Tensions géopolitiques, incendies, canicules à répétition dues au réchauffement climatique ou encore variations monétaires… Les événements d’actualité influencent de plus en plus le choix des destinations et peuvent contribuer à réorienter les flux touristiques.
Mer ou montagne, pays exotique ou campagne française? Les touristes choisissent leur destination de vacances en fonction du prix, de la disponibilité, ou simplement de leurs goûts personnels. Mais ces dernières années, de nouveaux critères viennent orienter la façon dont ils décident de leur lieu de vacances.
Des méga-feux qui marquent les imaginaires
Depuis le début de l’année 2025, les incendies ont déjà ravagé plus d’un million d’hectares (10.000 km2) dans l’Union européenne, une superficie record depuis le début des statistiques en 2006. L’Espagne a été particulièrement touchée, notamment dans la province de Léon, avec de violents feux de forêts. La France n’est pas en reste, notamment avec un incendie d’une ampleur exceptionnelle dans l’Aude.
Mais alors les touristes vont-ils pour autant éviter ces régions ? « Depuis les violents incendies de 2023, on voit que la Grèce continentale peine à retrouver ses touristes habituels », assure Patrice Caradec, président du Seto (syndicat des entreprises du tour operating).
« Les îles restent très attractives mais Athènes n’est plus privilégiée, les feux ont marqué les esprits. »
Selon Valérie Boned, présidente de l’organisation des entreprises du voyage, les feux en Grèce ont bien eu un effet mais seulement à court terme. « Après un événement comme celui-là, on voit un impact dans les mois qui suivent avec une forte baisse des fréquentations », témoigne-t-elle.
« Mais l’été suivant les gens ont oublié et reviennent, la Grèce reste une destination phare. »
« Néanmoins, ces événements climatiques médiatisés ont un impact sur les imaginaires », reconnait-elle.
Bretagne, Hauts-de-France, montagne… La revanche des destinations fraiches
Si les effets dissuasifs des événements particuliers comme les feux de forêts ne sont pas automatiques, la chaleur semble jouer un rôle plus prépondérant dans le choix des vacanciers. « On voit une tendance de fond, avec de nouvelles destinations qui ont de plus en plus la cote comme la Bretagne, le nord de la France ou la montagne », explique Valérie Boned.
Jusqu’à remettre en cause l’hégémonie de la côte d’Azur comme destination de vacances en France? Pas tout à fait mais « les autres destinations bénéficient d’une dynamique, notamment la montagne qui a su se réinventer pour proposer des activités estivales », assure Patrice Caradec.
Valérie Boned observe aussi un attrait grandissant pour les pays scandinaves ou du nord de l’Europe, qui sont des destinations plus fraiches. Il faut néanmoins noter que les pays les plus touristiques (France, Espagne, Grèce, Italie…) restent des pays plutôt chauds, en tout cas l’été.
Enfin, cette prise en compte des canicules et des températures contribue à redéfinir les périodes de vacances traditionnelles, qui ont désormais tendance à s’allonger.
« Depuis 4 ans, on observe que la période été s’installe de plus en plus sur les ailes de la saison en juin et septembre », remarque Valérie Boned.
Un effet anti-Trump
Si les événements climatiques extrêmes se multiplient, les tensions géopolitiques s’accroissent également. Les critères sécuritaires ont certes toujours été pris en compte par les vacanciers, mais depuis le Covid, Valérie Boned observe une plus grande sensibilité à l’incertitude.
« On est plus sollicités parce qu’en réservant un voyage organisé, il y a une prise en charge en cas de problème, que ça soit un conflit, une grève des controleurs aériens ou des méga-incendies », remarque la spécialiste, notant également une hausse de 30% des souscriptions à une assurance voyage.
Dans le cas des États-Unis, le retour au pouvoir de Donald Trump et sa politique commerciale et migratoire agressive représentent un tournant. Les Canadiens notamment boycottent en masse les États-Unis depuis que Trump a menacé de faire de leur pays le 51ème État américain. En mai 2025, le nombre de touristes canadiens visitant le pays de l’Oncle Sam avait chuté d’un quart par rapport à l’an dernier, selon le National travel and tourism office (Office américain du tourisme et des voyages).
L’organisation des entreprises du voyage enregistre une baisse de 20% des réservations pour les États-Unis au mois d’août 2025 par rapport à août 2024. La baisse est du même ordre de grandeur du côté du syndicat des tours opérateurs. « La baisse a été progressive depuis le mois de février et ce qu’on a appelé ‘le clash du bureau ovale’ entre Zelensky et Trump », explique Valérie Boned.
« En substance, les gens se disent ‘on ne va pas contribuer à l’économie d’un pays qui nous tape dessus’. »
« Les vacanciers sont de plus en plus intentionnels »
Malgré ces nouveaux paradigmes, Valérie Boned rappelle que le prix reste le premier critère des clients. Elle cite l’exemple des longs courriers (qu’elle définit comme les vols de plus de 8 heures) particulièrement chers cette année. Résultat, la demande a baissé.
De même, les fluctuations monétaires peuvent avoir un impact sur le comportement des voyageurs. Ainsi, le Japon fait face à un afflux de touristes et la faiblesse du yen par rapport au dollar ou à l’euro n’y est pas étrangère.
« Les vacanciers de 2025 prennent en compte plus d’éléments que jamais lorsqu’ils choisissent leur destination, qu’il s’agisse des fluctuations monétaires, des règles en matière de visas, des conditions climatiques ou des attraits culturels uniques », résume Nicholas Smith, directeur digital de Thomas Cook, auprès de CNBC.
Il estime que « les vacanciers sont de plus en plus intentionnels », c’est-à-dire qu’ils recherchent activement une destination qui corresponde à leur priorité plutôt que de simplement éviter certains endroits.
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