses gouaches délavées et sa narration fragmentée suggèrent une tension sous-jacente, prête à basculer dans la violence à tout instant. F. P.
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